Réfugiée climatique
Une troisième canicule, avant même la mi-juillet.
Nos enfants ont étouffé dans leurs classes. Nos cours d’eau s’assèchent, nos forêts brûlent, il y a des malaises, il y a des morts, humains, animaux, tous y passent. Dans les services sans clim’ de nos hôpitaux, malades et soignants suffoquent de concert.
Puisqu’en ce moment je fais partie de la catégorie « malades », laissez moi vous conter mes riantes aventures en temps de canicule.
Je suis traitée à Curie pour mon cancer du sein et dieu merci, l’Institut est climatisé. Je vis dans au 1er étage d’un appartement parisien et, en fermant les volets, j’arrive dieu merci à maintenir chez moi une température de 28°C quand il fait 33-34 dehors.
Mais je suis sensée marcher le plus possible, pour renforcer l’efficacité de ma chimiothérapie, en atténuer les effets secondaires, et diminuer le risque de récidive. Le problème, c’est je défaille dès que je mets de pied dehors… Un peu ennuyeux, n’est-ce pas… Sans compter que cette chaleur augmente ma fatigue et mes risques de déshydratation, et éprouve encore davantage mon cœur fragilisé.
La dernière fois que le thermomètre est monté à 40°C à Paris, je me suis réveillée très tôt le matin – chose qui ne m’arrive que lorsque mon système nerveux est en panique – et mon instinct de survie m’a crié : « Pars. MAINTENANT. ». J’ai regardé l’évolution des températures sur plusieurs jours et j’ai pris un billet de train pour Cherbourg.
Mais si j’ai la possibilité d’ainsi sauver ma peau, c’est très très loin d’être le cas de tous les malades de France. Et ça, ça me rend dingue.
Ce qu’il faudrait, on le sait, c’est végétaliser nos villes, changer nos normes (coucou les architectes de bâtiments de France), mettre des volets partout, climatiser les lieux qui accueillent nos plus fragiles, concevoir nos constructions nouvelles en y travaillant davantage la circulation de l’air.
Ce qu’il faudrait, surtout, c’est que nos politiques prennent ENFIN les mesures dont nous avons besoin pour rester dans les limites acceptables du réchauffement climatique. On ne devrait pas avoir à dire « dieu merci je suis à l’abri ». Le pauvre vieux n’a rien à voir là-dedans, la politique a tout à y voir.
Or, pour que nos politiques prennent bien la mesure des conséquences de leur criminelle impréparation et que nous, personnes impactées par le changement climatique, puissions faire entendre nos voix pour les pousser à changer de braquet, un compteur citoyen est lancé sur le site se compter pour peser. Directement ou indirectement touché.e.s par cette chaleur apocalyptique, déclarons-nous!










