J’aime les sapins de Noël. J’aime leur odeur, la joie qu’apporte ce petit morceau de forêt dans nos intérieurs au cœur de l’hiver. Ma famille est musulmane mais n’en déplaise aux flippés de l’immigration on a toujours fêté Noël, avec force sapins, cadeaux, saumon fumé, et chapon fourré aux cranberries (cette alternative aux marrons étant le fait de ma tante canadienne, qui a souvent reçu notre tribu indienne chez elle pour Noël, merci Nancy, coeur sur toi).
J’aime les sapins mais voilà un moment qu’en acheter pour Noël me tracasse. Parce que la monoculture, parce que les CO2 émis pour le transport, et parce que je ne peux pas m’empêcher de penser que je tue UN ARBRE, pour mon petit plaisir de trois semaines. J’ai tenté la location de sapin en pot, ça m’a coûté la peau des fesses et le pauvre sapin n’avait vraiment pas l’air ravi après trois semaines passées en appartement chauffé.
J’ai recommencé à acheter des Nordmann, taille moyenne pour votre pleine et entière information.
De toute façon l’enfant était encore un enfant et mon cœur se fendait aussi nettement qu’une belle buche sèche à l’idée de le priver d’une bonne part de ce qui fait « la magie de Noël ».
Et puis l’enfant est devenu ado, et je me suis dit qu’il était temps.
J’ai dit à Garance que je réfléchissais à un « air-sapin », elle m’a posé quelques questions sur la façon dont je l’envisageais, et quelques mois après elle débarquait les bras chargés de la structure de suspension lumineuse de sa propre cuisine, qu’elle avait décorée de larges rubans de couverture de survie.
Un atelier-déco plus tard, je contemple mon air-sapin et je sais que c’est le sapin de ma vie. Il est beau, il est élégant, il est poétique, il brille de mille flammèches, je l’aime.
Quand j’en ai montré la photo à la voisine qui m’avait prêté sa perceuse (rapport au crochet pour mon sapin aérien), elle m’a dit : « ben, c’est une suspension lumineuse quoi ». Mais non. C’est un air-sapin, je suis super fière de lui, et de moi qui ai réussi sans souffrance à me débarrasser, avec l’aide de ma meilleure pote, d’une vieille habitude qui ne me convenait plus.
Je nous souhaite, à toutes et tous, pour l’année qui nous vient, de trouver l’envie, l’élan, la créativité, l’ingéniosité et les hacks qui nous permettront de lâcher les vieilles habitudes qui ne conviennent plus ni à nous, ni à notre humanité.
Je vous l’ai raconté un jour : « La nuit c’est fait pour dormir. Il n’y a que les gens bizarres qui sortent la nuit », m’avait dit un jour mon père. Et dans sa voix j’avais entendu la peur, la peur de l’Obscurité et de ce qu’on peut y trouver.
Depuis, j’essaie de vous raconter la Lumière de la Nuit, ses sourires, ses transes ses extases, j’essaie de vous raconter cet Outre-Monde où il fait si bon ne pas dormir.
Mais je vous dois ma vérité : mon père a tout de même un peu raison.
A une certaine heure de certaines nuits de Pleine Lune, à 4h pour être précise, quelques dalles de dancefloor se soulèvent, d’où surgissent les Créatures d’Outre-Tombe. Les yeux sortis de leurs gonds – ô serpents vos pupilles ! – vertes écailles recouvertes de poudre, elles titubent. Vous faites mine de ne pas les voir, quelque chose en vous a peur, doux Jésus en voilà Une qui vient vers vous, la voilà qui vous interrompt pour vous entreprendre. De ses lèvres s’échappe une sombre brume mêlée des mots sans queue ni tête. Surtout sans tête. Un truc qui empoisse sévère.
Vous essayez malgré tout de comprendre ce qu’essaie de dire la Créature, vous vous concentrez fort vous essayez de faire abstraction de l’immense ennui qui s’empare de vous au récit par le menu ET en boucle de sa journée, entrecoupé de silences hagards. Mais en vain. Des interrogations tournent et se retournent dans votre tête : la Créature d’Outre-Tombe a-t-elle conscience d’elle en-tant-que Créature d’Outre-Tombe ? Se verra-t-elle, une fois le jour revenu, telle que vous l’avez vue, mâchoire décrochée, sans-dessus-dessous ? Sans doute pas, sinon comment tout ceci serait-il possible ! Et qu’a-t-elle donc vécu qui ait ainsi fini par faire mourir une partie d’elle-même?
Vous n’avez pas de réponse, il vous faut de l’air, de la lumière, il vous faut la douce chaleur de vos amis. Mais voilà, les autres Créatures sont là, sur la piste de danse. En voilà une qui frotte son entre-jambe à la cuisse de son voisin. Une autre, en permanent déséquilibre, vous arrose de sa bière éventée, tandis qu’une troisième à vos côtés rit façon démon à ses propres blagues salaces.
Vous fuyez.
La nuit avait pourtant bien commencé. Mais Cendrillon n’a pas respecté le couvre-fous de certaines nuits de pleine Lune, et le carrosse s’est transformé en citrouille d’Halloween.
Mon père quand j’étais petite m’avait interdit de regarder le clip de Thriller. Il avait tort, ça m’aurait peut-être un peu préparée aux Créatures d’Outre-Tombe. Et au moins dans Thriller les zombies dansaient vraiment du feu de tous le diables.
Un conte inspiré de faits sub-réels, écrit sans IA les gars.
Ps : la BO du conte ici là, et là. Quelqu’un pour tenter un mix?
J’ai Moins de 8 ans Je suis assise Sur des marches d’escalier Je porte Une jupe blanche. Ma mère Visiblement très gênée Me demande de resserrer les jambes Un oncle est là L’homme le plus inoffensif du monde Je le sais, elle le sait Mais c’est un homme Et une fillette Ne garde pas ses jambes ouvertes Devant un homme.
J’ai 10 ans, dans le cour de récré, Rémi soulève ma jupe Je l’attrape par les poignets Je le fais tournoyer Puis le lâche aux quatre vents Et le vois s’écraser, contre le gravier A l’infirmerie, Rémi.
11 ans, je prends le métro seule, comme une grande Un homme me demande son chemin en anglais Toute fière je lui réponds En anglais L’homme me remercie Et me demande si je veux l’accompagner manger une glace J’ai 11 ans Mais je sais Que tous les enfants feraient mieux De ne jamais suivre les messieurs Qui proposent des bonbons et des glaces. Mon cœur de 11 ans bat la chamade Je dis non merci Et je saute hors de la rame, Dieu merci.
12 ans, premières règles. Je saigne, c’est normal, ça veut dire que je deviens une femme Ca veut dire Que je suis en âge de procréer. Mais il faut cacher Les serviettes, propres ou de sang souillées Etre discrète, pudique C’est une sale affaire de femmes De femmes seules.
J’ai 12 ans Et des seins. D’horribles messieurs, De 40-50-60 ans M’envisagent goulûment Et j’ai comme la nausée
J’ai 12 ans Et des seins. Frédéric, le petit gros pianiste prodige satyre précoce de ma classe Les fixe de façon répugnante Une blague salace sort de sa bouche Balayette Frédéric ne recommencera plus.
J’ai 13-14 ans Un cousin éloigné Fort pieux – lit le coran de façon admirable – Me fait du pied sous la table. Je retire mon pied.
Plus tard, à l’adolescence. Depuis ma chambre à barreaux rose Je pense à mes ami.es expats, malgaches, Qui ont le droit de sortir, de danser Je pense aux jeunes hommes de ma « communauté ». Qui ont le droit de sortir, de danser Et en profitent pour payer des prostituées. Ils peuvent enchaîner les conquêtes, les aventures, les histoires, nous il nous faut être sages, garder notre « réputation ». Depuis ma chambre à barreaux rose Je veux juste sortir, danser.
Aux grands déjeuners familiaux en campagne malgache Les hommes d’un côté De la table Les femmes de l’autre D’un côté ça parle business et politique De l’autre recettes et cancans. Je préfèrerais la politique et le business, je me dis.
18 ans Je marche, rue piétonne Un piéton De toute la largeur de sa grosse main dégueulasse M’empaume la fesse Moi figée, lui s’en va, hilare. Interminables secondes Puis le feu me monte aux joues Je voudrais Lui courir après Le secouer Lui hurler dessus Il est trop tard L’homme est loin. Je n’ai plus jamais marché insouciante Je marche tête haute Poings et mâchoires serrés Les yeux qui disent Me fait pas chier. Et plus aucun gros dégueulasse Ne vient me faire chier.
J’ai 26 ans, je rentre chez moi Il est 23h, peut-être minuit Pour la première fois De ma vie Je me sens suivie Oui. Un homme me suit J’ai peur, pour la première fois peur comme ça. Heureusement il y a deux entrées pour mon immeuble Je m’engouffre dans le passage sous la tour Je cavalcade les escaliers Le bip, la porte, sauvée. J’aurai peur, pendant quelques jours De recroiser le rôdeur de la tour.
33 ans, mère, mariée, Je m’auto-moule dans le moule De celle qui travaille « moins » Bébé, ménage, cuisine, Chaussettes et caleçons abandonnés Au pied du panier.
46 ans, je vous raconte la longue naissance d’un féminisme.
Nous autres oiseaux de nuit, pourquoi nous déplaçons-nous d’appartements en open-airs, de clubs en festivals, de ville en ville, d’un pays l’autre, pour aller écouter des DJ, contre vents et marées, grosses fatigues ou petites déprimes, contre toute logique (d’âge, selon les ptits jeunes qui hallucinent de nous voir squatter les dance-floors), contre toute-attente pour certains ?
Pourquoi regardons-nous tous dans une même direction, vers un homme ou une femme ayant pour seul orchestre deux platines et quelques boutons ou alors le tableau de bord d’un A380 ?
Parce que cet homme, cette femme, sont les pilotes dont va dépendre le voyage.
Jérôme Pacman par Olivier Degorce
La qualité des gens, le système son, l’acoustique sont essentiels, mais sans DJ, pas de traversée.
Ce sont des puits de science musicale, des passionnés, de vrais geeks, leur cerveau semble avoir développé une hypermnésie ciblée: histoire de la musique, genres, auteurs compositeurs producteurs labels DJ machines, tout a été absorbé-digéré, et comme on devient ce qu’on ingère, voilà, les DJ transpirent la musique.
On peut les côtoyer sans y rien connaître, tant qu’on a une oreille on écoute, on entend, on comprend, on danse, on apprend.
Il y a parmi eux des humbles, des timides, des décontractés, des extravertis mais tous – les vrais j’entends – honnissent la starification des DJ, et l’électro de masse, qui s’entend et s’étend désormais partout.
Les voilà, ils sont là, eux et leurs milliers d’heures d’écoute, ils en ont tiré la substantifique moelle et vous la servent sur du pain croustillant, avec une pointe de fleur de sel et un verre de grand cru.
« C’est du boum boum, c’est répétitif, c’est pauvre », disent ceux qu’y n’y entendent goutte. Il disent cela parce qu’ils n’ont entendu que de la mauvaise musique électronique, ou ils en ont entendu de loin, et ce sont les basses qui résonnent le plus, au loin.
Oui, il y a un généralement un boum-boum, c’est le beat, la structure, qui va servir de repère au DJ, aux danseurs. C’est une ancre.
Oui c’est répétitif, mais avec les bons DJ, une plage n’est ni tout à fait la même, ni tout à faire une autre que celle qui suivra. Et c’est de cette répétition subtile que naît la transe.
Et non, ce n’est pas pauvre, c’est même la plus riche des musiques, englobant toutes les autres. Afro-house, latin-house, tablas indiens… toute la world musique y est, ainsi qu’un nombre incalculable de sous-genres de la house, de la techno, de la trance, de la drum and bass, du dubstep, de l’électro, de l’ambient…
Au boum-boum s’ajoutent un poum-tchak, ici, un bleep là, un accord de piano, une voix, une envolée de batterie, une nappe de synthé, un coupé décalé, et plein plein d’autres choses encore, que les danseurs choisiront comme autant de petits tapis volants, que les DJ devront ordonner, doser, faire monter et descendre, pour ensuite les tisser sans couture avec un autre morceau. Et ainsi de suite…
L’entrée en matière est importante, les danseurs s’échauffent tranquillement, ça papote; il s’agira, petit à petit, de les capter, des les captiver, de les capturer.
Les mauvaises nuits, le miracle n’advient pas : ça arrive, parfois.
Mais les bons DJ créent toujours de belles montées, quelques-uns des ces moments magiques où la foule ne forme plus qu’un seul organisme dansant, d’une beauté à faire exulter.
Les meilleurs tiennent cette foule sous leur emprise quasi-divine pendant des heures et des heures. Je me souviens avoir dit, en sortant d’un set de @jamesdeanbrown : « C’est Dieu, en fait »… On danse, on ferme les yeux, on se laisse emporter, on les rouvre, partout des sourires, partout ce même grand bonheur, on danse…
La fin au petit matin est douloureuse, on voudrait ne jamais cesser d’ être aussi heureux, alors les DJs font en sorte qu’elle soit belle, douce, parfois inoubliable.
Une soirée où la magie a opéré tout du long reste en vous plusieurs jours, vous la portez dans votre cœur comme une chose précieuse qui vous fait palpiter.
C’est pourquoi, nous autres oiseaux de nuit, nous nous déplaçons, d’appartements en open-airs, de clubs en festivals, de ville en ville, d’un pays l’autre, pour aller écouter des DJ, c’est pourquoi nous les aimons et les respectons, c’est pourquoi nous les remercions d’exister.
Pour découvrir ou mieux connaître cet univers, je vous invite à écouter l’excellent podcast « Le Sac à disques », de Dave Berton & Emeraude Nicolas, qui sous le malin prétexte de chercher à comprendre comment un DJ s’organise pour aller mixer, vous font entrer derrière les coulisses de nos belles soirées.
Ecoutez/regardez aussi l’excellent Focus, de l’ami Vito et de son comparse Keri, avec des mixes filmés de plusieurs DJ, dont celui du grand Alex Pasco, qui m’a conquise en faisant danser mon coeur 🙂
C’était (encore) une de ces périodes compliquées, de celles où je cours sans arrêt, ralentissant seulement pour reprendre mon souffle, voyant derrière mon épaule le tsunami de taf gonfler, gonfler, prêt à me submerger.
C’est ce moment que choisit Adrien pour m’appeler. Il tournait un clip qu’il produisait, et dont il avait composé la musique. Pas énormément de sous, des sous d’amour, et beaucoup d’amour autour, les potes venus poser les cuivres pour l’amour d’Adrien et de la musique, son élève venu proposer un lieu de tournage inespéré, tout se goupillait tellement parfaitement, Adrien rayonnait.
Une réal’ solide, Dalya Guerin, une troupe pleine pep’s pour une choré dirigée par Aurélia de la Vegaune, et une danseuse libre, il m’y voyait, ça s’appellerait Love is a dance.
……
Tu y es. Au cœur de ce petit monde comme coupé du monde. Ici la Terre ne brûle pas, ici pas de vague brune à l’horizon, punaise ça fait du bien… Tu observes, tu contemples, tu frétilles, tu frisonnes, tu rêvasses pendant que s’agitent concentrés les copains-cuisiniers, la réal et ses assistant.e.s, la chef’op, la maquilleuse, les danseurs, la chorégraphe, et Adrien, bien sûr, Adrien et sa veste canon que t’as trop envie de piquer.
Et puis vient ton tour, tu n’as jamais fait ça jouer une scène, tu es seule à une table tu attends celui qui ne viendra pas, bon sang comme tu te sens seule et fragile face à tous ces gens qui ne regardent que toi.
Tu danses aussi, c’était le contrat, t’es super mal à l’aise t’as chaud t’as froid tu te sens ridicule et ça s’arrange pas quand tu jettes un œil aux rushes bon sang c’est beaucoup trop lascif c’est pas toi !
Eh ben oui petite chérie, c’est ça JOUER. SORTIR DE SOI, de son petit soi, de son petit ça englué de surmoi.
…
Ainsi, grâce à Adrien, je revins à la vie.
A l’heure où j’écris ces mots (il est 2h14 du matin du 25 janvier 2025, pour les annales), je n’ai pas encore eu ce fameux clip sous les yeux mais j’ai vu un artiste soulever des montagnes pour mettre ses tripes, son cœur et son âme en images, en mouvement, en son et en lumière. Et ça valait sacrément le détour.
Hip hip hourray pour #thesolstice, suivez cet homme, il a plus d’une baguette dans son sac.
Love is a danse, life is a dance, my friend(s).
PS : à l’heure où je publie ces mots (il est 00h15 du 27 janvier 2025 pour les annales), la dernière chose dont je peux témoigner est la suivante : il est BEAUCOUP plus facile de tourner dans un clip que de se voir dans un clip…
On a tous nos petites habitudes en termes de vœux pour la nouvelle année.
Il y a celles et ceux qui font simple, avec un bref et efficace « Bonne année ».
Il y a les désabusé.e.s, les désenchanté.e.s, les désespéré.e.s de l’époque qui n’arrivent même plus à formuler de vœux, sauf à chuchoter « ben bon courage à nous tous, hein ».
Et il y a ceux qui personnalisent un peu plus en souhaitant ce qu’ils souhaitent qu’on leur souhaite (vous l’avez ?).
Je suis de celles et ceux-là, et donc dans mes vœux il y a généralement les mots « douceur » et « joie » (« santé » étant le vœu informulé mais implicite, la base en somme).
Cette année ne déroge pas à la règle, et ce que je nous souhaite, donc, c’est une année combative. Parce que j’ai testé cet état d’esprit particulier et que, je vous le jure sur ma tête d’écoanxieuse et désormais d’angoissée politique, il fait beaucoup de bien face à ce fichu sentiment d’impuissance et de découragement dont je vous parle sans arrêt, qui s’est emparé de nous toutes et tous. Parce que, que nous le voulions ou non, une bataille idéologique et culturelle (https://www.humanite.fr/politique/bien-commun/projet-pericles-le-document-qui-dit-tout-du-plan-de-pierre-edouard-sterin-pour-installer-le-rn-au-pouvoir) a commencé, dont nous ressortirons dramatiquement perdants si nous ne faisons rien de toute cette énergie combative qui sommeille en nous, que nous en soyons conscient.e.s ou non.
Et pour commencer en beauté, je vous souhaite de lire et faire tourner Résister de Salomé Saqué. Cinq euros dans toutes les bonnes librairies, ça n’est pas cher payé pour un état des lieux clair et concis, chiffré, sourcé, un élan, un espoir et des pistes pas si compliquées à mettre en œuvre. S’informer, informer ses proches, apprendre à écouter, à débattre calmement, soutenir la diversité des medias, créer ou recréer du lien, s’engager dans le monde associatif, user de sa créativité. A cela j’ajouterais tout simplement, pour celles et ceux qui se disent qu’ils n’ont le temps pour rien de tout cela : signer des pétitions. On peut avoir l’impression que ça ne sert à rien, mais en tant que communicante ayant accompagné ce que j’appelle le Lobbying des Gentils (ferroviaire mon amour) , je vous garantis que cela peut avoir un réel impact (https://archives.qqf.fr/article/clic-pour-changer-monde).
Salomé Saqué a écrit en quelques mois et un peu plus de 100 pages ce que je voulais vous raconter dans une série de posts à paraître tout au long de l’année 2025. Et elle l’a sans doute fait de façon beaucoup plus approfondie et efficace. Ce serait dommage de s’en priver !
Bonne lecture et bonne année combative, donc, mes très chers amis.
Le monde ne sera pas détruit pas ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire. Albert Einstein.
C’est un néologisme, créé par Jean Anthelme (oui oui) Brillat-Savarin, qui apparaît dans sa Physiologie du goût (1825) pour désigner « le plaisir de vivre ensemble, de chercher des équilibres nécessaires à établir une bonne communication, un échange sincèrement amical autour d’une table. La convivialité correspond au processus par lequel on développe et assume son rôle de convive, ceci s’associant toujours au partage alimentaire, se superposant à la commensalité[1]. » (Jean-Pierre Corbeau, merci Wiki).
Comment, ce Noël-ci, allons échanger, comment allons-nous communiquer ?
En essayant d’asséner nos vérités ici et là ?
Certainement pas, on voit ce que ça donne dans les débats politiques et sur les réseaux sociaux, très peu pour nous merci.
Non, ce qu’on va faire, c’est écouter, vraiment. Qui es-tu, toi, raconte-moi ? Pourquoi as-tu peur? Pourquoi es-tu en colère ? Oui je comprends, moi aussi j’ai peur, mais plutôt de ceci ou de cela… Et toi, raconte-nous, enseigne-nous, comment fais-tu pour être toujours plein.e de joie ? Comment ça va?
Si nécessaire, on aura nos antisèches remplies d’argumentaires solides, raisonnés, mais ce qu’on va tenter, cette fois et toutes les fois suivantes, c’est de faire appel à ce qui nous lie, à ce qui fait de nous une communauté humaine, au Destin Commun.
Parce que c’est ainsi et seulement ainsi qu’adviendra ce #nouveaumonde que nous voulons créer.
Joyeux Noël, mes amis.
[1] la commensalité désignant le compagnonnage de table, NDLR MDR.
Il existe une théorie selon laquelle les Couche-Tard seraient les descendants des « Night Watchers », ces vigies qui du temps où la vie était bien plus hostile, veillaient sur les Endormis.
« La nuit c’est fait pour dormir. Il n’y a que les gens bizarres qui sortent la nuit », m’a dit un jour mon père. Et dans sa voix j’ai entendu la peur, la peur de l’Obscurité et de ce qu’on peut y trouver.
La Nuit, pourtant, est pleine de Lumière. Les Nights-Watchers s’y regroupent en micro-tribus modernes, pour célébrer de très anciens rituels. Les SoUrciers en sont les guides, qui à l’aide de tams-tams électroniques portent lentement mais sûrement leurs troupes vers la transcenDanse. Rivés vers la Caisse-Son, les visages en brillent-illuminés.
Il y a là de la chair, il y a des os, il y a du muscle et des âmes, les Night-Watchers entretiennent les braises de la Physicalité, tandis que les Endormis vont se désincarnant, chaque Jour-Ecran un peu plus.
Il y a là les Sensitifs, les Sensibles, les Fleurs de Peau et quelques Grands-Brülés-de-la-Vie, ils parlent d’Amour , d’Attention(s) et de Soin, ils parlent de Partage et de Tolérance, ils parlent de Curiosité et d’Ouverture, ils rient, ils dansent et se prennent dans les bras.
Ils sont les Gardiens de la Lumière-de-Nuit, tandis que petit à petit le Jour cède, gagné par le Lucre et la Peur.
Parfois, assez souvent en fait, on veut offrir du plaisir, de la joie, du bonheur, et on finit par offrir des émissions de CO2 à la pelle, des heures d’esclavage, du diabète et des pics de glucose, des nanoparticules toxiques, des engrais chimiques, un continent de plastique, des substances cancérigènes, des cours d’eau souillés, des forêts dévastées.
La mort en barres, merci Papa Noël !
MAIS, mes très chers amis, dans ce Nouveau Monde qu’ensemble nous allons créer, il est possible d’offrir LA VIE. Des expériences qui marquent les sens, et l’esprit. Du lien. Du beau et du bon, avec beaucoup moins de dommages collatéraux.
Dans ce Nouveau Monde, la seconde main est fière et brille de mille feux. La honte change de camp.
Vous manquez d’idées ? En voici quelques-unes, avec dans certains cas mon label « testé et approuvé par Asha Bottée ».
Je rentre d’un « moment de convivialité » d’entreprise auquel je suis arrivée en retard, je n’ai rien mangé mais un peu bu, six petites huîtres me feront du bien.
Je m’arrête dans cette brasserie où l’on me connaît un peu, je viens parfois m’y poser en terrasse, les bras chargés des courses du marché le vendredi après-midi, square d’Anvers.
Ici, toute ressemblance avec des lieux existants est réellement fortuite
Les huîtres, premières de ma saison, sont parfaites.
Au comptoir, un bonhomme tout rond, cheveux et barbichette blanche (la soixantaine pourtant, est-on vraiment déjà tout blanc à soixante ans ?), m’envisage avec toute la discrétion dont ses yeux ronds sont capables.
Je les entends parler de moi, lui, le patron et le garçon. Ces messieurs semblent séduits : « Qui va l’emporter, on se la joue à shi-fu-mi ? ».
Ni chaud ni froid, moi.
Je déguste mes huîtres, avec du pain et du beurre demi-sel mais sans vin.
Intense, efficace.
Je remets mon manteau, je m’approche du comptoir pour payer, Denis (ainsi s’appelle-t-il), insiste pour m’offrir un verre, j’accepte sans faire d’histoires, le blanc coule fluide le long de ma gorge, peut-être est-ce ça, un blanc beurré ?
Sort-on moins, boit-on moins, comment se porte le business, les gens vont-ils pouvoir partir en vacances malgré la grève annoncée à la SNCF ? Tiens regarde, il y a eu de la castagne à Saint-Denis pour France–Israël, 1 policier pour 4 supporters, pourtant.
Est-ce que tu habites le quartier, on te revoit ici hein ?
Oui oui je dis réglant mon addition, j’avais au comptoir mon manteau tout-du long, Denis n’a même pas pu profiter de la vue de mes attributs – pourtant imposants en cette période de ma roue du temps physiologique. Denis a dû se contenter de mes mots, de mon rire. Je m’en vais, je remercie pour le verre, Denis a l’air content, je le suis aussi. Je n’ai rien subi, j’ai juste transformé un essai.
Troquer un shi-fu-mi dont on est l’enjeu contre une conversation de comptoir un jeudi soir sur la Terre, ça n’a pas de prix.