Le changement ça prend du temps

J’aime les sapins de Noël. J’aime leur odeur, la joie qu’apporte ce petit morceau de forêt dans nos intérieurs au cœur de l’hiver. Ma famille est musulmane mais n’en déplaise aux flippés de l’immigration on a toujours fêté Noël, avec force sapins, cadeaux, saumon fumé, et chapon fourré aux cranberries (cette alternative aux marrons étant le fait de ma tante canadienne, qui a souvent reçu notre tribu indienne chez elle pour Noël, merci Nancy, coeur sur toi).

J’aime les sapins mais voilà un moment qu’en acheter pour Noël me tracasse. Parce que la monoculture, parce que les CO2 émis pour le transport, et parce que je ne peux pas m’empêcher de penser que je tue UN ARBRE, pour mon petit plaisir de trois semaines. J’ai tenté la location de sapin en pot, ça m’a coûté la peau des fesses et le pauvre sapin n’avait vraiment pas l’air ravi après trois semaines passées en appartement chauffé.

J’ai recommencé à acheter des Nordmann, taille moyenne pour votre pleine et entière information.

De toute façon l’enfant était encore un enfant et mon cœur se fendait aussi nettement qu’une belle buche sèche à l’idée de le priver d’une bonne part de ce qui fait « la magie de Noël ».

Et puis l’enfant est devenu ado, et je me suis dit qu’il était temps.

J’ai dit à Garance que je réfléchissais à un « air-sapin », elle m’a posé quelques questions sur la façon dont je l’envisageais, et quelques mois après elle débarquait les bras chargés de la structure de suspension lumineuse de sa propre cuisine, qu’elle avait décorée de larges rubans de couverture de survie.

Un atelier-déco plus tard, je contemple mon air-sapin et je sais que c’est le sapin de ma vie. Il est beau, il est élégant, il est poétique, il brille de mille flammèches, je l’aime.

Quand j’en ai montré la photo à la voisine qui m’avait prêté sa perceuse (rapport au crochet pour mon sapin aérien), elle m’a dit : « ben, c’est une suspension lumineuse quoi ». Mais non. C’est un air-sapin, je suis super fière de lui, et de moi qui ai réussi sans souffrance à me débarrasser, avec l’aide de ma meilleure pote, d’une vieille habitude qui ne me convenait plus.

Je nous souhaite, à toutes et tous, pour l’année qui nous vient, de trouver l’envie, l’élan, la créativité, l’ingéniosité et les hacks qui nous permettront de lâcher les vieilles habitudes qui ne conviennent plus ni à nous, ni à notre humanité.

Joyeux Noël les amis.

Les Nuits d’Outre-Tombe

Je vous l’ai raconté un jour : « La nuit c’est fait pour dormir. Il n’y a que les gens bizarres qui sortent la nuit », m’avait dit un jour mon père. Et dans sa voix j’avais entendu la peur, la peur de l’Obscurité et de ce qu’on peut y trouver.

Depuis, j’essaie de vous raconter la Lumière de la Nuit, ses sourires, ses transes ses extases, j’essaie de vous raconter cet Outre-Monde où il fait si bon ne pas dormir.

Mais je vous dois ma vérité : mon père a tout de même un peu raison.

A une certaine heure de certaines nuits de Pleine Lune, à 4h pour être précise, quelques dalles de dancefloor se soulèvent, d’où surgissent les Créatures d’Outre-Tombe. Les yeux sortis de leurs gonds – ô serpents vos pupilles ! – vertes écailles recouvertes de poudre, elles titubent. Vous faites mine de ne pas les voir, quelque chose en vous a peur, doux Jésus en voilà Une qui vient vers vous, la voilà qui vous interrompt pour vous entreprendre. De ses lèvres s’échappe une sombre brume mêlée des mots sans queue ni tête. Surtout sans tête. Un truc qui empoisse sévère.

Vous essayez malgré tout de comprendre ce qu’essaie de dire la Créature, vous vous concentrez fort vous essayez de faire abstraction de l’immense ennui qui s’empare de vous au récit par le menu ET en boucle de sa journée, entrecoupé de silences hagards. Mais en vain. Des interrogations tournent et se retournent dans votre tête : la Créature d’Outre-Tombe a-t-elle conscience d’elle en-tant-que Créature d’Outre-Tombe ? Se verra-t-elle, une fois le jour revenu, telle que vous l’avez vue, mâchoire décrochée, sans-dessus-dessous ? Sans doute pas, sinon comment tout ceci serait-il possible ! Et qu’a-t-elle donc vécu qui ait ainsi fini par faire mourir une partie d’elle-même?

Vous n’avez pas de réponse, il vous faut de l’air, de la lumière, il vous faut la douce chaleur de vos amis. Mais voilà, les autres Créatures sont là, sur la piste de danse. En voilà une qui frotte son entre-jambe à la cuisse de son voisin. Une autre, en permanent déséquilibre, vous arrose de sa bière éventée, tandis qu’une troisième à vos côtés rit façon démon à ses propres blagues salaces.

Vous fuyez.

La nuit avait pourtant bien commencé. Mais Cendrillon n’a pas respecté le couvre-fous de certaines nuits de pleine Lune, et le carrosse s’est transformé en citrouille d’Halloween.

Mon père quand j’étais petite m’avait interdit de regarder le clip de Thriller. Il avait tort, ça m’aurait peut-être un peu préparée aux Créatures d’Outre-Tombe. Et au moins dans Thriller les zombies dansaient vraiment du feu de tous le diables.

Un conte inspiré de faits sub-réels, écrit sans IA les gars.

Ps : la BO du conte ici , et . Quelqu’un pour tenter un mix?

La groupie du DJ

Nous autres oiseaux de nuit, pourquoi nous déplaçons-nous d’appartements en open-airs, de clubs en festivals, de ville en ville, d’un pays l’autre, pour aller écouter des DJ, contre vents et marées, grosses fatigues ou petites déprimes, contre toute logique (d’âge, selon les ptits jeunes qui hallucinent de nous voir squatter les dance-floors), contre toute-attente pour certains ?

Pourquoi regardons-nous tous dans une même direction, vers un homme ou une femme ayant pour seul orchestre deux platines et quelques boutons ou alors le tableau de bord d’un A380 ?

Parce que cet homme, cette femme, sont les pilotes dont va dépendre le voyage.

Jérôme Pacman par Olivier Degorce

La qualité des gens, le système son, l’acoustique sont essentiels, mais sans DJ, pas de traversée.

Ce sont des puits de science musicale, des passionnés, de vrais geeks, leur cerveau semble avoir développé une hypermnésie ciblée: histoire de la musique, genres, auteurs compositeurs producteurs labels DJ machines, tout a été absorbé-digéré, et comme on devient ce qu’on ingère, voilà, les DJ transpirent la musique.

On peut les côtoyer sans y rien connaître, tant qu’on a une oreille on écoute, on entend, on comprend, on danse, on apprend.

Il y a parmi eux des humbles, des timides, des décontractés, des extravertis mais tous – les vrais j’entends – honnissent la starification des DJ, et l’électro de masse, qui s’entend et s’étend désormais partout.

Les voilà, ils sont là, eux et leurs milliers d’heures d’écoute, ils en ont tiré la substantifique moelle et vous la servent sur du pain croustillant, avec une pointe de fleur de sel et un verre de grand cru.

« C’est du boum boum, c’est répétitif, c’est pauvre », disent ceux qu’y n’y entendent goutte. Il disent cela parce qu’ils n’ont entendu que de la mauvaise musique électronique, ou ils en ont entendu de loin, et ce sont les basses qui résonnent le plus, au loin.

Oui, il y a un généralement un boum-boum, c’est le beat, la structure, qui va servir de repère au DJ, aux danseurs. C’est une ancre.

Oui c’est répétitif, mais avec les bons DJ, une plage n’est ni tout à fait la même, ni tout à faire une autre que celle qui suivra. Et c’est de cette répétition subtile que naît la transe.

Et non, ce n’est pas pauvre, c’est même la plus riche des musiques, englobant toutes les autres. Afro-house, latin-house, tablas indiens… toute la world musique y est, ainsi qu’un nombre incalculable de sous-genres de la house, de la techno, de la trance, de la drum and bass, du dubstep, de l’électro, de l’ambient…

Au boum-boum s’ajoutent un poum-tchak, ici, un bleep là, un accord de piano, une voix, une envolée de batterie, une nappe de synthé, un coupé décalé, et plein plein d’autres choses encore, que les danseurs choisiront comme autant de petits tapis volants, que les DJ devront ordonner, doser, faire monter et descendre, pour ensuite les tisser sans couture avec un autre morceau. Et ainsi de suite…

L’entrée en matière est importante, les danseurs s’échauffent tranquillement, ça papote; il s’agira, petit à petit, de les capter, des les captiver, de les capturer.

Les mauvaises nuits, le miracle n’advient pas : ça arrive, parfois.

Mais les bons DJ créent toujours de belles montées, quelques-uns des ces moments magiques où la foule ne forme plus qu’un seul organisme dansant, d’une beauté à faire exulter.

Les meilleurs tiennent cette foule sous leur emprise quasi-divine pendant des heures et des heures. Je me souviens avoir dit, en sortant d’un set de @jamesdeanbrown : « C’est Dieu, en fait »… On danse, on ferme les yeux, on se laisse emporter, on les rouvre, partout des sourires, partout ce même grand bonheur, on danse…

La fin au petit matin est douloureuse, on voudrait ne jamais cesser d’ être aussi heureux, alors les DJs font en sorte qu’elle soit belle, douce, parfois inoubliable.

Une soirée où la magie a opéré tout du long  reste en vous plusieurs jours, vous la portez dans votre cœur comme une chose précieuse qui vous fait palpiter.

C’est pourquoi, nous autres oiseaux de nuit, nous nous déplaçons, d’appartements en open-airs, de clubs en festivals, de ville en ville, d’un pays l’autre, pour aller écouter des DJ, c’est pourquoi nous les aimons et les respectons, c’est pourquoi nous les remercions d’exister.

Pour découvrir ou mieux connaître cet univers, je vous invite à écouter l’excellent podcast « Le Sac à disques », de Dave Berton & Emeraude Nicolas, qui sous le malin prétexte de chercher à comprendre comment un DJ s’organise pour aller mixer, vous font entrer derrière les coulisses de nos belles soirées.

Youtube : https://youtube.com/@lesacadisques?si=hd5EdGhJTYFhLqef

Soundcloud : https://on.soundcloud.com/mi1WKeRagKz54ksCUS

Spotify : https://open.spotify.com/show/6fqPrY1NiJYh26K3Zmvizl…

PoneyFm : https://www.poney.fm/

Ecoutez/regardez aussi l’excellent Focus, de l’ami Vito et de son comparse Keri, avec des mixes filmés de plusieurs DJ, dont celui du grand Alex Pasco, qui m’a conquise en faisant danser mon coeur 🙂

https://www.youtube.com/@FOCUS_MUSIC_ONLY

Ce Noël-ci, offrez la vie

Parfois, assez souvent en fait, on veut offrir du plaisir, de la joie, du bonheur, et on finit par offrir des émissions de CO2 à la pelle, des heures d’esclavage, du diabète et des pics de glucose, des nanoparticules toxiques, des engrais chimiques, un continent de plastique, des substances cancérigènes, des cours d’eau souillés, des forêts dévastées.

La mort en barres, merci Papa Noël !

MAIS, mes très chers amis, dans ce Nouveau Monde qu’ensemble nous allons créer, il est possible d’offrir LA VIE. Des expériences qui marquent les sens, et l’esprit. Du lien. Du beau et du bon, avec beaucoup moins de dommages collatéraux.

Dans ce Nouveau Monde, la seconde main est fière et brille de mille feux. La honte change de camp.

Vous manquez d’idées ? En voici quelques-unes, avec dans certains cas mon label « testé et approuvé par Asha Bottée ».

Offrez des places de ciné, des moments partagés au théâtre, au concert, offrez des photos1, offrez des cours, de danse, de chant, de cuisine, de sport, de peinture, de poterie, que sais-je-encore, offrez des massages, des bains sonores, une heure d’apesanteur, une heure de sophrologie. Offrez de beaux objets chinés, de vielles photos brodées, des vêtements responsables conçus et cousus avec amour. Offrez des abonnements à des magazines2, de ceux qui secouent la machine, offrez de la presse indépendante, et même de la sauce piquante.

Offrez des livres3, beaucoup, surtout.

Et, cadeau ultime, offrez des plantes. Parce qu’une plante dont on prend soin c’est le début du chemin, le chemin vers ce Nouveau Monde.

Bref, ce Noël-ci (et tous ceux à venir), offrez LA VIE !

Hier est derrière, demain est mystère, et aujourd’hui est un cadeau, c’est pour cela qu’on l’appelle le présent. (Kung Fu Panda)

  1. https://www.etienneracine.com/allthephotoshttps://jdarmonphotographies.com/boutique/https://www.joannatarletgauteur.com/https://francoisfleury.vsble.me/https://www.francoisdelapampa.com/↩︎
  2. Comme ça me vient : Philosophie magazine, Socialter, Sciences Humaines, Cerveau et Psycho, Uzbeck et Rica… ↩︎
  3. Le plus urgent : Résister, de Salomé Saqué ↩︎

Miscellanées – 14 novembre 2024

Je rentre d’un « moment de convivialité » d’entreprise auquel je suis arrivée en retard, je n’ai rien mangé mais un peu bu, six petites huîtres me feront du bien.

Je m’arrête dans cette brasserie où l’on me connaît un peu, je viens parfois m’y poser en terrasse, les bras chargés des courses du marché le vendredi après-midi, square d’Anvers.

Ici, toute ressemblance avec des lieux existants
est réellement fortuite

Les huîtres, premières de ma saison, sont parfaites.

Au comptoir, un bonhomme tout rond, cheveux et barbichette blanche (la soixantaine pourtant, est-on vraiment déjà tout blanc à soixante ans ?), m’envisage avec toute la discrétion dont ses yeux ronds sont capables.

Je les entends parler de moi, lui, le patron et le garçon. Ces messieurs semblent séduits : « Qui va l’emporter, on se la joue à shi-fu-mi ? ».

Ni chaud ni froid, moi.

Je déguste mes huîtres, avec du pain et du beurre demi-sel mais sans vin.

Intense, efficace.

Je remets mon manteau, je m’approche du comptoir pour payer, Denis (ainsi s’appelle-t-il), insiste pour m’offrir un verre, j’accepte sans faire d’histoires, le blanc coule fluide le long de ma gorge, peut-être est-ce ça, un blanc beurré ?

Sort-on moins, boit-on moins, comment se porte le business, les gens vont-ils pouvoir partir en vacances malgré la grève annoncée à la SNCF ? Tiens regarde,  il y a eu de la castagne à Saint-Denis pour France–Israël, 1 policier pour 4 supporters, pourtant.

Est-ce que tu habites le quartier, on te revoit ici hein ?

Oui oui je dis réglant mon addition, j’avais au comptoir mon manteau tout-du long, Denis n’a même pas pu profiter de la vue de mes attributs  – pourtant imposants en cette période de ma roue du temps physiologique. Denis a dû se contenter de mes mots, de mon rire. Je m’en vais, je remercie pour le verre, Denis a l’air content, je le suis aussi. Je n’ai rien subi, j’ai juste transformé un essai.

Troquer un shi-fu-mi dont on est l’enjeu contre une conversation de comptoir un jeudi soir sur la Terre, ça n’a pas de prix.

Il est venu le temps…

Avez-vous déjà entendu parler de la courbe du deuil ? Ce sont 5 étapes du deuil (5 stages of grief) que la psychiatre Elisabeth Kübler Ross a observées chez des patients en phase terminale, une courbe qui a depuis été maintes et maintes fois reprise, pour décrire le le processus qui accompagne toute transformation douloureuse.

Chacun la présente un peu à sa sauce, je vais donc la présenter la mienne, parce que je crois que malgré ses limites (tout le monde ne passe pas forcément pas ces étapes, la chronologie n’est pas exactement la même, certaines étapes peuvent se chevaucher…), il me semble qu’elle éclaire très justement notre chemin, en tant qu’individus comme en tant que société.

La voici :

Prenons l’exemple du réchauffement climatique :
1/ CHOC : WTF ?!?
2/ DENI : Nan mais le réchauffement climatique, t’as pas encore compris que c’est un complot mondial, mdr.
3/ COLERE – MARCHANDAGE : « Ecolos enculés ! Laissez nous-kiffer la vibe avec notre steak trankil », ou encore « Allez, on continue encore quelques temps avec la croissance, le PIB comme référence, hein, alleezz ! ».
4/ PEUR « Allôôô SOS éco-anxiété j’écouuute? ».
5/ TRISTESSE – DEPRESSION (ai-je besoin de vous expliquer?).
6/ ACCEPTATION : « Bon ben ça y est, on est dans la merde. C’est la faute de Pierre, Paul et Jacques mais c’est comme ça, faut croire ».
7/ ACTION : « C’est sûr, on va tous crever un jour où l’autre, mais diable, autant crever la tête haute, et essayer de se battre un monde pour un peu viable pour nos vieux jours, pour ceux de Michel Drucker, et pour ceux des gosses non ? ».

Essayez avec ce que vous voulez (la montée de l’Extrême droite au hasard) et vous verrez, ça fonctionne.

Eh bien ce que je voulais vous dire, c’est qu’avec les heures que je passe sur les réseaux sociaux à suivre les Engagé.e.s, de petites antennes m’ont poussé. Et actuellement, ces petites antennes vibrent pour m’indiquer que tout cet écosystème est très exactement là où se trouve la petite flèche rouge avec mon cœur qui fait boum boum au-dessus, sur cette courbe du deuil.

Tout cet écosystème en a assez de l’inertie du système, il en a assez de l’étrange sens des priorités de ceux que le peuple, tout d’abord plein d’espoir puis le cœur rongé de regrets et d’amertume, a pourtant porté au pouvoir. Il en a assez de cette constitution qui n’est plus adaptée, il en a assez des inégalités, il en a assez de voir la Terre brûler, les villages se noyer.

Il a traversé la colère et à présent il l’utilise et la fait exploser en traces post-modernes sur des tournesols vitrifiés. La tristesse est encore un peu là, elle ne le quittera pas, tant a déjà été perdu. Mais il accepte, c’est ainsi, il faut sauver ce qui reste à sauver. Alors il se retrousse les manches, pour changer ce qu’il y a à changer, par son action (changer le réel), par son discours (changer les représentations).

Il est prêt à agir, s’indigner ne suffit plus, il est prêt à jeter ses forces dans la bataille et il n’attend plus qu’un renfort, le plus important, celui sans lequel jamais rien ne bougera : le nôtre.
Il est venu, le temps de nous engager.

Engagement
Def. 6 Fait de prendre parti sur les problèmes politiques ou sociaux par son action et ses discours.
Def. 4 : Introduction d’une troupe dans la bataille.
Def. 13 (philosophie) : Pour les existentialistes, acte par lequel l’individu assume les valeurs qu’il a choisies et donne, grâce à ce libre choix, un sens à son existence.
L’ami Larousse.

13 ans déjà

Je l’attends, à l’aéroport, à côté d’autres parents.
Le voilà, au milieu d’un flot ininterrompu de sweats à capuches.

Il me voit, nos sourires se croisent, il me fait signe qu’il faut continuer tout droit, suivre la prof, et je comprends, je comprends à cet instant, qu’il me faudra l’embrasser avec retenue, ce n’est pas encore le moment, pas maintenant.

Un rapide et discret baiser sur sa joue  « Alors ça va ? C’était bien ? ». Et tandis que nous nous dirigeons vers la sortie, il saisit ma main. Pouces index majeurs entremêlés nous marchons. Et non merci, il ne veut pas que je lui prenne sa valise.

Dans le taxi, il me raconte le voyage, les visites, leur hôte, l’argent de poche envolé entre deux milk-shakes et une session de jeux d’arcades, le concours de paëlla. Puis il se tait, pose sa tête sur mes genoux et épuisé, s’endort, tandis que je lui caresse les cheveux, enfin.

Il est encore petit, mon grand. Il est déjà si grand, mon tout-petit.


“Vos enfants ne sont pas vos enfants.
Ils sont les fils et les filles de l’appel de la Vie à elle-même.
Ils viennent à travers vous mais non de vous.
Et bien qu’ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.

Vous pouvez leur donner votre amour mais non point vos pensées,
Car ils ont leurs propres pensées.
Vous pouvez accueillir leurs corps mais pas leurs âmes,
Car leurs âmes habitent la maison de demain, que vous ne pouvez visiter,
pas même dans vos rêves.
Vous pouvez vous efforcer d’être comme eux,
mais ne tentez pas de les faire comme vous.
Car la vie ne va pas en arrière, ni ne s’attarde avec hier.

Vous êtes les arcs par qui vos enfants, comme des flèches vivantes, sont projetés.
L’Archer voit le but sur le chemin de l’infini, et Il vous tend de Sa puissance
pour que Ses flèches puissent voler vite et loin.
Que votre tension par la main de l’Archer soit pour la joie;
Car de même qu’Il aime la flèche qui vole, Il aime l’arc qui est stable.”

Khalil Gibran

MERCI LES AMIS – CLAIRÉJO

Chez certains de mes amis, tout est beau, et bon, et doux. Jeohan et Claire sont de ceux-là. De ces personnes chez qui on n’a plus qu’une envie en triptyque : se prélasser, contempler, rêvasser. Activités intenses que j’ai pratiquées avec assiduité chaque fois que je me suis rendue chez eux, dans leur maison du bonheur en Picardie.

Après des années passées dans un grand groupe de presse – lui en tant que journaliste, elle, en tant qu’iconographe, les deux tourtereaux décident de voler de leurs propres ailes. Il est un temps question d’ouvrir une épicerie fine – Claire cuisine divinement – mais la confection de mortadelle restant tout de même limitée en termes de créativité et le salon du sandwich et du snack chaud leur ayant provoqué quelques crises d’angoisse, l’idée est vite abandonnée.

Après d’ultimes réflexions ikigaïsques, ils décident finalement d’essayer de vivre de ce qui provoque de la joie chez eux, tout en ayant du sens dans le monde tel qu’il va : la chine, la broderie, la retape, le tout depuis chez eux, au vert.

Dans leur boutique on trouve des couvre-lits restaurés, de vieux canevas bien kitsch rafraîchis et transformés en coussins, sacs, pochettes et autres housses d’ordinateurs, et surtout ces photos de famille anciennes, rendues drôles, poétiques, touchantes par le fil de leurs broderies communes et les fleurs séchées de leur jardin. Les bases de ce « visible mending » ont toutes été chinées, tout est fait main, tout est beau, et bon, et doux, c’est du Claire et Jo pur jus, c’est du Clairéjo.

Voilà à peine quelques mois qu’ils se sont lancés, et déjà telle galerie branchée leur réclame des objets, telle icône de la fashion reposte des photos de leurs créations, le Bon Coin les invite à son Super Market des créateurs de Noël, et on retrouve leurs frimousses dans l’édition de Noël de Marie-Claire déco.

Ça c’est pour le glam. Côté coulisses les chouchous travaillent comme des acharnés : et que ça chine, et que ça lave, et que ça recoud et que ça brode et que ça met en ligne et que ça fait sa com et que ça fait sa compta, hop, une boutique éphémère par-ci, hop, une boutique éphémère par là, ça n’arrête pas.

Entre glam et coulisses une seule vérité : Claire et Jo sont épuisés mais heureux !

Parce que le talent et le courage réunis sont rares, je vous encourage à les encourager. Si vous n’êtes pas encore venus à bout de vos courses de Noël, vous aurez compris que vous trouverez chez eux des cadeaux ayant une vraie et belle histoire.

Vous pouvez aussi leur confier de vieilles photos de famille, ils sauront vous les pimper de poésie, ils sont capables de tout les gredins, y compris de vous rendre nostalgiques du vieil et acariâtre papy Roger.

Où les trouver ?

Dans leur toute nouvelle et très belle boutique, A l’Imparfait (la perfection de ce nom…), où ils proposent leurs merveilles aux côtés de celles d’amies créatrices, 24 rue du Château d’Eau dans le Xe.

Sur leur site https://www.clairejo.com/

Et sur les réseaux sociaux : @clairejo.clairejo

MERCI LES AMIS – LA GRAPHISTE

– Marine –

C’était notre graphiste alternante, à la dircom où j’officie, dans une boite sérieuse, avec des tâches sérieuses dont je la voyais s’acquitter avec sérieux, mais avec un pincement au cœur. Mon cœur qui saignait abondamment, je dois l’avouer, quand je lui commandais des logos avec de mignonnes locomotives dessus, alors que les murs autour d’elle étaient recouverts de magnifiques collages, fenêtres de poésie en milieu tertiaire.

J’ai tout de suite pensé qu’elle ressemblait à Laura Dern (vous savez, la Lula de Sailor and Lula), et j’ai évidemment noté son élégance intemporelle.

On a très vite parlé féminisme et chanteuses existentielles à paillettes, d’ailleurs on n’a toujours pas fait cette soirée « Régine meets Dalida » qu’on avait prévue, un peu avant de se prendre le virus dans la face.

J’aime beaucoup Marine.

Elle s’en va, elle va me manquer. Elle a terminé son alternance, a soutenu avec brio son mémoire de master en DA design graphique sur la place des femmes dans l’histoire de l’art du collage, elle l’a intitulé « Recoller les morceaux » et c’est dense, et riche, et beau.

Ah et entre les deux elle a juste remporté le grand prix de la biennale internationale de l’affiche de Varsovie, un rendez-vous totalement inconnu de moi jusqu’alors mais dont le Centre Pompidou affirme qu’il est «  la présentation mondiale la plus prestigieuse des affiches, [qui] réunit des pointures du graphisme, du dessin et de l’affiche ». Blam, elle se pose là, Marine.

Vous cherchez un ou une designer graphique / DA junior ?

Ça tombe bien, elle cherche un poste de designer graphique / DA junior.

Jetez un œil à son portofolio et appelez-là de ma part, et sinon, faites circuler !

Prisonnière de l’instant

Nous avons tous entendu ces phrases qui nous poussent à la sagesse, nous savons tous que le passé n’est plus, que le futur n’est pas encore, et que par conséquent la seule temporalité dans laquelle nous pouvons et devons nous plonger est le présent. Vivre, ici et maintenant, cesser de ruminer, cesser de s’angoisser.

Prédisposion naturelle ou fruit de mes apprentissages ? Je ne sais pas trop d’où m’est venue cette capacité, mais l’instant présent, je peux vous dire que je maîtrise. Enfin, je maîtrisais, jusqu’à ce putain de virus qui enterre un peu plus chaque jour tout ce qui me tient : le lien. Je vous parle du lien que l’on ressent à travers la présence d’un être humain en chair et en os debout devant soi, tout sourire. Celui que l’on ressent à travers les grands éclats de rire exempts de la crainte d’asperger son voisin d’aérosols assassins. Celui des accolades, celui des embrassades, celui des chuchotements, celui des rapprochements.

Je maîtrisais, disais-je. Mais l’instant, j’en suis désormais devenue prisonnière. A présent sous mes yeux éberlués, nous sommes tous masqués, éloignés. Le quotidien ce sont les copains qui me disent qu’ils vont s’en aller, au vert. Le quotidien ce sont les articles qui m’expliquent que seuls les liens les plus serrés pourront perdurer. Dans cet article intitulé « Le coronavirus prépare-t-il la revanche des campagnes » de l’Institut sapiens, je lis ceci : « Demain, il se pourrait bien que l’on achète plutôt le privilège d’être éloigné des autres. Nous chercherons à minimiser les contacts avec les gens qui n’appartiennent pas à nos cercles familiaux ou amicaux proches. La distance à autrui deviendra un nouveau paramètre essentiel dans nos choix de vie. Outre le prix des jardins en ville, nous pourrions voir monter de façon inédite la valeur de ces communautés humaines à taille réduite que sont les villages et des habitations isolées. La campagne, en un mot, retrouverait durablement le lustre qu’elle a gagné en ce temps de confinement. Faudrait-il s’en étonner? Sur une terre sans cesse plus peuplée, il était fatal que la tranquillité et l’éloignement du reste des humains finisse par devenir un trésor recherché*».

L’éloignement du reste des humains, c’est cela, notre nouvelle promesse d’aube?

Le voilà le présent à venir, et il me glace le cœur. Sans doute cela va-t-il fonctionner pour toutes ces cellules familiales familiales qui semblent réussir à tenir en autosuffisance intellectuelle et affective, je les envie. Mais je fais partie de ces gens qu’une interaction entre citadins, qu’un moment de grâce dans le métro, nourrit jusqu’au lendemain. C’est vous dire si le présent m’est douloureux, en ce moment.

Alors je plonge dans l’instant.

L’instant c’est la danse, ces quelques heures où je prends ma DOSE (dopamine, ocytocine, sérotonine, endorphine). L’instant c’est moi scotchée à la guitare de Paulo, hypnotisée par la voix d’Amanda. L’instant c’est le soleil qui de l’eau va se refléter vers les feuilles d’un chêne amoureusement penché sur la berge d’un lac. Je ne réussis à sortir de l’état d’hébétude dans lequel je patauge des heures durant que pour m’organiser de nouveaux instants (et diable, je crois bien n’avoir jamais été aussi efficace de ma vie). Il faudrait bien tout de même que je m’attelle à des taches plus constructives. Cela m’est impossible. L’instant est mon seul temps, il est devenu ma prison.

Et déjà la danse se masque, déjà les vacances s’éloignent, mes instants se font rares et je ne sais plus où je vais pouvoir m’extraire du présent.