Fatum

Servile vermine tu envahis le monde et je te vomis
Tu souilles l’air libre de ta foultitude masquée, je te conchie
Mon pauvre pauvre troupeau apeuré
Fuis donc, il n’est nul lieu où te cacher
Où que tu ailles, je saurai te trouver
Cours, cours donc, et crève.

À chaque seconde qui passe je te vois moins vivant
Chaque minute plus vieux, chaque minute plus vil, chaque minute plus veule
Qu’elle est vaine, ta pauvre volonté
Car tu veux vivre, pauvre imbécile !

Et pourtant tu mourras, parce que je le veux
Et tes chairs putrides seront bien plus belles
Que ne l’auront été tes plus belles années
Car elles nourriront les vers, elles nourriront la vie
Elles me nourriront moi, qui n’ai que faire de toi.

Au chauffeur inconnu

Retour des vacances de la Toussaint. De la gare d’Austerlitz à la place de Clichy Paris n’était que désolation. 

C’était un taxi et non un Uber, alors je ne connaissais pas son nom. Lui non plus ne connaissait pas le mien d’ailleurs, c’est pas mal aussi, la vie sans appli, ça remet un peu de mystère là où il n’y en a plus.  

Quand j’ai embarqué, le taximan qui attendait derrière lui dans la file a applaudi. Avec le narcissisme qui me caractérise (poke Nicolas L-B), je me suis dit qu’il félicitait son collègue et concurrent pour avoir embarqué une charmante jeune femme (si si) à l’air de gitane (je suis toujours chargée comme un baudet quand je rentre de vacances, en réalité je ressemble davantage à une mendiante rom,  mais un peu d’érotomanie du quotidien ne fait de mal à personne, surtout par les temps qui courent). Ces mignonnes félicitations entre coqs roulants eussent été  possibles, mais seulement dans le monde d’avant… 

Or nous étions en octobre 2020, au premier jour du deuxième confinement.

Et puis il m’a expliqué. Qu’en neuf ans à sillonner sa ville c’était la première fois qu’il n’avait fait qu’une seule course de la journée, la mienne, donc. Voilà trois heures qu’il patientait dans cette file, à guetter le client. Son collègue le félicitait d’avoir enfin réussi à faire son métier, ce pour quoi il s’était, ce matin-là, levé. Mon ego s’est pris une pichenette, et mon coeur un uppercut. Voilà ce à quoi avaient conduit les errements néo-libéraux de ceux de là-haut. L’Hôpital qui suffoquait, les gens enfermés, les petits commerces qui crevaient, pendant qu’Amazon et Uber-Eat triomphaient. 

 Il était comme sidéré. 

 On s’est dit que monde semblait être devenu fou. 

On s’est dit que ça allait péter, parce que bientôt il n’y aurait plus de billets pleuvant,  façon feu d’artifice, pour éteindre le brasier. Parce que bientôt de plus en plus de gens allaient avoir faim. Ou froid. Ou les deux. 

 Il m’a fait rire en me racontant les couillons qui, DE NOUVEAU, avaient fait deux heures de queue pour des stocks de papier cul. « Les gens sont cons, mais cons ! », m’a-t-il dit. C’était peut-être ça, le problème ? 

Nous étions arrivés. Il m’a aidé à sortir ma valise du coffre, on s’est regardés, yeux-par-dessus-masque, et on s’est dit : « Bon courage. Prenez soin de vous ». Du fond du cœur. 

Demain les petits commerces ouvrent de nouveau, demain nos laisses prennent 20 km de mou, demain j’espère que mon chauffeur d’une nuit embarquera plein de parisiennes vraiment jolies.

Prisonnière de l’instant

Nous avons tous entendu ces phrases qui nous poussent à la sagesse, nous savons tous que le passé n’est plus, que le futur n’est pas encore, et que par conséquent la seule temporalité dans laquelle nous pouvons et devons nous plonger est le présent. Vivre, ici et maintenant, cesser de ruminer, cesser de s’angoisser.

Prédisposion naturelle ou fruit de mes apprentissages ? Je ne sais pas trop d’où m’est venue cette capacité, mais l’instant présent, je peux vous dire que je maîtrise. Enfin, je maîtrisais, jusqu’à ce putain de virus qui enterre un peu plus chaque jour tout ce qui me tient : le lien. Je vous parle du lien que l’on ressent à travers la présence d’un être humain en chair et en os debout devant soi, tout sourire. Celui que l’on ressent à travers les grands éclats de rire exempts de la crainte d’asperger son voisin d’aérosols assassins. Celui des accolades, celui des embrassades, celui des chuchotements, celui des rapprochements.

Je maîtrisais, disais-je. Mais l’instant, j’en suis désormais devenue prisonnière. A présent sous mes yeux éberlués, nous sommes tous masqués, éloignés. Le quotidien ce sont les copains qui me disent qu’ils vont s’en aller, au vert. Le quotidien ce sont les articles qui m’expliquent que seuls les liens les plus serrés pourront perdurer. Dans cet article intitulé « Le coronavirus prépare-t-il la revanche des campagnes » de l’Institut sapiens, je lis ceci : « Demain, il se pourrait bien que l’on achète plutôt le privilège d’être éloigné des autres. Nous chercherons à minimiser les contacts avec les gens qui n’appartiennent pas à nos cercles familiaux ou amicaux proches. La distance à autrui deviendra un nouveau paramètre essentiel dans nos choix de vie. Outre le prix des jardins en ville, nous pourrions voir monter de façon inédite la valeur de ces communautés humaines à taille réduite que sont les villages et des habitations isolées. La campagne, en un mot, retrouverait durablement le lustre qu’elle a gagné en ce temps de confinement. Faudrait-il s’en étonner? Sur une terre sans cesse plus peuplée, il était fatal que la tranquillité et l’éloignement du reste des humains finisse par devenir un trésor recherché*».

L’éloignement du reste des humains, c’est cela, notre nouvelle promesse d’aube?

Le voilà le présent à venir, et il me glace le cœur. Sans doute cela va-t-il fonctionner pour toutes ces cellules familiales familiales qui semblent réussir à tenir en autosuffisance intellectuelle et affective, je les envie. Mais je fais partie de ces gens qu’une interaction entre citadins, qu’un moment de grâce dans le métro, nourrit jusqu’au lendemain. C’est vous dire si le présent m’est douloureux, en ce moment.

Alors je plonge dans l’instant.

L’instant c’est la danse, ces quelques heures où je prends ma DOSE (dopamine, ocytocine, sérotonine, endorphine). L’instant c’est moi scotchée à la guitare de Paulo, hypnotisée par la voix d’Amanda. L’instant c’est le soleil qui de l’eau va se refléter vers les feuilles d’un chêne amoureusement penché sur la berge d’un lac. Je ne réussis à sortir de l’état d’hébétude dans lequel je patauge des heures durant que pour m’organiser de nouveaux instants (et diable, je crois bien n’avoir jamais été aussi efficace de ma vie). Il faudrait bien tout de même que je m’attelle à des taches plus constructives. Cela m’est impossible. L’instant est mon seul temps, il est devenu ma prison.

Et déjà la danse se masque, déjà les vacances s’éloignent, mes instants se font rares et je ne sais plus où je vais pouvoir m’extraire du présent.

Spritz contre saucisse-purée, la battle

J’ai une confession à vous faire. Il m’arrive de préférer le spritz au chocolat chaud, à l’heure du goûter. Un début d’alcoolisme, peut-être ? Que nenni. Simplement, je ne digère pas très bien le chocolat chaud, et parfois le thé m’ennuie.

Et de la même façon que j’aime  le spritz à l’heure des boudoirs, des crêpes ou du pain au chocolat, je préfère la liberté des soirées qui restent à imaginer à la sécurité d’une saucisse-purée. D’un côté les amours splendides, le frou-frou des étoiles, le vin de vigueur, et de l’autre… Eh bien, une saucisse-purée.

Longtemps j’ai cru que l’humanité était divisée en deux catégories. Les femmes, qui ne pensaient qu’à plonger dans la saucisse-purée, et les hommes, qui ne pensaient qu’à la fuir, comme ils auraient fui une peste bubonique. Bien que très clairement née avec des gonades femelles, je me suis toujours rangée dans la deuxième catégorie, celle qui préférait la liberté à la saucisse-purée. Deux décennies se sont ainsi écoulées, à battre le pavé, à arpenter les musées, à boycotter le thé, à danser sous les cieux étoilés avec mes compagnons aux poches crevées.

Et puis, je ne sais pas très bien ce que s’est passé, la quarantaine approchant, mes petits poucets rêveurs ont commencé à être attirés par la saucisse-purée. Etait-ce là le cours normal de l’évolution de leurs papilles gustatives ? Etait-ce l’âge ? Etait-ce l’effet de l’âge sur leurs papilles gustatives ?

Toujours est-il que je ne voyais plus que ça, autour de moi. Des hommes qui voulaient de la saucisse-purée plutôt que des baisers enflammés. « Voilà j’en suis sûr une femme qui cuisine de la délicieuse saucisse-purée. Sans doute la meilleure saucisse-purée à la ronde, à n’en pas douter », semblaient-ils se dire.  Je m’étais, à leur yeux, transmuée en grande saucisse en robe de purée.

Alors oui, je comprends, quelque part, dans un coin de mon lobe droit, l’attrait de la saucisse-purée. Les petits visages encore ensommeillés d’après sieste, les brins d’herbe collés sur les mignons souliers, les jeux de société, l’écossage des petits pois au coin du feu de bois, ce soir c’est saucisse, purée ET petits pois. Je vois bien, tout ça,  le premier chapitre de la nouvelle histoire du soir, les angelots endormis, la douce chaleur du foyer.

Je vois, j’entends, mais je continue à préférer la fraîcheur du spritz à l’heure des ombres fantastiques. Et patiemment, j’attends mes nouveaux compagnons de bords de route, les fatigués de la saucisse-purée, ou ceux qui n’auront jamais voulu y goûter.

Et toi…

Te suit-elle à chaque pas,
Couche-t-elle avec toi?
Est-ce qu'elle s'empale en toi? 

Est-ce que tu la sniffes, est-ce que tu la bois,
L'oublies-tu dans des bras? 

Est-ce que tu la berces
A force de transes
Est-ce que tu la panses? 

Te tord-elle les boyaux,
T'arrache-t-elle les tripes,
Te brûle-t-elle la peau?

Te ronge-t-elle l'âme, te fend-elle le coeur?

Coule-t-elle sur tes joues,
Te broie-t-elle les poumons?
Est-ce qu'elle t'asphyxie, 
Est-ce qu'elle t'insomnie,
Est-ce que tu la fuis? 

Est-ce que tu la cours, est-ce que tu la danses, est-ce que tu la chantes, est-ce que tu l'écris,

Ta douleur? 

C’était bien…

Sortir. Lever les yeux vers la lumière. Regarder frémir les marronniers en fleurs, écouter les oiseaux chanter. Se sentir vivante. Et puis passer devant toutes ces devantures fermées, croiser tous ces fantômes masqués, sentir son cœur se serrer.

Je suis vivante mais Paris ma ville est comme morte.

Mon heure de liberté conditionnelle écoulée, je remonte les escaliers. Ce sont les jolis escaliers de Montmartre, la Butte est belle même quand tout va mal. A mi-chemin des marches, une micro-terrasse, sans aucun doute l’atout charme du studio sombre et exigu qui y donne accès. Il y a là des plantes, une table de bistrot sur laquelle sont posées deux bières et un morceau de saucisson, quelques loupiottes multicolores, deux amoureux, et Bourvil qui chante doucement Le Petit Bal Perdu. Ils ont 20 ans en 2020, et dansent, dans les bras l’un de l’autre, sur cette chanson qui parle d’eux, de notre bal perdu, et de ce qui reste debout au milieu des gravats.

La minute Com – Pourquoi #RestezChezVous est un hashtag de merde

Je ne sais pas d’où est parti ce hashtag. Mais plus le temps passe, et plus j’ai envie de le faire bouffer à la personne qui en a eu la brillante idée. Pourquoi ? C’est très simple.

Tout d’abord parce qu’il y a à l’intérieur un verbe à l’impératif. Qui aime les verbes à l’impératif, sérieusement ? Le seul qui passe, c’est peut-être « Prenez soin de vous ». Et encore, Garnier a tout fait foirer avec son « Prends soin de toi ».

Ensuite, « restez chez vous » exclut le locuteur. Donc quand tu lis ça, tu as l’impression que le gars (désolée les gars, ça tombe beaucoup sur vous en ce moment – mais c’est encore un autre sujet), tu as l’impression, donc, que le gars se pose en citoyen absolument modèle, irréprochable, impeccable, qui va, lui, supporter sans ciller le printemps confiné. Et à qui font envie les types qui se posent en citoyens-modèles-irréprochables-impeccables sérieusement ? Vous vous souvenez, le premier de la classe tête-à-claques ? Bon, voilà.

En outre, le « restez chez vous » peut faire péter les plombs à ceux qui, depuis leur 30 m2-sans-luminosité-avec-les-bébés, se demandent si cette injonction n’est pas le fait de celui-là même qui fait son yoga quotidien depuis la terrasse en teck de sa résidence secondaire « au vert ». Ils n’ont rien contre les gens qui ont des résidences secondaires au vert, s’ils avaient une résidence secondaire au vert ils s’y confineraient avec joie. Mais justement, les joies du « chez soi » ne sont pas les mêmes pour tous, et donc un « restez chez vous » potentiellement asséné depuis une terrasse en teck leur reste un peu en travers, ce que l’on comprendra aisément.

Voilà pourquoi, je crois, ce hashtag est à chier.

Attention, je ne suis pas en train de vous dire d’aller batifoler dans les rues. Je suis en train de dire que les termes qu’on choisit, que la posture qu’on adopte, ont leur importance. Qui est le capitaine qui d’un mot fait se relever des troupes exsangues ? Qui réussit à faire s’élever du champ de bataille cette clameur qui porte la victoire ? Eh bien c’est le gars qui crie « Allons-y, mes amis ! » et qui se jette le premier vers les lignes ennemies. Pas le connard qui dit « Allez-y, mes braves ».

#RestonsConfinés #OnVaEnChierMaisEnsemble #PutainCestChaudMaisOnVaYArriver #LetsStayHome #YesWeCan #LetsDoIt

PS : ouais, je suis tout à fait consciente que la nature quelque peu agressive de ce post puisse être, elle aussi, contre-productive. Mais je m’en fous, chuis pas sur twitter moi, et je ne révolutionne pas le monde avec des hashtags.

La guerre encore, toujours, partout

Quand j’ai récupéré mon fils ce matin là, l’ennemi avait déjà gagné du terrain. Je le savais, chaque minute qui passait voyait la vermine progresser, menée par de jeunes officiers assoiffés de sang.

J’ai alors rassemblé mes forces et mes troupes. Nous avons à notre tour été sans pitié, ratissant le moindre cm2. Nous agissions avec méthode et détermination, ne laissant aucune chance à ceux que nous faisions prisonniers : d’abord l’électrocution – notre cher Président ayant considérablement augmenté le budget de la Défense, nous disposions d’engins issus de la plus haute technologie – puis la noyade. Au bout de quelques heures, des centaines de cadavres flottaient à la surface de réservoir qui jouxtait le champ de bataille.

Nous étions épuisés, mais galvanisés par la victoire qui, rougeoyante, se profilait à l’horizon. De glorieux chants de guerre emplirent nos poumons lorsque la dernière des vermines fut écrasée.

Fourbus mais rayonnants, nous bivouaquâmes non loin de notre cimetière aquatique. Ivres de joie, nous trinquions à l’avenir, aux galons des uns, aux médailles des autres, quand soudain se dressèrent devant nous quelques silhouettes, pâles et terrifiantes. Ah les enflures, ah les raclures… Jusqu’alors dissimulées sous les herbes hautes et drues, elle s’apprêtaient à nous occire.

Nous avions tout donné, les forces désormais nous manquaient pour le corps à corps final qui finirait, à n’en pas douter, par nous anéantir. Je n’avais plus le choix. Je m’emparai de la tondeuse, et appuyai sur le bouton rouge. Vermines et herbe hautes volèrent en tous sens. Ce fut un carnage, que je ne pus maîtriser. Voilà pourquoi je ne m’étais jamais résolue, lors de mes faits d’arme précédents, à faire usage de l’Arme Ultime. Je savais que les dommages collatéraux seraient terribles. Mais quelque chose, cette fois, avait cédé en moi. J’avais pété les plombs.

A présent mon fils ressemble à une tondue d’après-guerre et moi je chiale-ris nerveusement.

Et le pire, c’est que je crois que la vermine a réussi à ramper jusqu’à moi. Elle est sur ma tête, elle est dans ma tête, CONFINEZ-MOI!!!

 

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La fleur au fusil

Nous étions pleines d’allant quand tout a commencé (oui à présent nous sommes plusieurs, moi-même confinée dans mon 42m2, et toutes les autres confinées dans ma tête). Force ! Courage ! Patience ! Nous allions le tenir comme des battantes, ce siège. Nous allions « lire, écrire, ranger, méditer, abdos-fessiers ».

Cinq jours ont passé, et seule celle qui était chargée de nous faire revenir à la sécularité super-galbées s’est un peu bougée (sauf le jour où elle a passé la journée à se traîner, et celui où elle a enchaîné trois pauvres chien-tête-en-bas et deux guerrier-numéro-2 devant son écran illuminé).

Oh, on n’a pas ABSOLUMENT rien fichu non plus…

On a écouté Tich Nacht Han nous dire sous la douche des choses fortes comme « Nous marchons tous sur la Terre, mais certains marchent en esclaves » dans Soyez libre à où vous êtes, et on a été emballées. On a donc essayé de se sentir libres, grâce à l’arme atomique du grand maître vietnamien qu’est la pleine conscience, en mastiquant consciencieusement notre quinoa & curry (oui, scandale ! provocation ! hérésie ! Que voulez-vous il n’y avait plus de basmati…). On a essayé oui, mais ça n’a pas très bien fonctionné.

Sous la douche on a aussi chanté-beuglé-pleuré.

On a tenté de travailler et on a échoué.

On a médité. Une fois.

On s’est mis du rouge aux pieds, ce qu’on ne fait jamais, ça a donc bien bavé de tous côtés.

On a derviche-tourné dans le salon, on a applaudi au balcon.

On a un peu ri, un peu flippé, pas mal fumé, pas mal picolé.

On a aussi beaucoup pleuré, parce qu’on est confinées mais aussi d’amour chagrinées. Ce qui fait beaucoup, même (surtout ?) pour plusieurs personnes dans une même tête.

Mais globalement, on a surtout glandé, hébétées.

On n’est pas super contentes de nous-mêmes, faut avouer.

En même temps on se dit qu’on pourrait peut-être, aussi, se foutre un peu la paix…

Jour 1 – Danser dans les rues désertées

Comme nous sommes paraît-il en temps de guerre, j’ai installé mon QG sur l’îlot central de mon 42m2 qu’est mon lit. Deux ordis – un pour le travail, un pour le reste de ma vie – deux carnets, un stylo, un livre. J’étais prête pour le siège.

J’ai télétravaillé par intermittence, passé beaucoup de temps au téléphone, passé beaucoup de temps à enregistrer les liens vers les milliers de films, de podcatsts, d’expos, de séances de yoga, de livres audio qui allaient me permettre de tenir (honnêtement, on n’aura pas assez d’une vie en confinement pour en venir à bout).

Et puis je suis allée m’agiter sur l’escalier en bas de chez moi.

(Voilà deux ans que je me plains de ne plus assez me bouger les fesses – pas le temps, trop loin, trop cher, trop contraignant. Deux ans que ce chouette escalier m’attendait en bas de chez moi…).

Il y avait du bleu au-dessus de ma tête, il y avait des fleurs et elles sentaient bon, je me suis sentie heureuse, à nouveau.

Et puis j’ai dansé dans la rue désertée – tout est tellement bizarre en ce moment, un peu de folie en plus ou en moins… Je crois que j’ai diverti à un couple au loin à son balcon – si vous voyez la vidéo d’une folle en train de danser seule dans une rue désertée, vous saurez.

J’ai entendu les oiseaux s’exciter parce que le soleil se couchait, j’ai vu les lampadaires clignoter, et je me suis imaginé que Paris essayait de me parler. En morse, ça donnait quelque chose comme fluctuat nec mergitur, je crois.

C’était doux, c’était bon.

Je suis rentrée, et j’ai continué à danser.

Je voudrais dire à notre Président que quoi qu’il arrive il ne faudra pas nous empêcher d’aller suer sur des escaliers ni danser dans des rues désertées. On ira seuls, promis. On s’écartera même du chien du voisin, juré. On se récurera à l’alcool à 90°C après, craché (heu non, pas celui-là).

Mais ça, faudra nous le laisser. Sans quoi après risquera d’y avoir pénurie de lits en HP.