Histoire d’un féminisme

Fuck Ya Girl by @etienne_racine_photo

J’ai
Moins de 8 ans
Je suis assise
Sur des marches d’escalier
Je porte
Une jupe blanche.
Ma mère
Visiblement très gênée
Me demande de resserrer les jambes
Un oncle est là
L’homme le plus inoffensif du monde
Je le sais, elle le sait
Mais c’est un homme
Et une fillette
Ne garde pas ses jambes ouvertes
Devant un homme.

J’ai 10 ans, dans le cour de récré,
Rémi soulève ma jupe
Je l’attrape par les poignets
Je le fais tournoyer
Puis le lâche aux quatre vents
Et le vois s’écraser, contre le gravier
A l’infirmerie, Rémi.

11 ans, je prends le métro seule, comme une grande
Un homme me demande son chemin en anglais
Toute fière je lui réponds
En anglais
L’homme me remercie
Et me demande si je veux l’accompagner manger une glace
J’ai 11 ans
Mais je sais
Que tous les enfants feraient mieux
De ne jamais suivre les messieurs
Qui proposent des bonbons et des glaces.
Mon cœur de 11 ans bat la chamade
Je dis non merci
Et je saute hors de la rame,
Dieu merci.

12 ans, premières règles.
Je saigne, c’est normal, ça veut dire que je deviens une femme
Ca veut dire
Que je suis en âge de procréer.
Mais il faut cacher
Les serviettes, propres ou de sang souillées
Etre discrète, pudique
C’est une sale affaire de femmes
De femmes seules.

J’ai 12 ans
Et des seins.
D’horribles messieurs,
De 40-50-60 ans
M’envisagent goulûment
Et j’ai comme la nausée

J’ai 12 ans
Et des seins.
Frédéric, le petit gros pianiste prodige satyre précoce de ma classe
Les fixe de façon répugnante
Une blague salace sort de sa bouche
Balayette
Frédéric ne recommencera plus.

J’ai 13-14 ans
Un cousin éloigné
Fort pieux – lit le coran de façon admirable –
Me fait du pied sous la table.
Je retire mon pied.

Plus tard, à l’adolescence.
Depuis ma chambre à barreaux rose
Je pense à mes ami.es expats, malgaches,
Qui ont le droit de sortir, de danser
Je pense aux jeunes hommes de ma « communauté ».
Qui ont le droit de sortir, de danser
Et en profitent pour payer des prostituées. Ils peuvent enchaîner les conquêtes, les aventures, les histoires, nous il nous faut être sages, garder notre « réputation ».
Depuis ma chambre à barreaux rose
Je veux juste sortir, danser.

Aux grands déjeuners familiaux en campagne malgache
Les hommes d’un côté
De la table
Les femmes de l’autre
D’un côté ça parle business et politique
De l’autre recettes et cancans.
Je préfèrerais la politique et le business, je me dis.

18 ans
Je marche, rue piétonne
Un piéton
De toute la largeur de sa grosse main dégueulasse
M’empaume la fesse
Moi figée, lui s’en va, hilare.
Interminables secondes
Puis le feu me monte aux joues
Je voudrais
Lui courir après
Le secouer
Lui hurler dessus
Il est trop tard
L’homme est loin.
Je n’ai plus jamais marché insouciante
Je marche tête haute
Poings et mâchoires serrés
Les yeux qui disent
Me fait pas chier.
Et plus aucun gros dégueulasse
Ne vient me faire chier.

J’ai 26 ans, je rentre chez moi
Il est 23h, peut-être minuit
Pour la première fois
De ma vie
Je me sens suivie
Oui. Un homme me suit
J’ai peur, pour la première fois peur comme ça.
Heureusement il y a deux entrées pour mon immeuble
Je m’engouffre dans le passage sous la tour
Je cavalcade les escaliers
Le bip, la porte, sauvée.
J’aurai peur, pendant quelques jours
De recroiser le rôdeur de la tour.

33 ans, mère, mariée,
Je m’auto-moule dans le moule
De celle qui travaille « moins »
Bébé, ménage, cuisine,
Chaussettes et caleçons abandonnés
Au pied du panier.

46 ans, je vous raconte la longue naissance d’un féminisme.

Rédigé sans IA les gars.

MERCI LES AMIS – Adrien / The Solstice – Love is a dance

C’était (encore) une de ces périodes compliquées, de celles où je cours sans arrêt, ralentissant seulement pour reprendre mon souffle, voyant derrière mon épaule le tsunami de taf gonfler, gonfler, prêt à me submerger.

Epuisée, abattue, déprimée, découragée, désincarnée, j’étais.

C’est ce moment que choisit Adrien pour m’appeler. Il tournait un clip qu’il produisait, et dont il avait composé la musique. Pas énormément de sous, des sous d’amour, et beaucoup d’amour autour, les potes venus poser les cuivres pour l’amour d’Adrien et de la musique, son élève venu proposer un lieu de tournage inespéré, tout se goupillait tellement parfaitement, Adrien rayonnait.

Une réal’ solide, Dalya Guerin, une troupe pleine pep’s pour une choré dirigée par Aurélia de la Vegaune, et une danseuse libre, il m’y voyait, ça s’appellerait Love is a dance.

……

Tu y es. Au cœur de ce petit monde comme coupé du monde. Ici la Terre ne brûle pas, ici pas de vague brune à l’horizon,  punaise ça fait du bien… Tu observes, tu contemples, tu frétilles, tu frisonnes, tu rêvasses pendant que s’agitent concentrés les copains-cuisiniers, la réal et ses assistant.e.s, la chef’op, la maquilleuse, les danseurs, la chorégraphe, et Adrien, bien sûr, Adrien et sa veste canon que t’as trop envie de piquer.

Et puis vient ton tour, tu n’as jamais fait ça jouer une scène, tu es seule à une table tu attends celui qui ne viendra pas, bon sang comme tu te sens seule et fragile face à tous ces gens qui ne regardent que toi.

Tu danses aussi, c’était le contrat, t’es super mal à l’aise t’as chaud t’as froid tu te sens ridicule et ça s’arrange pas quand tu jettes un œil aux rushes bon sang c’est beaucoup trop lascif c’est pas toi !

Eh ben oui petite chérie, c’est ça JOUER.
SORTIR DE SOI, de son petit soi, de son petit ça englué de surmoi.

Ainsi, grâce à Adrien, je revins à la vie.

A l’heure où j’écris ces mots (il est 2h14 du matin du 25 janvier 2025, pour les annales), je n’ai pas encore eu ce fameux clip sous les yeux mais j’ai vu un artiste soulever des montagnes pour mettre ses tripes, son cœur et son âme en images, en mouvement, en son et en lumière. Et ça valait sacrément le détour.

Hip hip hourray pour #thesolstice, suivez cet homme, il a plus d’une baguette dans son sac.

Love is a danse, life is a dance, my friend(s).

PS : à l’heure où je publie ces mots (il est 00h15 du 27 janvier 2025 pour les annales), la dernière chose dont je peux témoigner est la suivante : il est BEAUCOUP plus facile de tourner dans un clip que de se voir dans un clip…

Le club des poètes

Ici, chaque soir, on commande au choix une saucisse-lentilles, un bourguignon-purée ou une tarte aux légumes dont la pâte est rarement assez cuite. On y boit de la bière et du vin, toujours le même. Ici on nourrit son âme avant tout autre chose.

A quelques centaines de mètres de l’Hémicycle, dans une bulle spatio-temporelle dont les poutres apparentes sont envahies de toiles d’araignées, siège une assemblée tout à fait particulière.

On y arrive tôt sous peine de devoir rester debout à l’entrée, on s’y retrouve à table avec des inconnus : « C’est votre première fois ? ».

Son éternel béret vissé sur le crâne, Blaise accueille, serre des mains, prend les commandes, secondé par ses plus fidèles. On y dîne, donc, puis les lumières s’éteignent tandis que s’allument les bougies. Le silence se fait, quelqu’un toque à la porte, Blaise après un coup d’œil irrité à l’œilleton laisse entrer un retardataire qui, penaud, se faufile jusqu’à la première chaise à sa portée.

Et soudain, tout commence. Le monde, sa création, Dieu, l’enfance, l’amour, les combats, les peines, les fleurs fanées, la mort y défilent au rythme des vers de Desnos, Hugo, Baudelaire, Louise Labbé, et Jean-Pierre Rosnay – le père de Blaise et fondateur de ce lieu de poésie, et bien d’autres encore.

Ceux qui les disent, ces vers, sont de tous âges et de tous horizons. Intellectuels, gens d’argent, étudiants, on s’y mélange comme en peu de lieux parisiens, mais ce qu’on ne peut manquer d’y remarquer, c’est cette jeunesse façon nouvelle vague,  filles et garçons suspendus à des pages plutôt qu’à des écrans, qui se suivent sur scène, s’élèvent, s’embrasent.

Maître à scander, Blaise de sa main rythme leurs envolées.

Une pause d’une quinzaine de minutes ponctue les sessions, chacun alors se secoue pour sortir de l’état d’hypnose dans lequel il avait été plongé. On va prendre l’air, se remettre de ses émotions, avant de replonger dans la transe.

Et puis on en repart, soulagé, plus léger, sonné mais libéré, de nouveau en paix avec l’humanité. Car l’on sait, désormais, qu’en certains lieux on peut goûter à la beauté du monde grâce à la pureté des mots. 

MERCI LES AMIS – CHANTER AVEC ZOÉ

Je n’aurais jamais cru que ça arriverait un jour, mais je chante. En faisant le ménage, je chante, dans le métro, je chante, devant mon ordi, je chante. Pourquoi tant de haine pour l’état normal de déprime dans lequel devraient me mettre les tâches domestiques, la promiscuité de ligne 2 à 9h15, ou encore un powerpoint à préparer ? Parce que je me sens bien. Et je me sens bien parce que je chante.

Et tout ça, c’est grâce à Zoé.

Je l’ai connue voilà plusieurs années à la danse et à chaque fois que je l’y ai croisée j’étais heureuse de la retrouver, elle, ses longs cheveux auburn, son calme et son énergie, toujours présente, jamais envahissante.

Il y a presque un an de cela, alors que j’étais en plein mayday existentiel, je suis tombée sur une annonce Facebook où elle proposait des cours de chant à petits prix pour valider sa dernière formation, j’ai pris mon courage à deux mains, et je l’ai appelée.

Les jours où je me sentais incapable de sortir de chez moi, elle me donnait cours en visio, me rassurant quand je n’arrivais plus qu’à pleurer, gorge trop nouée. Mais généralement je préférais me rendre chez elle, petit appartement bohème en plein quartier bobo. Un joyeux bordel de livres, de plantes, et un piano.

Serpent à sonnettes, j’y ai appris à travailler mon souffle, le mettre à profit, à vrombir des lèvres (pas une mince affaire) et virevolter de vocalise en vocalise. J’y ai chanté façon meuf bourrée ou gros bûcheron à bonnet, ce qui m’a totalement désinhibée. Zoé, avec son piano, sa douceur et son professionnalisme m’accompagnait et jamais je ne me suis sentie mal à l’aise, jamais je n’ai eu honte, moi qui ne savais absolument pas chanter… J’avais quelques petits devoirs d’une séance à l’autre (rien de méchant, s’entraîner à faire des vocalises, réviser les paroles des chansons de mon choix…), et petit à petit, j’ai progressé. Réessayer plus bas, plus haut, plus fort, et enfin, avec les conseils de Zoé, la trouver, ma voix.

Est-ce que je chante moins faux qu’avant ? Je le crois ! Mais surtout, parce que Zoé me l’a appris, je joue désormais comme je veux avec mon souffle pour apaiser mon cœur, je joue avec ma voix mon apaiser mes peurs, je joue avec les vibrations de ma gorge pour apaiser mes trapèzes tétanisés par le stress, la pluie et le froid. Singing’ in the rain, rien de moins que ça. Et croyez-moi ou pas, il y a un mois je me suis inscrite à la chorale du taf… Je n’aurais jamais cru que ça arriverait un jour, mais oui, vraiment, je chante.

Voilà des mois que je voulais écrire un mot pour son livre d’or, c’est enfin chose faite.

Et comme j’aime bien chaque année vous filer pour Noël une idée de cadeau avec un peu d’âme dedans, cette fois je ne peux que vous encourager à offrir, ou à vous offrir, un cours de chant avec Zoé.

Pour plus d’infos : ztabourin@hotmail.com – 06 61 58 98 43

Charlot m’est essentiel

Qu’il s’agisse d’affronter une banale scène de baiser devant le film du dimanche soir ou d’exprimer des sentiments, les familles indiennes sont extrêmement pudiques, tous les Indiens vous le diront. Et pourtant… Et pourtant elles sont aussi très tactiles. Je me souviens de mes tantes m’empoignant les avant-bras et les malaxant avec force et amour. Je me souviens du temps distendu que mon oncle avait passé à maintenir ses pouces sur les points de réflexologie de mes mains, un soir que j’étais souffrante, tandis que mes cousins couraient autour de nous dans la maison où se retrouvait la joyeuse tribu maternelle. Je me souviens de ma mère qui me massait le ventre avec ce baume dont l’odeur, depuis, me ramène systématiquement au réconfort trouvé, malgré la fièvre ou la douleur, dans le fait d’être dorlotée. Je me souviens, il n’y a pas si longtemps de ça, de mon père me frottant vigoureusement les pieds pour me réchauffer du froid dont je n’arrivais à débarrasser ni mon corps ni mon esprit.

Je crois bien que c’est cela, que je retrouve chez Charlot. Une forme de pudeur qui m’est familière, et quelque chose d’infiniment apaisant dans la façon qu’il a de prendre soin de moi, lorsque je suis à un stade de rigidification avancée des trapèzes. Son calme, sa présence, le sérieux avec lequel il me pose des questions alors que j’essaie de donner le change avec mes grands éclats de rire. L’attention qu’il porte à mes mots, à mes maux. La confiance qu’il a instaurée entre nous, l’espace qu’il m’ouvre, ses « c’est bon t’inquiète t’es à la maison » quand il me tend un Kleenex  pour que je sèche mes larmes au-dessus du trou destiné à ma tête sur sa table de massage. L’état dans lequel je ressors de son cabinet, élastique et droite en même temps, droite, enfin, sans effort !

Aujourd’hui je suis une maman, et c’est moi qui masse, qui réchauffe, qui écoute, qui prend soin. Mais quand j’ai besoin qu’on prenne soin de moi, c’est Charlot que je vais voir.

Oh, j’aurais pu vous parler de « sa main » comme on dit dans le métier, de sa solide formation, des formations qu’il va lui-même bientôt assurer, des personnes que lui envoient les ostéos, de ses longs cheveux de chanteur de soul et de funk et donc de l’élastique noué autour de son briquet, de sa bande son – à mille lieues du new age – que je kiffe écouter pendant que je me fais masser.

Mais j’ai préféré vous expliquer pourquoi Charlot m’est essentiel.

C’est la période des fêtes mais la saison automne-hiver 2020 n’est pas la plus gaie ni la plus douce qu’on ait connue, je ne peux que vous recommander de faire ou de vous faire ce cadeau : allez faire un tour du côté de Belleville voir Charlot.

06 62 56 36 95 / ca.truchis@gmail.com

J’ai regardé des inconnus dans les yeux… Et j’ai bien envie de recommencer

Le 15 octobre à eu lieu à Paris et dans tout un tas d’autres villes villes le plus grand « Eye Contact » du Monde, organisé par les Liberators International.

Fidèle à ma réputation d’investigatrice sans peur et sans reproche / de zinzin / de nana en crise de la trente-sixaine / de bobobab (le bibimbab est un plat coréen, la bobobab est une bobo babacool), j’ai décidé d’aller voir sur le terrain ce qu’était, exactement, que cet événement dont j’avais eu vent sur Facebook.

Après quelques tergiversations (tain, fait froid) et complications logistiques dont je vous épargnerai les détails (SOS babysitter bonjouuuur !), direction Répu, où j’arrive sous une pluie naissante. Je n’ai que 30 minutes avant devoir filer à la danse. Je pénètre le périmètre d’expérimentation. Ils sont là, mes amis zinzins, assis en tailleurs sur leurs tapis de sol, deux par deux, les yeux dans les yeux. A quelques mètres la grande ville continue à marcher, à courir, à rouler, à klaxonner, mais ils ont l’air de s’en cogner, comme protégés par une bulle de zenitude sous laquelle le temps semble d’être arrêté. Autour d’eux, les badauds forment une sorte de cordon de sécurité. Les conversations vont bon train, entre amis, inconnus, touristes et parisiens. J’en attrape quelques bribes au vol : la plupart des observateurs sont intrigués, beaucoup trouvent ça bizarre, certains ne comprennent pas du tout. Deux loulous m’interpellent : vous voulez essayer avec nous mamoizelle ? Je réponds ok, les types perdent quelque peu leurs moyens, probablement trop habitués, dans leur quotidien, à se prendre des vents. On discute quelques minutes, c’était que de la gueule, les types ont la frousse en fait. Je continue mon exploration.

Eye contact place de la République

J’essaie de comprendre le fonctionnement du truc. En fait le mieux c’est d’attendre qu’un Eye Contact soit terminé, que l’un des protagonistes se lève pour, hop, prendre sa place. Mais j’ose pas, ça me rappelle les boums et le temps dingue que ça me prenait, de demander à un garçon sil voulait bien danser un slow avec moi (ouais parce que quand j’attendais qu’on vienne à moi, je finissais systématiquement transformée en motif de tapisserie, ou plutôt de papier peint).

Je me lance. Mon premier Contact je l’echangerai avec Alice, 25 ans à vue de nez, brune sous bonnet. Mon regard traverse les verres de ses lunettes et va se planter dans le sien. Très vite, je réalise que pour pouvoir regarder ses deux yeux en même temps il faudrait que les miens se disent merde l’un à l’autre, ce qui Dieu merci n’est pas le cas. Et comme je ne peux décemment pas plonger juste dans son œil gauche, ni juste dans son œil droit, je passe de l’un à l’autre, à un rythme que je juge un peu trop frénétique. Et puis y’a ces foutues paupières, que je cligne toutes les trois secondes (insuffisance lacrymale, c’est pas un comble pour une nana qui chiale à la moindre occasion ?). Dans mon cerveau ça part dans tous les sens : c’est bizarre je ressens rien de spécial c’est comme si ses yeux étaient opaquesmerdeelledoitsedirequejeclignedesyeuxcommeunefollemaisaufaitc’estquandqu’onestsensésarrêterbonsangj’aiundemisourirebloquésurleslèvresellevapenserquejeme prendspourBouddharhâj’aienviedememarrermaintenant !
Ce que je finis par faire, mais je m’arrange pour que ça ressemble plus à un grand sourire de clôture qu’à un ricanement nerveux. Je remercie Alice, et pars à la recherche de mon 2e co-cobaye.

C’est Julien, il doit avoir moins de 25 ans, et là tout de suite, je suis dans un autre délire. Je me surprends à lâcher deux-trois énormes expirations de détente, j’ai toujours ce fichu demi-sourire aux lèvres mais je m’en tape, je ressens quelque chose de doux, je regarde Julien dans les yeux et j’ai l’impression d’être face à un enfant. C’est ça, je plonge dans l’âme d’un enfant.
Quand ça s’arrête, c’est une évidence, faut qu’on parle : quel âge tu as qu’est-ce que tu fais qu’est-ce que ça t’a fait comment t’as entendu parler du truc t’en as fait beaucoup, ah mais tu danses toi aussi ah mais t’étais aussi à la Gatsby Night han mais attends on s’échange nos adresses facebook !

Je le quitte à contre-cœur, je serais bien restée là à taper le bout de gras avec lui, dehors il fait froid mais sous la bulle il fait bon, je sais que j’ai lâché un truc, j’ai lâché prise comme on dit chez les zinzins bobobab, et je kiffe. J’aimerais rester, j’aimerais rester et rencontrer plein d’inconnu(e)s, plein de frères et sœurs humains.

Le slogan du Eye Contact c’est « where has the human connection gone ? ». La réponse est évidente, la connexion entre nous n’a pas disparu, il faut juste la réactiver et pour ça on n’a pas besoin de grand chose, juste partager un moment, un regard, plonger dans les yeux de l’Autre, dans ces mêmes yeux qu’a filmé Yann-Arhtus Bertand dans HUMAN, ces yeux à travers lesquels passe ce qui nous relie les uns aux autres : les émotions.

C’est sûr, je serai du prochain Eye Contact Experiment. C’est un trip bizarre, absurde ? Peut-être, mais je n’ai rien contre le bizarre ni l’absurde. Ca semble forcé, artificiel ? Ca l’est au début. Comme toujours quand on sort de sa zone de confort. C’est trop « peace and love » ? Bah, quand je regarde autour de moi, que j’écoute ou que je lis les infos deux minutes, je me dis qu’en ce moment peace and love c’est pas si mal que ça comme programme, non ?

J’ai testé pour vous le premier Toast Challenge de France

Vous faites partie de ces gens qui cauchemardent dès qu’on leur annonce qu’ils vont devoir commenter un pauvre powerpoint à la réu avec Duchmol ? Vous vous liquéfiez à l’approche de votre entretien annuel avec big boss? La simple idée de devoir dire un petit mot au mariage de votre meilleur pote vous donne des sueurs froides ? J’ai la solution à votre problème, qui, incidemment, est aussi le mien.

Pourquoi j’écris à votre avis ? Eh ben entre autres parce que j’assure pas une cacahouète à l’oral. Un jour il faudrait que je compte le nombre de « heu » qui ponctuent mes interviews. Mais j’ose pas le faire, trop peur de devoir assumer pleinement la responsabilité de cette élocution minable et d’en tirer les conséquences en me retirant de la vie journalistique.

Du coup, quand j’ai vu tourner cette info sur le toast challenge, j’ai inspiré un grand coup et je me suis inscrite (Merci Alfred hein !).

C’est quoi le toast challenge ? Une sorte de concours d’éloquence bon esprit, avec speed coaching intégré.

Me voici donc dans un chouette bar du côté d’Oberkampf, en compagnie de jeunes gens ma foi fort sympathiques (on est même venu me parler alors que j’étais attablée seule, en plein blocage autiste, c’est dire. Merci Matthieu hein !).

Nous sommes une trentaine, dix d’entre nous doivent être tirés au sort pour venir porter un toast d’une à deux minutes sur scène. Matthieu a beau me charrier pour me détendre, à l’intérieur c’est le 6 juin 44, mon cerveau me bombarde d’adrénaline et de cortisol, j’ai le visage en feu, je sue à grosses gouttes, mais qu’est-ce que je suis venue foutre là bordel de merde ?!?

Pourtant l’ambiance est franchement conviviale, on acclame chaque candidat avant et après sa prestation, bravo-hourra-applaudissements-t’asgraveassuré-c’estvraitucrois-ouaisj’tejure-merci ! Il faut dire qu’Annabelle, l’organisatrice en chef de l’événement est canadienne. D’où l’esprit « Amazing ! » de la soirée. On est là pour apprendre des trucs certes, mais de façon cool, décontractée, fun, loin, très loin de l’académisme auquel nous a habitué le système français. Et putain ça fait du bien !

On toaste à la joie de vivre puis à l’échec, je suis en panique mon sujet c’était ça version 2 en 1, shampoing + après-shampoing, va falloir que je trouve autre chose si ça tombe sur moi. Un nouveau tirage au sort ? Une nouvelle goutte qui coule le long de mon dos. On toaste aux mecs qui matent en terrasse, aux cheveux bouclés, aux free hugs, à Simone Weil, aux femmes, aux intermittents du spectacle… Après chaque prestation Annabelle prodigue ses conseils avisés et toujours bienveillants à l’impétrant toasteur. Je ne vais pas entrer dans les détails, ce serait spoiler, mais je peux vous dire qu’il y est question de pipi, de doudous, et de boobs.

Il ne reste plus que deux passages, je commence à me détendre.

Et là, BAM ! « Asha Bottée est demandée sur scène ». Je reste interdite deux secondes, et puis j’y vais, je plonge en eaux profondes (et troubles). J’ai pas le choix, faut que j’assure, alors je me lâche. Je porte un toast au courage et aux courageux, à ceux qui y vont malgré les mains qui tremblent, la voix qui chevrote, les jambes qui flageolent. Le public me sourit, ce toast est pour lui aussi, je le lui dédie.

Tonnerre d’applaudissements ! On me fait une ola ! On me porte en triomphe, C’EST INCROYAAABLE !!!

Bon. En vrai c’était pas mal, mais Annabelle demande de recommencer, en étant davantage, heu, panthère.

Dont acte. Je me lance, je suis à fond, je m’approche du bord de la scène, prête à bouffer mon auditoire. Mais ouais les gars, les chattes bottées, les lionnes, les tigresses, les panthères, c’est la même mifa tout ça !

Et vous savez quoi ? J’ai gagné un prix ! J’avoue, on était toutes fières sur scène avec nos bouteilles de champ à la main, miss investie (Simone Weil), miss décalée (Bouclette), et moi-même-miss-transformée-maîtresse-du-monde.

Après ? Après je suis rentrée chez moi, vidée mais mais encore excitée (je me dit que ça doit faire ça, un huit feuilles après trois rails…). Heureuse d’avoir osé, heureuse d’avoir rencontré de chouettes personnes et heureuse de rentrer chez moi avec plein de bons conseils dans ma besace, dont je me suis juré de faire bon usage lors de mes prochaines interviews.

Alors, le prochain toast, c’est vous qui le portez ?

Quoi : Toast Challenge

Où : A Paris (pour l’instant)

Quand : tous les deux mois

Combien : 14 euros, conso comprise

Pour plus d’infos, ça se passe ici.