Lettre à mon fils

Fils,

Hier c’était de nouveau la fête des mères. Et sur Internet ont de nouveau fleuri tout un tas de vidéos à haut potentiel lacrymal.

J’y succombe moi aussi, à la gorge qui se noue et aux yeux qui coulent. Mais je sens que quelque part au fond de moi, quelqu’un n’est pas d’accord. Ce torrent de pathos, au fur et à mesure qu’il me submerge, me prive d’oxygène. J’étouffe.

Madonna col Bambino

Madonna col Bambino – Antonio Vivarini

La Mère avec un M majuscule, comme dans AIME. Celle qui a tout donné, tout sacrifié. C’est Dieu en fait cette mère là. Un esprit saint, véritablement. A la fois le Père, qui donne la vie et pardonne nos offenses, et le Fils, dans sa dimension sacrificielle. Le tout enveloppé d’une douceur toute maternelle.

L’ennui c’est que moi je ne suis pas, je ne peux pas et je ne veux pas être cette mère là.

Devoir la vie à ses parents, dépendre d’eux pendant des années, c’est déjà suffisamment lourd à porter, je ne vais pas encore te rajouter une couche de culpabilité par dessus le marché. La dame que je vois (comme dans « je vois quelqu’un ») appelle ça « la dette de vie ». Là d’où je viens, et là d’où tu viens un peu aussi donc, elle pèse son poids, cette fichue dette.

Ecoute-moi bien, fils. Je t’interdis de me mettre sur un piédestal. Je ne suis pas qu’amour, même avec toi. Et je t’interdis de te sentir redevable vis-à-vis de moi. Tu n’as pas expressément demandé à faire escale sur cette planète que je sache, donc tu ne me dois rien.

Alors oui, bien sûr, je t’ai mis au monde. Bien sûr, j’ai changé tes couches un nombre incalculable de fois. Evidemment, je t’ai veillé quand tu es tombé malade, et j’ai un peu ri et beaucoup flippé la fois où, à 40,5°C de fièvre tu as vu ta grand-mère sur une balançoire au plafond. Forcément, j’ai perdu des heures à ranger le bordel de ta chambre, alors que j’aurais préféré rester sous la couette à lire ou m’envoyer en l’air. Mais je n’ai rien fait de tout ça avec un sourire béat, le visage nimbé de lumière. J’ai râlé, j’ai pesté, j’ai juré, j’ai pleuré, j’ai crié. Parce que je ne suis pas parfaite. Aucune maman sur Terre n’est parfaite. Alors je veux bien de tes bouquets de fleurs et de tes colliers de pâtes mais je ne veux pas de ta reconnaissance éternelle.

J’ai pas mal de choses à t’avouer. Tu dois t’en douter, parce que je fais très mal semblant, mais faire à manger, faire manger, ranger, nettoyer, laver, répéter, patienter, et même jouer, je n’ai jamais aimé ça.

Ce que j’aime, c’est te lire des histoires. Te serrer fort contre moi et sentir l’odeur au creux de ton cou et embrasser tes joues rebondies. Te regarder dormir. Discuter avec toi et essayer de te répondre quand tu me demandes comment savoir si la vie n’est pas un rêve. Ce que j’aime c’est t’écouter rire avec tes copains et t’observer dans la cour de récré, avant que tu ne te rendes compte de ma présence. Ce que j’aime c’est te voir grandir et marcher d’un pas de plus en plus assuré vers la vie, vers ta vie.

Tu sais quoi fils ? Je crois bien que je n’aime pas être mère, mais que je t’aime, toi.

 

Lettre à ma soeur voilée

Ca fait un moment que je veux t’écrire. Tout le monde parle de toi, je te croise dans la rue, je te salue à certaines réunions de famille, je te lis, je t’écoute et ça provoque tout un remue-ménage à l’intérieur. Alors je me suis dit, vas-y, lance-toi, écris-lui, parle-lui.

Je voulais commencer ma lettre comme ça : « Mon amie, ma sœur ». Mais, ça sonne faux. Tu es ma sœur parce que nous faisons partie de la même famille humaine. Or tu sais ce qu’on dit : on ne choisit pas sa famille. Alors que ses amis, si.

Je sais, c’est pas sympa. D’emblée, comme ça, décider qu’on ne serait pas potes. J’avoue que je me sens un peu nulle. Je laisse ce voile faire écran entre toi et moi. En même temps, c’est toi qui le portes, ce bout de tissu, et sans doute te fiches-tu d’apparaître avenante à mes yeux, comme tu te contrefous de sentir le vent caresser tes cheveux. Pourtant, je t’assure, j’aimerais avoir la même ouverture d’esprit que cette jeune punk. Il faut croire que je ne suis pas assez « no future » dans l’âme…

Peut-être suis-je trop rancunière…

Tu sais, je suis indienne par le sang. Imagine le truc : une enfant qui grandit sur une île, au sein d’ une communauté originaire d’Inde (communauté convertie à l’islam chiite certes, mais indienne avant tout, à l’époque). Y’a plein de couleurs partout, les femmes sont en sari, dieu qu’elles sont belles, ça donne envie de devenir femme à son tour. Les réunions de famille, les mariages sont un enchantement : ça rit, ça chante, ça danse, ça vit, quel bonheur, quels souvenirs ! Et puis un mollah débarque d’on ne sait où, de Tanzanie, du Pakistan… Et puis un autre comme lui, et des tas d’autres encore, les uns après les autres. Il portent la barbe drue et l’air sévère. Il disent qu’il faut plaire à Dieu sans poser de questions et craindre son châtiment. Ils disent « faites-ci » et « ne faites pas ça », et te voilà, voilée, devant moi. Et tu te multiplies, tu te dupliques, à la mosquée, au lycée, tu demandes des dérogations pour ne pas faire de sport, tu veux passer ton permis mais seulement si le moniteur est une monitrice, et tout d’un coup c’est le silence, plus de musique, plus de chants autres que religieux, plus de danse, je m’emmerde à mourir et j’ai peur de ce qu’on devient à cause de toi alors je m’en vais. Je m’en vais recréer mes propres cercles de danse, de rires et de liberté. Cette liberté là ne sent plus l’encens mais la bougie d’intérieur, elle n’a plus le goût du tchai-samossas mais celui du café-croissant. Le moment où tu as déboulé dans ma vie a coïncidé avec la perte de tant de choses qui m’étaient chères, tu comprendras que je t’en veuille.

Evidemment, je ne vais pas pour autant te refuser le droit d’exister telle que tu es. Grâce à toi, la valeur qui m’est la plus chère au monde – plus chère encore que tout ce que j’ai perdu – est la liberté. Comment pourrais-je, dès lors, t’en priver? Porte-le donc, ce voile, tu en as le droit et c’est un droit que je défendrai, tant que tu seras majeure et vaccinée, tant que tu m’autoriseras à voir ton visage, à plonger mon regard dans le tien, et, ce faisant, à accéder à ton humanité. Et toi, dis-moi, s’il me prend l’envie m’installer en Afghanistan, au Pakistan, en Iran, en Palestine, en Syrie ou dans n’importe quel pays à majorité musulmane, d’en demander la nationalité et de l’obtenir, le défendras-tu, mon droit à me balader tête, épaules et jambes nues ? De moi-même je ne me permettrai rien de tel, parce qu’on m’a appris qu’il faut savoir respecter un minimum les us et coutumes des pays dans lesquels on vit, pour quelques années comme pour la vie. Mais vraiment, j’aimerais savoir comment tu réagirais, si jamais…

Je défendrai tes droits, donc, et je t’accepterai telle que tu es, mais ne me demande pas davantage je t’en prie. Parfois tu sembles vouloir provoquer et ça me fait sourire parce que je me dis que tu traverses ta crise d’ado et que ça va passer. Mais d’autres fois tu as l’air de chercher l’assentiment, l’approbation, on sent que comme tout le monde tu as envie qu’on t’aime mais je suis désolée, j’ai beau essayer, je n’y arrive pas, j’oscille juste entre colère, incompréhesion, tristesse et abattement.

Tu affirmes que ton voile est un instrument de liberté. Je me souviens de ce reportage où j’ai en effet appris que dans certains pays, depuis que le voile s’est généralisé, les femmes peuvent enfin sortir de chez elles seules, parler avec un homme en public, faire de longues études. Tant mieux pour elles. Je les encourage à porter ce voile si c’est pour elles le seul moyen de réussir à sortir, à étudier, à flirter, à se marier avec leur amoureux ou à rester célibataire si elles le souhaitent, à occuper des postes à responsabilité, à prendre la place qui leur revient de droit. Je les y encouragerai, oui, en espérant qu’un fois l’égalité atteinte, elles brûleront leur voile comme d’autres avant elles ont brûlé leurs soutiens-gorge. Mais ici ma chérie, je te l’assure, il n’est nul besoin de se couvrir la tête pour accéder à la liberté.

Passons maintenant aux choses sérieuses.

Si tu me dis que tu te voiles parce que c’est ce que veut Allah (sachant qu’à ce sujet les avis divergent) et qu’on ne remet PAS en question ce que dit Allah, je crains que le dialogue soit tout simplement impossible. Tu vois, si j’avais été à la place d’Abraham par exemple, je n’aurais pas obéi à Dieu me demandant de sacrifier mon fils. Je serais d’ailleurs curieuse de savoir ce qui se serait passé si Abraham avait désobéi (y’a un bon scénar là, si jamais quelqu’un est intéressé…). Je ne crois pas en un Dieu qui ordonne et punisse, je crois au questionnement, à la recherche, au doute, au libre arbitre. Et je crois que c’est insulter ton Dieu que ne pas utiliser l’intelligence qu’il t’a donnée pour remettre en question ce qu’ « on » te présente comme étant ses propos (et d’ailleurs, qui est ce « on », hein, une bande de mecs flippés depuis la nuit des temps ? Tiens donc, comme c’est bizarre !).

Si tu me dis que tu te voiles parce qu’Allah te demande d’être modeste, discrète et pudique et qu’en même temps tu t’habilles à la dernière mode islamic chic, avec des couleurs chatoyantes et un maquillage du meilleur effet, laisse-moi rigoler. En te faisant jolie, tu es consciente qu’on va te regarder non ? Et tu vas le gérer comment, ce regard sur toi, avec modestie ? Allons, suffit, plus de maquillage, pas assez modeste, ça, le maquillage. Mais j’y pense, si tu enfilais directement une burqa, tu serais assurée d’être PARFAITEMENT modeste et discrète et pudique comme-il-faut non ? Eh bien alors, qu’attends-tu ? Ah non, c’est juste culturel, c’est pas pour faire ta mijaurée ? Alors là je me tais, au temps pour moi.

Si tu me dis que le port du voile est un acte de résistance face aux diktats de la mode et des magazines qui ne cherchent finalement qu’à te faire consommer, ne t’en fais pas Dolce & Gabbana, Uniqlo, Marks & Spencer et même Rihanna – qui d’habitude est plus recouverte de nudité que de tissu – réussiront à te faire lâcher ta thune, même si tes cheveux sont cachés, même si ton corps est invisible. Demande un peu aux princesses saoudiennes, elles te raconteront. #burqaswag meuf.

Si tu me dis que le voile te protège de la lubricité des hommes, qu’avec lui tu cesses enfin de te sentir traitée comme de la viande, je peux te comprendre, mais je trouve vraiment incompréhensible ta façon de réagir. C’est EUX le problème et c’est TOI qui es obligée de te contraindre ??? Tu trouves ça juste ? On pourrait peut-être imaginer d’autres solutions? Leur imposer le port de lunettes rendant floue toute forme féminine, comme chez les ultraorthodoxes juifs ? Les forcer à se crever les yeux comme eux forcent certaines à se voiler? Et quand bien même, crois-tu vraiment qu’en te soustrayant à leur regard tu te préserves de leur désir ? Allez, tape « femme voilée + sexe » sur google et tu auras ta réponse, ma jolie. Que faire alors ? Les castrer chimiquement ? Les lobotomiser ? Un peu glauque non ? Le genre d’extrémité à laquelle on arrive quand on a totalement perdu foi en l’autre, quand on ne voit plus que « ça » dans ses yeux. Le voile n’est-il pas le plus amer des remèdes à tes maux ? La pire des solutions de facilité ? Sois forte ma belle, bas-toi pour changer le regard des hommes, et ton regard sur eux.. Je sais pas moi, commence une thérapie, milite au sein d’assos anti-sexistes, éduque tes fils à aimer et respecter les femmes. Mais par pitié, n’empêche pas le vent de soulever tes mèches rebelles ni le soleil de caresser tes belles boucles parce que le monde est plein de gros bourrins. C’est leur accorder trop de pouvoir, aux gros bourrins.

Voilà, je crois bien que je t’ai écrit tout ce que j’avais sur le cœur.

Ah, une dernière chose avant de te quitter… L’autre jour je suis tombée sur cette affiche qui m’a fait beaucoup réfléchir.

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J’ai compris que j’avais cette tendance à vouloir à tout prix la liberté pour toutes et tous, et que c’était une erreur. La liberté ne s’impose pas, elle se conquiert, c’est une lutte de chaque instant, d’abord et avant tout contre soi-même. Depuis, chaque jour je retourne au combat.  Ca te dit de venir avec moi ?

Winter is coming…

L’hiver nous est tombé sur la gueule d’un seul coup, et avec lui le Froid, et l’Obscurité. Je n’ai jamais compris pourquoi les manteaux d’hiver sont presque tous noirs. Ne fait-il pas nuit assez tôt, pour qu’on veuille encore, pendant les quelques heures que durent nos jours, assombrir notre horizon ?

Cet hiver le noir est partout et m’oppresse.

Après le 13 novembre, je suis restée cloîtrée chez moi pendant une semaine, à lire,  encore et encore, lire à en perdre le sommeil, à m’en cramer les yeux. Pour essayer de comprendre, pour que la raison l’emporte sur l’émotion. Accrochée à mon fil d’actus, je plongeais chaque jour plus profondément vers les abysses, à la recherche des racines du mal. Ca va aller, je me disais. #NotAfraid, on les emmerde. Je danserai, je rirai, je boirai, j’aimerai, je vous disais. C’était facile, bien au chaud dans mon cocon. Un cocon sans télé, un cocon aux fréquences radio déréglées et tiens, c’est ballot, je sais plus comment fonctionne ce machin, bon ben tant pis hein, on va rester branchés sur Nova et TSF-la-seule-radio-100% jaaazzz.

Et puis il a fallu que je sorte. Je ne pouvais pas ne pas y aller : la soirée, organisée par une amie Canadienne, s’intitulait « FUCK TERRORISM, je deviens Française ». Alors je me suis habillée, coiffée et chaussée comme un petit soldat bleu-blanc-rouge de la paix, de la fête et de l’amour. C’était trop mais c’était ce dont j’avais besoin pour y croire. Et comme une enfant se serait déguisée, je me suis fardée avec outrance.

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J’ai vu ma ville la nuit comme jamais je ne l’avais vue. Un froid glacial que ne parvenaient pas à réchauffer les décorations de Noël, qui brillaient faux, décalé. Des rues et un métro déserts. Oh, il y avait bien quelques terrasses animées, mais les résistants derrières leurs vitres me semblaient si vulnérables que j’en avais la nausée.

Mais ces regards ! Jamais on ne s’est regardés comme ça à Paris, du moins chez les gens de ma génération. Oh, ça tient à pas grand-chose, à quelques fractions de secondes… Mais quelle force dans ces rares instants arrachés à la course du temps! Je te vois. Je te salue. On est en vie. C’est dur en ce moment non? Mais putain qu’est-ce qu’on l’aime cette ville, on se rendait même pas compte à quel point hein ? Tiens bon, ça va aller. Bonne route, prends soin de toi.

C’est vrai que c’est dur. Il y a le deuil et la tristesse. Il y a l’effroi, il y a la colère et parfois la haine. Il y a la peur. Mais je crois qu’on sait très bien ce qui va nous permettre de traverser tout ça : les petites choses, et les grandes.

Rompre une Tradi encore toute chaude, en humer le parfum, en caresser la croûte avant d’y mordre à pleines dents. S’enivrer de musique et de vin. Lire, jamais assez. Parler, trop. Ecrire, sur clavier et sur papier. Chanter, danser, jouer, draguer, râler pour la forme contre tout et son contraire. Tout ça on sait faire. On est parisiens, on est Français, bordel !

Et puis il y a ce qu’on sait faire mais qu’on oublie parfois, ou qu’on a oublié, à force de se laisser porter. Regarder ceux qu’on aime avec les yeux qui brillent et les serrer, fort. Agrandir le cercle de ceux qu’on aime prendre dans ses bras. Rendre grâce, chaque jour, pour le soleil et la pluie, pour les pavés de Paris même s’ils bousillent les talons des filles, pour la vie. Trouver comment, à sa petite échelle, rendre le monde plus accueillant, pour tous. Choisir avec détermination la joie, le courage, l’amour. L’espoir.

Ce n’est pas facile. Quand le cœur n’y est pas, la fête ressemble plus à une discipline qu’à une ode à la vie. Mais c’est une discipline qui fonctionne. Comme le yoga du rire (ne vous fichez pas de moi. Sauf si ça vous fait marrer). Au début on se force, et puis après quelque chose lâche, et le flow de la vie reprend le dessus.

Je sais bien que je n’ai pas fini de forcer sur le rose aux joues et le rouge aux lèvres. Mais je le ferai, le temps qu’il faudra, jusqu’à ce que la lumière revienne.

 Winter is coming, they say. So let’s keep each other warm, and make spring come back.

 

Pourquoi il faut voir HUMAN

HUMAN

copyright : Humankind Production

Tous ces hommes, ces femmes, ces enfants en gros plan fixe… Quand ils ont commencé à me parler, j’ai été frappée de constater à quel point mon visage reproduisait leurs expressions, à la mimique près. Ils souriaient ? Je leur souriais en retour. Ils pleuraient ? Chutes du Niagara le long de mes joues. Ils éclataient de rire? Je gloussais. Ils criaient ? Froncements de sourcils, mâchoire serrée.

On connaît tous ce proverbe: « les yeux sont le miroir de l’âme ». Eh bien c’est ça, HUMAN, c’est une plongée dans l’âme humaine.

Le hashtag qu’on retrouve sur toutes les affiches de cet ovni cinématographique, c’est #WhatMakesUsHuman. J’avais ma réponse en sortant du film : ce qu’on partage tous, ce qui nous lie, ce sont les émotions. Je me trompe peut-être, mais il me semble que la violence, le « mal », n’est possible que parce que l’humain est capable, à certains moments, de se fermer totalement aux émotions de l’Autre. A l’inverse, l’empathie crée un cercle vertueux.

Il faut aller voir HUMAN parce que quand on regarde, écoute et lit les infos, c’est l’intellect qui reste maître du jeu. Bien sûr, il est nécessaire de réfléchir, d’analyser pour appréhender la complexité du monde. Mais ce sont les émotions qui nous reconnectent à notre humanité et à celle des autres, ce sont elles qui nous poussent à agir, et, ce faisant, à changer le monde.

J’ai lu quelques critiques du film.

Yann Arthus-Bertrand donne une nouvelle preuve de sa mégalomanie ? Je ne sais pas s’il est mégalomaniaque, et sincèrement, je m’en contrefiche.

Son film évacue la complexité du monde ? Voir plus haut.

Il manque de structure, ça part dans tous les sens ? Bah un peu comme la vie quoi. Et puis il y a des thématiques récurrentes qu’on repère très vite, ça me suffit largement comme structure.

HUMAN est culpabilisant ? Ah oui, c’est sûr que regarder en face le monde tel que chacun d’entre nous le construit n’aide pas forcément à dormir du sommeil de l’innocent.

Le réalisateur de Home fricote avec les « méchants » qu’ont des sous (La Fondation Bettencourt Schueller) ? Ca fait autant de sous en moins pour les pubs « parce que vous valez moins » non ?

Les « jamais contents » me fatiguent. Quand je regarde le monde tel qu’il va, je me dis que tout ce qui est bon est bon à prendre. De la même façon que je crois à l’effet papillon, je crois qu’une pensée peut changer le monde, qu’une parole peut changer le monde. Pourquoi un film ne pourrait-il pas avoir le même effet ?

En tout cas ce film-là  a déjà changé mon amie Anastasia qui est de l’aventure HUMAN depuis trois ans et dont je suis hyper admirative et fière.

Pour lire son interview, ça se passe ici.

Pour regarder les témoignages en ligne et aller plus loin, c’est par là.

Pour connaître le programme de la semaine HUMAN sur France Télévisions, c’est par ici.

Faire partie de l’aventure HUMAN

Anastasia Mikova a 33 ans. Elle a voyagé dans 24 pays pour recueillir plus de 600 interviews sur trois ans, notamment en Afrique (Burkina, Sénégal, Afrique du Sud, Namibie, Tunisie…), en Asie (Cambodge, Birmanie, Bangladesh, Inde…) mais aussi en Australie, en Russie, au Kazakhstan…

Comment as-tu pu réaliser autant d’interviews ?

Anastasia et Dimitri copyright : Humankind Production

Anastasia et Dimitri
copyright : Humankind Production

Nous partions entre deux et trois semaines par pays, et réalisions 20 à 40 interviews. C’était intense ! Quand on réussissait à en garder deux, trois, maximum quatre pour chaque pays on était contents. Le film projeté dans les salles de cinéma comporte 120 interviews, il y en beaucoup plus sur la plateforme Google dédiée. C’était un crève-cœur de ne pas garder tout ce matériau, c’est pourquoi on a décliné HUMAN sur plusieurs films : on y trouve des interviews approfondies, d’autres qui sont inédites…

Comment avez-vous réussi, malgré tout, à faire un sélection ?

Nous cherchions des gens susceptibles d’incarner une situation, un combat, un état d’esprit… Pendant les interviews, il y avait des moments où on ne comprenait pas ce que disait la personne qu’on avait en face de nous parce que le traducteur n’avait pas encore fait son travail. Mais il se dégageait d’elle quelque chose de tellement fort – de la joie, de la rage, de la tristesse… – qu’on était bouleversés. On savait alors que c’était un moment qui allait rester gravé dans nos souvenirs et sur la pellicule. On transmettait nos sélections à Yann Arths-Bertrand, il lui est arrivé de m’appeler en pleine nuit, de l’autre bout du monde, complètement bouleversé lui aussi. C’est quelqu’un qui fonctionne à l’émotion. On lui reproche de faire dans les bons sentiments, d’exploiter la misère du monde, je peux taffirmer que c’est complètement faux.

L’émotion… C’est pour moi le cœur du film…

C’est bien ça ! On voulait toucher les gens, mais en s’adressant à leurs tripes plutôt qu’à leur cerveau. Etre les yeux dans les yeux avec une personne, plonger dans son intimité, ça pousse forcément à se mettre à sa place l’espace d’un instant. C’est la magie de l’effet miroir. On ne peut pas tricher avec ça, dire « et alors ? ». A moins d’avoir déjà sombré dans le cynisme.

Est-ce que HUMAN est un film qui veut changer le monde ?

En quelque sorte oui ! Yann veut inciter les gens à agir, d’une façon ou d’une autre. Mais si on réussit à faire réfléchir les gens sur eux-mêmes, sur le sens de leur propre vie ce sera déjà énorme. On nous reproche de ne pas proposer de solutions. Mais ce n’est pas notre rôle ! Et il y a autant de solutions que d’être humains sur cette planète : pour l’un ça sera un engagement politique, pour l’autre un engagement associatif, pour un autre encore une façon différente de consommer…

Et toi, as-tu changé  ?

Sans aucun doute. En tant que journaliste, j’avais déjà ce besoin de témoigner : j’ai fait des sujets sur les mères porteuses, sur l’immigration… Mais ça ne m’empêchait pas de vivre ma vie. Avec HUMAN par moments, c’était compliqué de revenir chez moi, de retrouver ma vie confortable et paisible. Combien de fois ai-je fondu en larmes pendant les interviews ! Ce n’était pas « pro » du tout ! On a tous partagé des choses très fortes avec ces gens. Quand l’un d’entre eux, un jeune Malien avec lequel nous nous étions particulièrement liés en Sicile, m’a appelé en me disant qu’il était arrivé à Paris et qu’il ne savait pas quoi faire, je ne pouvais pas l’ignorer, c’était devenu impossible. On lui a trouvé un toit puis, avec l’équipe, on a cherché pendant des semaines une solution pour l’aider à voler de ses propres ailes. Et on a fini par y arriver! Depuis HUMAN je réfléchis beaucoup plus à ma façon de vivre. Témoigner c’est bien, c’ est mon travail de journaliste, mais ça ne me suffit plus. Je dois faire plus, en tant qu’être humain. Je ne sais pas encore quoi, ni comment, mais je cherche.

La faute à qui?

wonderwomanEn France, dès l’âge de 15 ans, les filles passent 44 minutes de plus que les garçons à faire le ménage. Voilà le genre de nouvelle qui m’enchante au plus haut point. C’est incroyablement réjouissant non ?

Sérieusement, ça me rend dingue.

Et puis je compulse quelques dossiers, et les chiffres surgissent. C’est insupportable mais il y a pire. Ce qui ne veut dire qu’on doit fermer sa gueule. Juste essayer de réfléchir de façon globale. Think global, act local, vous connaissez la chanson.

500 000 avortements sélectifs chaque année en Inde pour éviter la naissance d’une fille et un sex ratio de 120 garçons pour 100 filles en Chine (le ratio « normal » étant de 105 pour 100).

La faute à qui ?

5000 femmes victimes de crimes d’honneur chaque année dans le monde.

La faute à qui ?

130 millions de femmes excisées puis « cousues » pour assurer leur virginité dans le monde.

La faute à qui ?

Plus de 130 millions de femmes concernées par le mariage forcé dans le monde.

La faute à qui ?

La faute à la société, bien sûr.

La faute aux hommes, qui ont dominé les femmes depuis que le monde est monde.

Parce qu’ils ont la force physique pour eux, semble-t-il

Parce que, pour s’assurer que leur descendance soit VRAIMENT leur descendance il leur a fallu nous enfermer. Ces chiennes lubriques sont insatiables, voilà qui n’est tout de même pas très rassurant.

Parce qu’esclaves de leur désir, des millions d’entre eux voient en nous leur plus grande faiblesse, et nous haïssent pour cela. Enfermons-les, ces créatures du diable, ces infâmes tentatrices qui de géants font de nous des nains. Sans quoi elles nous voleront tout. Notre cœur, notre âme, notre force.

Nous voilà donc enfermées, depuis une éternité. Dans des harems et des bordels. Derrière des voiles et des fourneaux. Je suis sûre qu’y en a au moins une dans le tas qui s’est fait ligoter façon bondage avec un fil d’aspirateur, la belle image…

La faute aux hommes, donc.

Seulement voilà, il y a comme un petit problème.

Qui est-ce qui sollicite davantage les filles que les garçons pour les tâches ménagères, qui est-ce qui montre le bel exemple de la bonne à tout faire à demeure ?

Les mères.

Qui les femmes enceintes d’un bébé de sexe féminin craignent-elles le plus en Inde ?

Leur belle-mère.

Qui pratique les excisions en Afrique ?

Les femmes.

La faute à qui, AUSSI, alors?

Tout se passe comme si nous faisions de notre mieux pour maintenir en place ce même système qui nous oppresse. Ce bon vieux truc de la victime qui devient bourreau, il marche à tous les coups décidément.

Mais il n’y a pas que ça.

Il y a la peur.

En 2013, fuyant le village de son époux (mariage arrangé, cela va de soi), une jeune pakistanaise de 22 ans retourne dans sa ville d’origine, Karachi, avec l’aide d’une tante et d’une cousine. Là, elle rencontre une autre homme, la petite perverse. Le conseil tribal de l’époux bafoué la fait donc fait exécuter, ce qui est bien normal. Sans oublier sa tante et sa cousine hein, faut pas déconner, quand même. Et bien entendu, ce sont des membres de leur propre famille qui s’en sont chargés. Le linge sale, ça se lave en famille comme chacun sait.

En Inde une femme qui a le malheur de ne donner naissance qu’à des filles peut être renvoyée chez ses parents sans ménagements. Elle perd alors tout statut et est traitée comme une moins que rien durant le restant de ses jours. Son mari la remplace rapidement par une nouvelle épouse dans l’espoir que celle-ci lui ponde enfin un descendant de sexe mâle…

En Afrique, une femme qui s’élève contre l’excision rejette la tradition et s’expose ainsi à être mal vue par les siens, et à son tour rejetée…

En France, reconnaissons le chance que nous avons de ne pas avoir à nous battre contre ce genre d’horreurs. Sans oublier que nous avons nos propres combats. Partage des tâches, égalité salariale, parité, violences sexuelles, violences conjugales, sexisme, stéréotypes, la liste est longue.

Bouclons la boucle avec nos histoires d’aspirateurs et de serpillères. Pourquoi chez nous les femmes continuent-elles à assurer 80% du travail domestique ? Parce qu’elles sont masos ? Parce qu’elles redoutent que Loulou finisse par en avoir marre de s’entendre demander de faire la vaisselle et les quitte pour une autre, qui elle fera pas chier avec la vaisselle, la poubelle et les chaussettes qui traînent? Parce qu’elles culpabilisent quand elles s’occupent d’elles et non des autres, comme le veut l’image de la Mère avec un M majuscucle, de la Femme avec un grand F ? Parce que finalement faire 80% du taf c’est avoir le pouvoir quelque part, régner sur un petit royaume, aussi plat, aussi petit, aussi limité soit-il? Et que perdre son royaume, c’est tout perdre ?

Je ne sais pas.

Ce dont je suis certaine, en revanche, c’est que la peur, cette vicieuse, a laissé sa trace visqueuse et puante dans le cœur de toutes ces femmes dont je viens de vous parler. C’est elle notre véritable ennemi, le principal obstacle à notre liberté.

Mais comme dirait l’autre, le courage c’est d’y aller même – et justement – quand on a peur. Ce n’est qu’à ce prix que les choses bougeront.

Il faut s’indigner. Dénoncer. S’unir. S’épauler. Chercher de l’aide quand on en a besoin. Aider quand on le peut. Se battre.

Parce qu’on est victime que tant qu’on décide de le rester.

Parce que la liberté et l’égalité sont rarement servies sur un plateau d’argent.

La liberté et l’égalité se conquièrent

La peur au ventre toujours.

C’est qu’on les paie parfois au prix fort, ces droits fondamentaux là. Au prix de la vie pour certaines,  de l’amour pour d’autres, de la sécurité pour d’autres encore.

Mais je vous l’assure, la liberté et l’égalité finissent par se conquérir.

Saigner pratique, pas cher et durable, c’est possible

Je ne sais pas si vous avez fait gaffe, mais ça parle pas mal règles en ce moment sur les réseaux sociaux.

Du coup je me suis dit que c’était le moment idéal pour vous faire découvrir la coupe menstruelle.

A vous mesdemoiselles et mesdames, mais à vous aussi messieurs.

Parce que si ça se trouve, c’est vous qui allez convaincre les femmes de votre entourage de tester cette coupe, ou coupelle, ou cup (la cup, ou comment l’anglais rend vraiment TOUT plus cool). Ce faisant, vous obtiendrez leur gratitude éternelle, et, pour bons et loyaux services rendus à la Planète, un laissez-passer post-mortem pour vous envoyer en l’air avec 72 nanas qui n’ont jamais leurs règles.Ben quoi, il vous plaît pas mon argumentaire? J’ai pourtant cherché un truc bien dans l’air du temps là…Y’en a qui se feraient pas prier à votre place, je vous assure.

Bref. Figurez-vous donc un petit entonnoir fermé, tout souple (c’est fait en silicone médical, ultra safe). La chose se plie pour pouvoir s’insérer dans l’orifice prévu à cet effet et puis s’oublie. Elle se vide, se rince et se replace trois à quatre fois par jour quand les règles sont abondantes et deux à trois fois par jour quand elles le sont moins. ET CA CHANGE LA VIE. I swear man.

Pourquoi ?

Parce ce qu’on peut dire bye bye aux serviettes qu’il faut changer TRES régulièrement si on veut éviter de fuir, ou de puer. Parce que faut arrêter de déconner, je suis pour qu’on parle des règles sans honte ni tabou, mais les extrémistes qui prétendent qu’une serviette hygiénique imbibée de sang pendant plus de trois heures sent la rose me font bien rigoler.

Ciao aux tampons plein de substances pas peace du tout, et donc aux sécheresses, irritations et aux mycoses en tous genre.

Adieu aux fils de tampons qui trouvent toujours le moyen de disparaître dans la matrice.

Adios, le sprint matinal vers les toilettes pour éviter de faire une Carrie.

Prenons un spécimen de sexe féminin, âgé de 30 ans. Disons qu’il lui reste 20 ans à (se) saigner mensuellement pour la perpétuation de l’espèce. Cette personne va donc encore utiliser en moyenne 5 800 protections périodiques.

IMG_5109Celles-ci mettront à peu près 500 ans à se dégrader. Et ça, vous le savez, c’est mal. Jetez un œil à ces chiffres, c’est flippant.

Toujours pas convaincu(e) ? Et si je vous dit que ces 5800 protections lui coûteront la modique somme de … 2436 euros ? 2346 bloody euros !!!

Sinon la personne en question peut aussi choisir de s’acheter une cup, qu’elle renouvellera au bout de 10 ans. Le tout pour une cinquantaine d’euros au total, en moyenne. Voilà voilà…

Enfin j’dis ça, j’dis rien.

Sincèrement, le seul truc un peu chiant, c’est de vider et rincer sa coupe quand on n’est pas chez soi. La solution : emporter une petite bouteille d’eau aux toilettes. On se lave les mains, on retire la cup, on la vide, on la rince. Si on fait gaffe à l’eau il en reste même pour « se » rafraîchir, on replace la cup, on s’essuie et voilà, il ne reste plus qu’à se relaver les mains.

Pour les autres questions gore, je vous laisse consulter la FAQ de ce site, très complet, avec comparateur de cups et tout. Je ne touche pas de com’ pour vous y envoyer, en revanche, si vous adoptez une coupelle, vous m’offrirez bien une coupette j’espère !

Allez, la bisette.

Et bon appétit bien sûr.

Garance ou la vie au bout du pinceau

La femme en fleur

La femme en fleur

Il est des noms qui semblent clairement vouloir vous mener vers un chemin de vie plutôt qu’un autre. C’est le cas de Garance, dont le prénom est celui d’une plante, et de la couleur qui en provient. Un rouge profond et doux à la fois.

Or Garance vit, ressent, rêve et danse en couleurs. Du coup Garance peint, elle en a fait son métier. Un métier qu’elle exerce à la campagne, au milieu des fleurs.

Je la connais depuis maintenant plus de 17 ans, autant dire un record amical du genre à pouvoir figurer dans mon Guiness book of records perso. Pourtant, si tout au long de ces années nous avons beaucoup échangé autour de son art, des tas de questions restaient en suspens, que je n’avais jamais vraiment osé lui poser : comment ça fonctionne, un(e) artiste ? Est-ce que la créativité est un truc qu’on te refile au berceau, façon Belle au Bois Dormant ? Est-ce que l’inspiration permet de pondre des tableaux avec la régularité d’une poule aux œufs d’or, ou l’artiste connaît-il/elle l’angoisse de la toile blanche ?

Hé bien j’ai fini par oser et voilà ce que j’ai appris de la Belle au Bois Vivant (ok, je sors).

 Poisson rouge contre éléphant

Contrairement à la plupart d’entre nous, Garance a des tas de souvenirs de son enfance et même de sa petite enfance. Certains d’entre eux sont carrément des souvenirs de rêves, d’autres remontent à la période où elle gazouillait et babillait, mais ne parlait pas encore. Je trouve ça génial, moi qui ne me souviens même plus de l’avant-dernier livre que j’ai lu, du film que j’ai maté il y a deux semaines, ni même de certains épisodes de ma vie. Heureusement, Garance est là pour me les rappeler ! Mais apparemment c’est pas toujours hyper drôle d’avoir une mémoire d’éléphant. Elle dit : « J’aurais préféré oublier davantage de choses ».

 L’enfance de l’art

Son premier souvenir lié à la peinture remonte à ses 4 ans : « C’était à l’école, je me rappelle très précisément avoir peint un hibou : j’ai choisi les couleurs avec soin, je me suis appliquée à dessiner le contour des plumes, j’étais à fond ! ».

Autre souvenir : « Je devais avoir 7-8 ans, j’avais vraiment envie de peindre, tout le matériel à porter de main et une après midi devant moi mais j’étais désespérée parce que je ne savais pas QUOI peindre, et personne ne m’aidait à trouver. J’en ai pleuré de désespoir ». Bah la voilà, l’angoisse de la toile blanche ! Enfin, apparemment ça a été la seule et unique fois où Garance a vécu ce qui me mine depuis des années face à mon écran si souvent désespérément blanc : « Non, je ne connais pas cet état, enfonce-t-elle, complètement innocemment en plus, la garce ! Si je bloque, je mets de côté la toile en cours et j’en commence une autre. C’est le début d’un voyage, d’une aventure, donc ça jaillit, ça explose ! Du coup je peins plusieurs toiles à la fois, c’est une façon de procéder qui fonctionne bien pour moi ». Bon sang mais c’est bien sûr ! Voilà ce qu’il faut que je fasse ! Ecrire 3 nouvelles et 4 articles en même temps ! Je vous tiens au courant hein…

 Mais pourquoi donc ?

Garance peint pour le plaisir de peindre, ça lui fait du bien, un point c’est tout. Même un mur blanc tout couillon fait son bonheur. Vous lui mettez un pinceau entre les mains et hop, la voilà partie. D’ailleurs, ils sont plus d’un à avoir accueilli dans leur nouveau chez eux une peintre en salopette mouchetée de couleurs, version jeune et jolie de Punky Brewster…

Attention pourtant : cette sérénité va au-delà de celle que peut vous apporter le fait de jardiner, de cuisiner ou de faire la vaisselle (si si, lisez Thich Nhat Hanh, vous verrez). Chez Garance, la peinture a à voir avec la survie psychique « A un moment de ma vie, j’ai perdu le fil relationnel, avec moi-même comme avec les autres. La peinture m’a permis de garder les pieds sur terre, raconte-t-elle ». Ca me fait penser à Clooney dérivant dans l’espace de Gravity, c’est vrai que c’est flippant, merci la peinture !

Comment ça marche

Elle dit : « Quand j’ai commencé à créer pour de bon, je ne réfléchissais pas vraiment à ce que j’allais peindre. J’avais des éléments épars qui me venaient et je les mettais en scène les uns avec les autres. Une fois que j’avais terminé, je me rendais compte que j’avais raconté une histoire qui correspondait à ce que je vivais au plus profond de moi à ce moment-là de ma vie. Aujourd’hui je suis plus « consciente », je sais mieux de quoi je parle, ce que j’exprime, mais le processus est resté le même. Des images s’imposent à moi quand je rêve, quand je danse, quand je médite : l’inspiration vient de l’intérieur. Une fois que je suis devant mon chevalet, je lâche le mental. J’entre alors dans une sorte d’état méditatif et je laisse mon pinceau danser sur la toile ». Pour comprendre comment « ça » marche, ajoutez à cela une perception de la couleur et de la lumière assez dinguo : « C’est comme si je voyais ou que je sentais dans chaque couleur – et dans la lumière aussi – tous les éléments qui la composent ». Bon, il est où le kaléidoscope de mon fils ?

 Routine or not routine ?

Garance peint ce qu’elle vit, ce qu’elle ressent (du coup je cogite pas mal à chaque fois qu’elle me montre une de ses nouvelles toiles, c’est comme une énigme à résoudre). Alors forcément, chaque jour est un jour nouveau. Ce qui est certain, c’est que la musique a une grande importance dans le processus, qu’il s’agisse du chant des oiseaux ou d’un morceau, d’un album qu’elle est capable d’écouter en boucle pendant des semaines, voire des mois : « La musique maintient l’énergie de mon ressenti en vie. Elle m’aide à replonger dans des émotions que j’ai pu ressentir plusieurs mois plus tôt ». Un peu comme moi quand j’écoute « Don’t speak » de No Doubt et que je me remémore un des mes (nombreux) chagrins d’amour, en somme. Sauf que moi j’en fais pas grand-chose, à part me dire « bon sang, quel kif de ne plus avoir 18 ans ! ».

L’inspiration

« Ce qui m’inspire c’est ma relation à moi, qui est inévitablement influencée par le monde extérieur, m’explique ma cops. Me prendre comme sujet et être obligée de me regarder attentivement, comme un objet d’étude, essayer de déterminer ce qui fait mon essence… C’est une forme de rencontre avec moi-même ». En effet, Garance se met en scène dans ses toiles. Tandis que certaines restent pour moi très mystérieuses, avec quelque chose d’opaque qui me pousse à cogiter pendant des plombes, d’autres me parlent immédiatement, ou plutôt parlent de moi. Heu, les deux en fait. L’universalité atteinte à travers l’expression d’une subjectivité, le truc des artistes quoi.

Artiste au féminin

Je connais certains types qui fanfaronnent en affirmant que l’art est une histoire de couilles, la preuve, combien de femmes ont marqué l’histoire de l’art et blablabla et blablabla. Je leur explique calmement que c’est sûr que quand la société vous cantonne à l’univers clos du foyer, avec cinq gosses dont il faut s’occuper, sans compter la lessive (à la main jusqu’au XXe siècle tudieu !), les courses, la cuisine et le ménage, ça laisse peu de temps et d’espace à la créativité. Et puis après j’arrête face à leur évidente mauvaise foi, parce qu’au fond je sens qu’ils ont simplement peur de perdre leur pré carré. Garance confirme : «  Quand j’avais 20 ans, que je n’étais pas encore solide, j’ai eu droit à des remarques charmantes du style « c’est pas un métier pour une femme », particulièrement de la part d’ artistes masculins autour de la cinquantaine ». Le genre de petite phrase assassine susceptible d’en décourager plus d’une … mais pas Garance! « J’ai rapidement eu la certitude que la peinture était ma vie et qu’il n’était pas question pour moi de prendre une autre voie, se souvient-elle. J’ai donc fait en sorte d’évoluer dans un cercle relationnel où les gens ne disent pas ce genre de choses». Elle est cool Garance. Moi j’aurais dit « ce genre de grosse connerie de merde » !

La danse et la peinture

Je vais au même cours de danse que Garance. Et je crois bien que c’est la meilleure danseuse que je connaisse. Son expressivité à couper le souffle est servie par un corps souple et puissant la fois qui tisse en tournoyant le lien entre son moi profond – avec lequel elle est connectée en permanence- et ses compagnons de danse, avec lesquels elle interagit avec la plus grande fluidité. Bref. Quand elle m’a raconté ce qui suit, j’ai mieux compris pourquoi son corps en mouvement me fascinait tant : « Quand je danse, mes sensations physiques se traduisent en images. Je peins en ce moment une femme piano qui est née d’un de ces moments : j’étais tellement prise par ma danse que j’avais l’impression que chaque partie de mon corps était une touche, noire ou blanche, et que c’était moi qui produisais cette musique sur laquelle nous dansions tous ». Le genre de truc qui n’arrive que sous acide quoi… Il faut croire que le cerveau de Garance est un laboratoire clandé, j’achèterais bien sa came mais malheureusement la science n’a pas encore suffisamment avancé pour me permettre d’expérimenter ce kif garanti sans bad-trip ni descente hardcore. En attendant je me console en tripant devant ses toiles.
Et si vous voulez faire de même, ça se passe ici !

As-tu assez de vraies bonnes copines?

Woman-power symbol (clenched fist in Venus sig...

credit: Wikipedia

C’est quoi une bonne copine ? C’est une nana qui sait toujours à peu près si le temps est beau ou pluvieux sur tes paysages intérieurs, avec qui tu partages certains goûts et dégoûts, des mojitos, des confidences, de bonnes poilades  et parfois quelques larmes. Une frimousse que tu ne te lasses pas de voir.

Mais c’est quoi, une VRAIE  bonne copine ? C’est cette personne sur qui tu peux compter, qui est là quand tu as besoin d’elle. Friends in need are friends indeed

Maintenant, imagine un monde REMPLI de vraies bonne copines, toujours prêtes à se rendre service. Utopie ? Pays imaginaire ? Rêve fou ? Ben non. Ce lieu existe, Il a été crée par Florence Haxel, la très très bonne copine de toutes les minettes de France et de Navarre, une jeune femme pleine d’énergie et d’idées, qui  a eu envie, un jour… de changer le monde, tiens donc.

Besoin d’un baby-sitting de dépannage? De conseils en relooking ? D’une pro pour te coacher avant un entretien d’embauche ? D’aide pour organiser l’anniversaire de petit dernier ? D’une partenaire de tennis ? Pas de problème : tu vas sur mesbonnescopines.com, tu t’y inscris, et parmi les 32 000 bonnes copines de l’autre côté de l’écran, il y en aura forcément quelques unes qui seront en mesure de faire quelque chose pour toi. Oui, 32 000. Et bientôt, je te le prédis, tu en auras bien plus que ça.

Mes Bonnes Copines, c’est le premier réseau social d’entraide féminine en France. On y parle coups de pouce et bizz : Tu donnes un coup de pouce et en remerciement, tu reçois une bizz de la copine que tu as aidée. Avec cette bizz, tu peux toi-même bénéficier d’un coup de pouce. En gros, tu donnes à la communauté et la communauté te rend. Tout ça sans avoir à débourser le moindre kopeck.

Si ça te chante, tu peux intégrer un des nombreux groupes qui se sont constitués sur le site. Pour te donner une idée, ceux qui cartonnent le plus en ce moment sont : « Les bonnes copines de Paris et de sa proche banlieue», «les meufs de la com », « tricoteuses, couturières, et autres travaux d’aiguille », ou encore « business women parisiennes et IDF ». Parce que,  j’avais oublié de te le dire, mais ça réseaute sévère sur MBC. Ca s’échange bons plans, conseils et formations. Girl power quoi.

J’ai moi-même enfilé mes bottes pour me rendre à l’une de ces soirées « pro », le Networking des Tsarines ça s’appelait, et je me suis retrouvée avec une trentaine de nanas passionnées, courageuses, curieuses, enthousiastes, motivées, déterminées… Que des bonnes vibes en somme. Il y avait là des consultantes, des journalistes, des naturopathes, des coach en relooking, des nanas en reconversion professionnelle. Entrepreneuses et entreprenantes, au sens amical du terme. On s’est présentées, on a bu du champagne, on a suivi une formation accélérée hyper-drôle de Nadia Akkari en personnal branding (à ne pas confondre avec le personnal branling, nous a-t-elle précisé), on a papoté, certaines ont échangé des cartes de visite, bref, ce fut cool et productif.

Tout ça pour te dire que rejoindre Mes Bonnes Copines, c’est faire un petit pas pour la femme, mais un grand pas pour l’humanité. Parce que quand les femmes avancent, l’humanité avance, et ce n’est pas Muhammad Yunus qui dira le contraire…

Allez, viens, on agrandit le cercle !

Mon enfant, ma sœur
Songe à la douceur
D’aller là-bas vivre ensemble !
Au pays qui te ressemble !
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You talking to ME?

Hier, c’était la journée mondiale pour l’élimination des violences faites aux femmes. Encore une journée à la noix ? Ben disons que quand on sait que dans le monde, une femme sur cinq sera victime de viol ou de tentative de viol au moins une fois dans sa vie, ou encore qu’une femme meurt de violences familiales tous les deux jours et demi, on se dit, ouais, y’a encore du taf.

J’ai de la chance, je n’ai pratiquement jamais peur dans la rue. Je ne sais pas d’où ça vient, mais j’ai instinctivement développé les bons réflexes, ceux qui font qu’on ne m’emmerde pas. On me dit bonjour, je salue  en retour, et je trace. On m’interpelle, « Ouaich princesse ? », je souris et je trace. On insiste ? « Hé madmoiselle, tu voudrais pas qu’on aille boire un café ensemble ? », je décline poliment, invoquant un nécessaire retour à la maison « auprès de mon mari et mon fils », et je trace. Ca calme, direct. Fait étrange, on ne me dit jamais « t’es bonne », mais « vous êtes charmante ». C’est vexant, mais je remercie tout de même, et je trace.

Cover of "Grindhouse Presents, Death Proo...

Bon, c’est vrai, quand je rentre de teuf tard le soir, ou tôt le matin, que je suis seule dans la rue, que je passe par un quartier chaud ou à côté d’un groupe de mecs bourrés, je suis pas hyper rassurée. Là il faudrait écrire «je fais pas la fière», mais si justement, je fais la fière. Je me redresse, le regard droit, et j’avance d’un pas décidé. Avec mon corps, je dis «j’ai pas peur». Parfois, même, mes poings et ma mâchoire serrés marmonnent «Putain les gars, zavez pas intérêt à me péter les couilles». Quand je un peu paf, il m’arrive même de me faire un petit Actors Studio dans ma tête, en mode «YOU TALKIN TO ME ?!?». Mais le mieux, c’est encore quand j’ai ça dans les oreilles. Une meuf d’1,74 m, 64 kg, qui avance l’air véner tout en chantant – faux – du NTM avec une grosse voix, et en faisant popopopop avec ses mains, ben, j’vous jure, on la fait pas chier.

Mais il y a eu deux fois où j’ai pas réussi à faire la fière. La première fois, je devais avoir autour de 20 ans, un type m’a mis la main au cul. Du genre bien empaumée, vous voyez. En pleine rue, en plein jour. Le temps de l’information remonte de mon cul à mon cerveau, et que mon cerveau réussisse à l’analyser, le mec était trop loin pour que je lui éclate les bourses. J’ai juste réussi à hurler insanités d’une voix suraiguë, c’était pitoyable. J’étais rouge de honte, de colère, j’ai eu la haine pendant des heures. Une haine accompagnée de dégoût, pour mes fesses qui avaient attiré la main de cette raclure de bidet, pour cet infâme libidineux, et pour ces obsédés de mecs en général. Voilà à quel type de généralisation débile peut mener un geste déplacé.

La deuxième fois, je rentrais dans mon appart de célibataire, dans une grande tour du 13e arrondissement. Il devait être minuit et demie, pas grand monde avenue d’Italie. Un mec me complimente, je remercie et je trace, vous connaissez la rengaine. Le gars insiste, je lui dit que NON, je ne suis pas intéressée. Il se met à me suivre. Là, je balise. En fait, j’ai senti très nettement que mon cerveau s’embrouiller. J’étais tout près de chez moi, mais je ne pouvais pas entrer : je ne voulais pas qu’il sache où j’habitais. J’ai supplié mes neurones de m’aider, elles ont eu pitié et m’ont conseillé d’emprunter le passage sous la tour, pour entrer par la porte secondaire, sur une autre avenue. J’ai couru, agité frénétiquement mon badge magnétique devant la porte – on aurait dit une ado hystérique dans Scream, je me suis précipitée dans le hall d’entrée et sans même avoir le courage de vérifier si le type m’avait suivi ou pas, j’ai bondi dans l’ascenseur. En ouvrant la porte de mon appart je me demandais toujours si le gars n’allait pas surgir du deuxième ascenseur (Merci Scream). Bref, j’ai échappé de peu à une belle crise cardiaque, et j’ai eu un peu de mal à m’endormir, ce soir-là…

Depuis, je me sens un peu plus concernée quand on parle de violences faites aux femmes. Voilà entre autres pourquoi je suis allée assister hier, au  «stage d’autodéfense verbale» organisé par le Pôle Egalité Femmes-Hommes de l’université Paris Diderot. Là, deux instructeurs et une instructrice de l’asso « Operationnal Defense System », qui animent régulièrement des cours d’autodéfense dédiés aux femmes, nous ont donné des clés de compréhension (les mécanismes de l’insulte, le cadre législatif…) et surtout, des outils à retenir et des réflexes à acquérir: marcher d’un pas décidé, la tête haute, se tenir droite.  Dans le métro ou le RER, si on est seule le soir, se rapprocher des caméras ou de la tête de train, près du conducteur. Ne pas se laisser atteindre émotionnellement par l’insulte. Gérer son stress pour éviter d’émettre tout signal corporel trahissant la peur. Toujours garder une distance de sécurité. Ne pas baisser la tête ni les yeux en cas de contact visuel mais détourner le regard, horizontalement. Commence à faire du barouf si le gars ne lâche pas l’affaire, etc. etc.

Après le cours théorique, on a eu droit aux TP, on s’est bien marrés tout en apprenant des tas de trucs. Du coup, c’est décidé, je vais tenter le LSD. 30 euros pour 3 heures de cours, 30 euros pour gagner en assurance et apprendre à faire un bon kick en cas de besoin, je prends !

Vous en voulez encore ?

  • Le lien vers le site de Ladies System Defense
  • Une chouette animation réalisée par mon pote Gautam
  • Un court métrage bien prenant qui se passe de sous-titres (à quand les cours de Self Defense gratuits et obligatoire en Inde, en Egypte et dans tous ces pays où la femme s’en prend plein la tronche ?)
  • Le projet crocodiles, ou la violence des  rapports hommes-femmes au quotidien en BD

Et vous les filles, vous avez déjà subi des violences verbales, ou physiques? Les garçons, vous avez déjà dû intervenir pour protéger votre chérie ou une inconnue? Vous avez des astuces anti-relous? Partagez!

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