Une colère ancienne

f80a64a47260223afaf6237e881a7fb0Chaque mois je saigne d’une colère ancienne,  charriant torrents de lave fumante, furie de jeunes filles salement reluquées, enfermées, douleur de  femmes enfermées dévouées, rancœur de mères (auto) sacrifiées, enfermées. Depuis la nuit-des-temps-et-oh-tu-sais-la-nature-est-ainsi-faite-et-on-ne-changera-pas-les-hommes.

Et j’ai envie de hurler, tout casser,  je vais imploser je crois, et je finis par pleurer, jusqu’à enfin pouvoir, calmement, parler.

En matière de féminisme la question du devoir de mémoire est centrale.

Faut-il tout oublier, pour pouvoir de zéro recommencer, tabula rasa, tout ça ? Parce qu’enfin, c’est vrai, pourquoi Monsieur Mâle, 40 ans, amoureux, amant, père, frère, ami, simple citoyen, pourquoi Monsieur M., qui n’a rien demandé d’autre que de pouvoir tirer paisiblement sur sa cigarette électronique, devrait-il être mêlé à tout ça ? Pourquoi faudrait-il qu’il risque, chaque mois, de finir noyé-emporté par la colère ancienne ? Lui qui respecte la jeune fille en fleur, qui fait la cuisine et la vaisselle, lui qui pousse la poussette du rejeton jusqu’à la crèche tous les matins (d’une seule main, marchant presque à côté – et non derrière – la poussette, ce qui lui fait occuper tout le trottoir mais le rend choupinou)…

Oublier, n’est-ce pas risquer de se faire piéger-enfermer de nouveau ? Et si l’enfermement durait jusqu’à la fin des temps ?

Je ne sais pas. Mais ce que je sens, du plus profond de ma chambre magmatique, c’est que j’ai besoin que Monsieur M. me dise enfin, oui c’est vrai, on a merdé, nous, tous les mâles-depuis-la-nuit-des-temps, à vous enfermer vous, nos filles, nos sœurs, nos mères, nos amies, nos amantes. Bon, vous n’avez pas toujours été tendres non plus, et puis parfois vous vous êtes aussi enfermées vous-mêmes hein, mais bon, faut avouer, on a merdé. Allez, on oublie tout mais on fait gaffe maintenant, promis, et on recommence à zéro, tabula rasa, tout ça ? Vraiment ensemble, cette fois ?

Oui, voilà, Monsieur M. n’a aucune raison de devoir s’excuser pour qui que ce soit, on a juste besoin que monsieur M. reconnaisse la douleur ancienne.

Folie

img_4287Folie : nom féminin

Trouble du comportement et/ou de l’esprit, considéré comme l’effet d’une maladie altérant les facultés mentales du sujet (cnrtl)

Chacun jugeait l’autre « fou », fou à la lettre. C’est que peut-être certaine intensité de l’être paraît toujours folie et que nous ne semblons sains d’esprit que parce qu’un long usage nous a appris à cacher nos prétentions (Guéhenno, Jean-Jacques,1948, p. 194).

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D’abord la gorge nouée, nouée non pas comme à son habitude avant les grandes eaux…

Plutôt étranglée. Comme le serait, par les mains du fermier, une poule à la chair rendue tendre par les caresses et les coups de la vie.

Et puis la poitrine comprimée, heures durant, jusqu’à ce que les tripes tordues prennent le relais.

Quelques heures de répit, la nuit. Quand la folie, partie se coucher, accordait un peu de paix. Ce soulagement, alors, de retrouver MOI. Profiter, profiter de la liberté recouvrée. Comment dormir, dans ces conditions ?

Et le cycle sans fin, qui reprenait, chaque lendemain matin. Corps contracté, nuits poings fermés, mâchoires serrées. Brûlant forces et graisses.

Paralysée, journée sur canapé. Se lever ? Non ! Pas bouger.Tic-tic-tic, fait l’horloge, la maudite horloge. Et à chaque tic, tu te dis, cette seconde ne reviendra plus.

Dehors ? Dehors, l’Inexorable sur chaque visage croisé. Partout, du noir. Je ne supporte plus le noir.

On m’avait dit, la folie, une fois qu’elle te trouve elle ne te lâche plus, plus jamais vraiment.

Oui, je la connais.

Mais à présent je sais.

 

Respirer, écrire, bouger, danser, aimer.

Vivre.

 

Summer of life

Bien sûr il y a ces quelques cheveux blancs qui doucement mais sûrement, poussent, et puis ces petites nervures que tes sourires creusent autour de tes yeux. La différence de densité de l’écorce, delta si cher à l’industrie cosmétique.

Mais à part ça, franchement ça va… Ca va même plutôt bien.

Il faudrait leur dire, aux plus jeunes, comme il est bon d’avoir 40 ans.

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Derrière toi, l ‘impuissance de l’enfance, quand la qualité du terreau duquel tu tentais d’émerger dépendait de jardiniers pleins de bonne volonté, mais aux pouces plus ou moins verts.  Nord, sud, est, ouest, dans quelle direction pousser, autour de quels tuteurs s’enrouler ? Derrière toi, l’incertitude des jeunes années. Pousser, pousser sans trop avoir le temps d’y penser, ployer, ployer, quand souffle la tempête, perdre des plumes et tenir bon.

Et soudain, te retrouver debout,  racines solidement ancrées, ramure déployée, toutes fleurs dehors. Tu sais. Tu sais quelle eau est bonne pour toi, et quand tu n’en as pas assez, tu sais à quelle profondeur aller en puiser, et tu y vas. Tu sais à quelle heure le soleil sera assez doux pour te réchauffer sans te brûler, tu sais de quel parasites te méfier, tu sais à quels saints de glace te vouer. Tu sais, tu fais.

Tu es toi, tu fais avec toi, tu t’aimes bien, enfin.

La récolte sera bonne les amis, cueillez dès aujourd’hui, le bonheur de la vie.

J’aime

J’aime les gens qui dansent dans le métro

Qui chantent dans les couloirs

Les gens qui s’habillent bizarrement

Les poètes de l’instant.

 

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Et aussi ceux qui dansent en short rose fluo

 

Jour après jour

Rideau. Lever.

Tu allumes ton extension digitale, non parce que t’es accro, mais parce que si la lumière bleue empêche de dormir, elle doit bien aider à se réveiller, tu te dis.

Petit déjeuner avec Nicolas D. Tu préfèrerais Edouard B. mais il faut bien s’informer quand on n’a pas la télé…

Ligne 13. Compressé, le trajet. Tu les a toujours un peu méprisés, les tireurs de tronche du métro. Maintenant t’as juste envie de les prendre dans tes bras. Pour les féliciter de réussir à supporter ça chaque matin chaque soir de chaque semaine de chaque année. Et sans doute aussi, pour te réconforter.

Tu sors de la boite à rouler, pour entrer dans la boite à taffer. Tu poses tes fesses sur un siège à l’ergonomie bien pensée, tu colles tes yeux sur à l’écran, illuminé. C’est parti pour une journée. Tu te lèves, café.

Dix mails, tu t’empêches autant que possible d’écrire des trucs comme « je reviens vers vous asap ». Il te faut quelque chose pour supporter ça. Allez, du chocolat. Tu te lèves, tu te poses sur cette chaise à l’ergonomie bien pensée, qui, tu le sais, va bientôt devoir supporter des fesses engraissées.

D’ailleurs tiens, c’est l’heure d’aller dans la boite à manger.

Des légumes, mon royaume pour des légumes, en prévision des madeleines à l’huile de palme hydrogénée du goûter. Bon, les gens sont gentils. Tu ne devrais pas te plaindre. Tu as un travail, avec des gens gentils. Pense aux petits Syriens. Mais tout de même, plutôt que de la pluie et du beau temps, tu aimerais bien les écouter parler de leurs peines et de leurs joies, des instants qui ne finissent pas (Yaourt perso de Youssou N’ D. et Neneh C. NDLR).

Tu te rassois, prête pour tes deux-trois heures quotidiennes de torture. Ne. Pas. Laisser. Faire. Ces. Paupières. Soulever. Ces. Paupières. 2h40 aujourd’hui, tiens.

Réveil/union. Ah ! C’est mieux, on est comme au spectacle. Ici à côté du téléphone spécial conf-call le jeune cadre organisé, là près de la porte le bientôt-retraité blasé, ici la chargée de projet motivée, là le stagiaire éparpillé. Aaaah, les mots clowns, les voilà, on les attendait ceux-là. Copeel, Brife, Line, mes amis. Quand ça commence à partir de sucette il y en a toujours un pour sortir la Méthode à Gilles. Elle fonctionne à tous les coups, celle-là, c’est fort.

Tu te lèves, tu te rassois. Tu te lèves, madeleines. Tu te rassois. Tu es assis. Tu travailles. C’est bien.

Tu te lèves, tu quittes la boite à taffer pour rejoindre la boite à rouler.

Trop fatigué. Pour bouger, pour sortir, pour rire, pour picoler, pour parler, pour danser, pour faire à manger.

Pour le chercher, ton ciel dégagé.

Pas en vie.

Comme disait l’autre : perdre sa vie à la gagner.

La plus petite des boites t’attend, dans pas longtemps. C’est pour bientôt, le rideau.

N’oublie pas.

 

Ashanoir

copyright : Clotchard Crasvat – Anartisanat

Femme

Je rampais à quatre pattes sur la moquette tandis que ma grand mère disait son prêche. Autour de moi les femmes, et l’odeur du santal.

Elles me souriaient, de l’index me faisaient signe de venir jusqu’à elles, saisissaient leur sac, objet de toutes mes convoitises, en ouvraient le fermoir d’un geste sûr et en sortaient un bonbon, mon graal.

De mes samedis après-midi à la mosquée, j’ai surtout gardé le souvenir de ces mystérieux sacs à main. Les femmes, elles avaient des sacs à main, et dieu seul savait ce qu’il y avait dedans.

J’ai eu des sacs à main. J’ai rougi mes culottes, avant ça. J’ai porté des jupes puis des robes après m’être cachée sous des pulls amples, j’ai eu des amoureux, j’ai été concubine puis légitime, j’ai enfanté. Ca y était ? J’étais femme ? Pas vraiment. Contrairement à ceux de toutes ces femmes que petite j’observais avec attention, mon sac à main à moi n’avait rien de mystérieux. Un jour j’allai jusqu’à le vider pour essayer de comprendre. A l’intérieur : deux chéquiers d’âges divers, un papier griffonné, une bonnet et des mitaines, un passeport, un ticket de métro trois-quart, un baume à lèvres, un spasfon, un flacon d’huile essentielle, un bouchon de crème solaire, une Chupa Chups et un paquet de Kleenex. « Ca » ne se passait clairement pas là, il fallait chercher ailleurs. Mais où ?

Autour de moi pourtant on me disait que j’y étais. Ma copine Marie me demandait même d’écrire un texte qui lui permettrait de comprendre pourquoi le mot qui lui venait à l’esprit en me voyant danser était « féminité ». J’ai tenté, re-tenté, re-re-tenté et puis j’ai abandonné. En réalité je ne voyais pas ce qu’elle voulait dire et j’ai donc fini par écrire sur la danse et la liberté…

Et puis un jour, j’ai peint. J’ai choisi un rouge corail : quand tu viens de ces îles où le sable est si blanc, comment faire autrement ? J’ai essayé, pinceau pas trop chargé, je me suis appliquée, langue tirée. Ca a bavé, forcément j’ai débordé. J’ai essuyé, du mieux que j’ai pu, et j’ai recommencé. J’ai laissé poser, j’ai regardé et puis ça m’a frappé.

Ma mère. Elle n’avait jamais fait ça. Elle ne me l’avait jamais dit explicitement mais j’avais cru comprendre que ça relevait soit de la faute de goût, soit du mauvais genre. Ces tracés rouges, elle en faisait la lecture muette et moi je lisais sur ses lèvres, sans qu’elle prononce le moindre mot : « V.U.L.G.A.R.I.T.E ». Qui rimait, je m’en suis fait la remarque plus tard, avec « O.B.S.C.EN.I.T.E ».

Plus tard donc, en d’autres lieux, c’étaient d’autres lettres que les pinceaux rouges de mes amies traçaient sous mes yeux. Je n’en déchiffrai pas encore le sens, mais c’était net et troublant à la fois. Je trouvai le dessin beau, mais « ça » n’était pas pour moi.

Jusqu’à ce soir où j’ai vu s’animer devant moi des mains qui ne me semblaient pas être les miennes, les mains d’une femme, aux ongles peints.

#Bientot40pigesputain#NeverTooLate#Botteedecouvrelavie

Ta sortie du samedi: Ambivalences de Justine Darmon

JustineDarmon#Projet Ambivalences#LégendeErosetPsyche#Photo 3sur9(1)

Tu entres et tu regardes, comme par le trou d’une serrure. Un homme, seul, une femme, seule, et puis des couples. Tu avances, au pas, non pas parce qu’il y a devant toi un touriste qui se prend en selfie devant la Joconde mais parce que ces corps nus t’hypnotisent. Tu pourrais rester devant chacun d’entre eux pendant des heures, te perdre dans la courbe de cette épaule, dans le demi-jour de cette chambre noire. Tu pourrais les regarder pendant des heures oui, comme on regarde l’être aimé, tu sais.

Tu as chaud, puis tu as froid, tu as le coeur qui bat. Et puis tu apprends leurs noms. Il y a là Perséphone, Pan, Hermaphrodite et Salmacis, Médée, Orphée, Atlas, Hadès, Ariane, Eros et Psyché. Beautés masquées, beautés yeux bandés, beautés divines. Mais ils sont terriblement humains, les dieux de l’Olympe. Une hanche parfaite devient anguleuse là, une peau lisse et ferme ici soudain craquèle. A la perfection d’un buste antique succède une paire de seins divergents, grandeur céleste et fragilité terrestre.

Tes tripes palpitent devant la force de la vie comme devant celle de l’art. Ils semblent si seuls, les sujets de Justine… Solitude voulue, corps déployé, solitude subie, position foetale. Mais seuls.

Les larmes sur une rive, l’orgasme de l’autre, Justine te laisse forcément au bord de l’un ou de l’autre. Tout change lorsque ses sujets rencontrent leur double platonicien. Force et fureur de l’amour et puis douceur de l’abandon. C’est ça. C’est ce après quoi on court tous, intensité et relâchement. Etre aimé, enveloppé. Ne faire plus qu’un, en être plus fort. Complets, enfin, ne serait-ce que l’espace d’un cliché.

Courez-y, ça se passe jusqu’à demain samedi 27 octobre de 15h à 18h à la Galerie Rouen, 3 rue Pérée, dans le 3e.

Indian voodoo

Je les avais trouvées au milieu d’autres figurines à vendre, par un beau dimanche après-midi de brocante. Elles coûtaient 3 euros chacune, autant dire rien au regard de la valeur qu’elles avaient pris à mes yeux dès le premier coup d’oeil; je les achetai donc sans avoir même à y réfléchir et les baptisai sur le champ. Lui s’appellerait Vikesh, elle serait Vidya.

Vikesh et Vidya

Leurs yeux étaient ourlés de khôl et la guirlande qu’ils tenaient chacun à la main indiquait qu’ils s’apprêtaient à s’unir pour le meilleur et pour le pire. Je leur ai fait une place sur la commode qui me tenait lieu de coiffeuse, entre un miroir et une boite à bijoux.

Ces deux-là portaient sur eux bien plus que quelques centimètres de vêtements traditionnels : l’odeur de l’Inde à la sortie de l’avion, celle de la boite à priser de ma grand-mère, celle du santal dont on me parfumait les poignets quand, petite, j’allais à la mosquée. En les observant je pouvais entendre Nusrat, Mukesh et Lata chanter et mes tantes éclater de rire en VO non sous-titrée devant un chaï fumant.

Deux petites racines posées sur une commode, un morceau d’Inde dans un appartement parisien.

Quelque chose pourtant n’allait pas. J’étais incapable de mettre des mots dessus , mais il y avait en Vikesh et Vidya un je-ne-sais-quoi qui me turlupinait. J’y pensais à chaque fois que je me postais face à eux pour me poudrer le nez, puis je passais à autre chose, mais l’étrange sensation persistait.

Un jour je décidai donc de les détailler millimètre par millimètre pour en avoir le coeur net. 
Vikesh: son turban rose, son tilak, sa petite moustache,  son sherwani et son churidar à broderies dorées, ses babouches… Jusque là tout allait bien. Vidya: ses bracelets aux chevilles, son lehenga choli,  ses yeux ornés de khôl et… BAISSES.

Voilà. C’était donc ça. La tête inclinée, le regard baissé. Devant mes yeux ont alors défilé toutes les mariées en sari rouge et or que j’avais maintes et maintes fois admirées, traversant avec une lenteur toute étudiée la salle réservée aux femmes, une demoiselle d’honneur à leur côté. L’humilité et la modestie bien sur, vertus cardinales au pays de Gandhi. Mais Vikesh, étrangement, n’avait pas les yeux aussi baissés que ceux de Vidya et gardait la tête bien droite. Pourquoi? C’était comme ça. C’était comme ça depuis toujours et partout dans le monde les petites filles indiennes continuaient à regarder avec des étoiles plein les yeux des femmes aux tenues scintillantes, aux mains recouvertes de henné et aux yeux baissés. Ce jour-là j’ai compris pourquoi il m’était si difficile de relever les yeux et la tête, de redresser les épaules.

Que faire? J’ai hésité à bruler mes deux poupées dans le plus pur style vaudou-hausmannien, mais je n’ai pu m’y résigner. Trop peur de jeter le bébé avec l’eau du bain, de voir ma grand-mère, Lata et mes tantes partir en fumée avec les cendres de Vidya. Mes figurines ont finalement déménagé et trônent sur ma cheminée.

Je crois qu’il faut que je continue à les regarder, mais bien en face désormais.

Mes amies, mes soeurs

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Elles sont là quand ça va, elles sont là quand ça va pas.

Elles rappliquent quand t’appelles pas, elles t’en veulent pas quand tu viens pas.

Elles rient quand tu ris, elles pleurent quand tu pleures

Et finissent par te faire marrer, oh hé la morve-au-nez !

Elles ramassent, petites cuillères, l’ éparpillée façon puzzle

La prennent dans leurs bras, lui disent ne t’en fais pas

Ca va aller, je te le jure, je te l’promets

Et tu te dis

C’est peut-être vrai?

Quand plus rien ne te retient elles te prennent par la main

Pour qu’ensemble vous le traversiez, ce putain de gué

Et soyez les plus belles, pour aller danser.

 

Juge et partie

Je me souviens que quand j’étais petite, ma nounou m’avait conseillé de ne jamais me moquer des personnes « différentes » : les trisomiques, les personnes de petite taille ou à mobilité réduite comme on dit aujourd’hui  (en essayant d’utiliser les mots d’avant, je me dis que le politiquement correct a parfois du bon) dont je n’avais pourtant aucune envie de rire…

Il ne fallait pas se moquer donc, sous peine de provoquer le courroux du Barbu tout là-haut qui ne manquerait pas de me punir en me dotant, une fois que je serais en âge de procréer, d’une progéniture aux gènes pareillement défaillants.

Avec le recul je me dis que j’aurais préféré qu’elle me donne un autre conseil : Bottée, tu ne jugeras point ton prochain. Jamais.

Oh, au fur et à mesure que les années ont passé j’ai bien compris, que juger c’était mal. Et en bonne élève que j’étais j’ai déployé des trésors de compréhension, de tolérance et d’empathie envers mes congénères. Ou du moins c’est ce que je me figurais.

En réalité, je ne l’ai réalisé que récemment, je n’étais ouverte et tolérante qu’avec ceux qui ne se rendaient coupables que de péchés véniels, ou encore ceux qui avaient l’air d’être dans une démarche d’amélioration continue, pour parler comme nos amis managers. Pour les autres, regard froid et cœur de pierre.

Et puis la vie m’a bien fait comprendre ce que « ne pas jeter la première pierre » signifiait…

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Je suis celui-ci, qui sort acheter le pain et ne revient jamais

Je suis celle-là, qui reste enfermée

Je suis le mari volage et la femme rompue, je suis la femme adultère et le mari cocu

Je suis folie de la mère, impuissance de l’enfance

Je suis le vieux lifté et la vieille botoxée

Je suis la playmate nue et la femme voilée

Je suis le suicidé et l’ami éploré

Je suis le bourreau et je suis la victime

Je suis la peur et je suis l’envie,

Je suis la peine et puis la jalousie

Je suis la dépendance, la faiblesse et la lâcheté, je suis l’humanité.

Je ne juge plus personne,

Personne d’autre que moi.