Summer of life

Bien sûr il y a ces quelques cheveux blancs qui doucement mais sûrement, poussent, et puis ces petites nervures que tes sourires creusent autour de tes yeux. La différence de densité de l’écorce, delta si cher à l’industrie cosmétique.

Mais à part ça, franchement ça va… Ca va même plutôt bien.

Il faudrait leur dire, aux plus jeunes, comme il est bon d’avoir 40 ans.

IMG_2385

Derrière toi, l ‘impuissance de l’enfance, quand la qualité du terreau duquel tu tentais d’émerger dépendait de jardiniers pleins de bonne volonté, mais aux pouces plus ou moins verts.  Nord, sud, est, ouest, dans quelle direction pousser, autour de quels tuteurs s’enrouler ? Derrière toi, l’incertitude des jeunes années. Pousser, pousser sans trop avoir le temps d’y penser, ployer, ployer, quand souffle la tempête, perdre des plumes et tenir bon.

Et soudain, te retrouver debout,  racines solidement ancrées, ramure déployée, toutes fleurs dehors. Tu sais. Tu sais quelle eau est bonne pour toi, et quand tu n’en as pas assez, tu sais à quelle profondeur aller en puiser, et tu y vas. Tu sais à quelle heure le soleil sera assez doux pour te réchauffer sans te brûler, tu sais de quel parasites te méfier, tu sais à quels saints de glace te vouer. Tu sais, tu fais.

Tu es toi, tu fais avec toi, tu t’aimes bien, enfin.

La récolte sera bonne les amis, cueillez dès aujourd’hui, le bonheur de la vie.

J’aime

J’aime les gens qui dansent dans le métro

Qui chantent dans les couloirs

Les gens qui s’habillent bizarrement

Les poètes de l’instant.

 

IMG_0978

Et aussi ceux qui dansent en short rose fluo

 

Jour après jour

Rideau. Lever.

Tu allumes ton extension digitale, non parce que t’es accro, mais parce que si la lumière bleue empêche de dormir, elle doit bien aider à se réveiller, tu te dis.

Petit déjeuner avec Nicolas D. Tu préfèrerais Edouard B. mais il faut bien s’informer quand on n’a pas la télé…

Ligne 13. Compressé, le trajet. Tu les a toujours un peu méprisés, les tireurs de tronche du métro. Maintenant t’as juste envie de les prendre dans tes bras. Pour les féliciter de réussir à supporter ça chaque matin chaque soir de chaque semaine de chaque année. Et sans doute aussi, pour te réconforter.

Tu sors de la boite à rouler, pour entrer dans la boite à taffer. Tu poses tes fesses sur un siège à l’ergonomie bien pensée, tu colles tes yeux sur à l’écran, illuminé. C’est parti pour une journée. Tu te lèves, café.

Dix mails, tu t’empêches autant que possible d’écrire des trucs comme « je reviens vers vous asap ». Il te faut quelque chose pour supporter ça. Allez, du chocolat. Tu te lèves, tu te poses sur cette chaise à l’ergonomie bien pensée, qui, tu le sais, va bientôt devoir supporter des fesses engraissées.

D’ailleurs tiens, c’est l’heure d’aller dans la boite à manger.

Des légumes, mon royaume pour des légumes, en prévision des madeleines à l’huile de palme hydrogénée du goûter. Bon, les gens sont gentils. Tu ne devrais pas te plaindre. Tu as un travail, avec des gens gentils. Pense aux petits Syriens. Mais tout de même, plutôt que de la pluie et du beau temps, tu aimerais bien les écouter parler de leurs peines et de leurs joies, des instants qui ne finissent pas (Yaourt perso de Youssou N’ D. et Neneh C. NDLR).

Tu te rassois, prête pour tes deux-trois heures quotidiennes de torture. Ne. Pas. Laisser. Faire. Ces. Paupières. Soulever. Ces. Paupières. 2h40 aujourd’hui, tiens.

Réveil/union. Ah ! C’est mieux, on est comme au spectacle. Ici à côté du téléphone spécial conf-call le jeune cadre organisé, là près de la porte le bientôt-retraité blasé, ici la chargée de projet motivée, là le stagiaire éparpillé. Aaaah, les mots clowns, les voilà, on les attendait ceux-là. Copeel, Brife, Line, mes amis. Quand ça commence à partir de sucette il y en a toujours un pour sortir la Méthode à Gilles. Elle fonctionne à tous les coups, celle-là, c’est fort.

Tu te lèves, tu te rassois. Tu te lèves, madeleines. Tu te rassois. Tu es assis. Tu travailles. C’est bien.

Tu te lèves, tu quittes la boite à taffer pour rejoindre la boite à rouler.

Trop fatigué. Pour bouger, pour sortir, pour rire, pour picoler, pour parler, pour danser, pour faire à manger.

Pour le chercher, ton ciel dégagé.

Pas en vie.

Comme disait l’autre : perdre sa vie à la gagner.

La plus petite des boites t’attend, dans pas longtemps. C’est pour bientôt, le rideau.

N’oublie pas.

 

Ashanoir

copyright : Clotchard Crasvat – Anartisanat

Femme

Je rampais à quatre pattes sur la moquette tandis que ma grand mère disait son prêche. Autour de moi les femmes, et l’odeur du santal.

Elles me souriaient, de l’index me faisaient signe de venir jusqu’à elles, saisissaient leur sac, objet de toutes mes convoitises, en ouvraient le fermoir d’un geste sûr et en sortaient un bonbon, mon graal.

De mes samedis après-midi à la mosquée, j’ai surtout gardé le souvenir de ces mystérieux sacs à main. Les femmes, elles avaient des sacs à main, et dieu seul savait ce qu’il y avait dedans.

J’ai eu des sacs à main. J’ai rougi mes culottes, avant ça. J’ai porté des jupes puis des robes après m’être cachée sous des pulls amples, j’ai eu des amoureux, j’ai été concubine puis légitime, j’ai enfanté. Ca y était ? J’étais femme ? Pas vraiment. Contrairement à ceux de toutes ces femmes que petite j’observais avec attention, mon sac à main à moi n’avait rien de mystérieux. Un jour j’allai jusqu’à le vider pour essayer de comprendre. A l’intérieur : deux chéquiers d’âges divers, un papier griffonné, une bonnet et des mitaines, un passeport, un ticket de métro trois-quart, un baume à lèvres, un spasfon, un flacon d’huile essentielle, un bouchon de crème solaire, une Chupa Chups et un paquet de Kleenex. « Ca » ne se passait clairement pas là, il fallait chercher ailleurs. Mais où ?

Autour de moi pourtant on me disait que j’y étais. Ma copine Marie me demandait même d’écrire un texte qui lui permettrait de comprendre pourquoi le mot qui lui venait à l’esprit en me voyant danser était « féminité ». J’ai tenté, re-tenté, re-re-tenté et puis j’ai abandonné. En réalité je ne voyais pas ce qu’elle voulait dire et j’ai donc fini par écrire sur la danse et la liberté…

Et puis un jour, j’ai peint. J’ai choisi un rouge corail : quand tu viens de ces îles où le sable est si blanc, comment faire autrement ? J’ai essayé, pinceau pas trop chargé, je me suis appliquée, langue tirée. Ca a bavé, forcément j’ai débordé. J’ai essuyé, du mieux que j’ai pu, et j’ai recommencé. J’ai laissé poser, j’ai regardé et puis ça m’a frappé.

Ma mère. Elle n’avait jamais fait ça. Elle ne me l’avait jamais dit explicitement mais j’avais cru comprendre que ça relevait soit de la faute de goût, soit du mauvais genre. Ces tracés rouges, elle en faisait la lecture muette et moi je lisais sur ses lèvres, sans qu’elle prononce le moindre mot : « V.U.L.G.A.R.I.T.E ». Qui rimait, je m’en suis fait la remarque plus tard, avec « O.B.S.C.EN.I.T.E ».

Plus tard donc, en d’autres lieux, c’étaient d’autres lettres que les pinceaux rouges de mes amies traçaient sous mes yeux. Je n’en déchiffrai pas encore le sens, mais c’était net et troublant à la fois. Je trouvai le dessin beau, mais « ça » n’était pas pour moi.

Jusqu’à ce soir où j’ai vu s’animer devant moi des mains qui ne me semblaient pas être les miennes, les mains d’une femme, aux ongles peints.

#Bientot40pigesputain#NeverTooLate#Botteedecouvrelavie

Ta sortie du samedi: Ambivalences de Justine Darmon

JustineDarmon#Projet Ambivalences#LégendeErosetPsyche#Photo 3sur9(1)

Tu entres et tu regardes, comme par le trou d’une serrure. Un homme, seul, une femme, seule, et puis des couples. Tu avances, au pas, non pas parce qu’il y a devant toi un touriste qui se prend en selfie devant la Joconde mais parce que ces corps nus t’hypnotisent. Tu pourrais rester devant chacun d’entre eux pendant des heures, te perdre dans la courbe de cette épaule, dans le demi-jour de cette chambre noire. Tu pourrais les regarder pendant des heures oui, comme on regarde l’être aimé, tu sais.

Tu as chaud, puis tu as froid, tu as le coeur qui bat. Et puis tu apprends leurs noms. Il y a là Perséphone, Pan, Hermaphrodite et Salmacis, Médée, Orphée, Atlas, Hadès, Ariane, Eros et Psyché. Beautés masquées, beautés yeux bandés, beautés divines. Mais ils sont terriblement humains, les dieux de l’Olympe. Une hanche parfaite devient anguleuse là, une peau lisse et ferme ici soudain craquèle. A la perfection d’un buste antique succède une paire de seins divergents, grandeur céleste et fragilité terrestre.

Tes tripes palpitent devant la force de la vie comme devant celle de l’art. Ils semblent si seuls, les sujets de Justine… Solitude voulue, corps déployé, solitude subie, position foetale. Mais seuls.

Les larmes sur une rive, l’orgasme de l’autre, Justine te laisse forcément au bord de l’un ou de l’autre. Tout change lorsque ses sujets rencontrent leur double platonicien. Force et fureur de l’amour et puis douceur de l’abandon. C’est ça. C’est ce après quoi on court tous, intensité et relâchement. Etre aimé, enveloppé. Ne faire plus qu’un, en être plus fort. Complets, enfin, ne serait-ce que l’espace d’un cliché.

Courez-y, ça se passe jusqu’à demain samedi 27 octobre de 15h à 18h à la Galerie Rouen, 3 rue Pérée, dans le 3e.

Indian voodoo

Je les avais trouvées au milieu d’autres figurines à vendre, par un beau dimanche après-midi de brocante. Elles coûtaient 3 euros chacune, autant dire rien au regard de la valeur qu’elles avaient pris à mes yeux dès le premier coup d’oeil; je les achetai donc sans avoir même à y réfléchir et les baptisai sur le champ. Lui s’appellerait Vikesh, elle serait Vidya.

Vikesh et Vidya

Leurs yeux étaient ourlés de khôl et la guirlande qu’ils tenaient chacun à la main indiquait qu’ils s’apprêtaient à s’unir pour le meilleur et pour le pire. Je leur ai fait une place sur la commode qui me tenait lieu de coiffeuse, entre un miroir et une boite à bijoux.

Ces deux-là portaient sur eux bien plus que quelques centimètres de vêtements traditionnels : l’odeur de l’Inde à la sortie de l’avion, celle de la boite à priser de ma grand-mère, celle du santal dont on me parfumait les poignets quand, petite, j’allais à la mosquée. En les observant je pouvais entendre Nusrat, Mukesh et Lata chanter et mes tantes éclater de rire en VO non sous-titrée devant un chaï fumant.

Deux petites racines posées sur une commode, un morceau d’Inde dans un appartement parisien.

Quelque chose pourtant n’allait pas. J’étais incapable de mettre des mots dessus , mais il y avait en Vikesh et Vidya un je-ne-sais-quoi qui me turlupinait. J’y pensais à chaque fois que je me postais face à eux pour me poudrer le nez, puis je passais à autre chose, mais l’étrange sensation persistait.

Un jour je décidai donc de les détailler millimètre par millimètre pour en avoir le coeur net. 
Vikesh: son turban rose, son tilak, sa petite moustache,  son sherwani et son churidar à broderies dorées, ses babouches… Jusque là tout allait bien. Vidya: ses bracelets aux chevilles, son lehenga choli,  ses yeux ornés de khôl et… BAISSES.

Voilà. C’était donc ça. La tête inclinée, le regard baissé. Devant mes yeux ont alors défilé toutes les mariées en sari rouge et or que j’avais maintes et maintes fois admirées, traversant avec une lenteur toute étudiée la salle réservée aux femmes, une demoiselle d’honneur à leur côté. L’humilité et la modestie bien sur, vertus cardinales au pays de Gandhi. Mais Vikesh, étrangement, n’avait pas les yeux aussi baissés que ceux de Vidya et gardait la tête bien droite. Pourquoi? C’était comme ça. C’était comme ça depuis toujours et partout dans le monde les petites filles indiennes continuaient à regarder avec des étoiles plein les yeux des femmes aux tenues scintillantes, aux mains recouvertes de henné et aux yeux baissés. Ce jour-là j’ai compris pourquoi il m’était si difficile de relever les yeux et la tête, de redresser les épaules.

Que faire? J’ai hésité à bruler mes deux poupées dans le plus pur style vaudou-hausmannien, mais je n’ai pu m’y résigner. Trop peur de jeter le bébé avec l’eau du bain, de voir ma grand-mère, Lata et mes tantes partir en fumée avec les cendres de Vidya. Mes figurines ont finalement déménagé et trônent sur ma cheminée.

Je crois qu’il faut que je continue à les regarder, mais bien en face désormais.

Mes amies, mes soeurs

IMG_8451

Elles sont là quand ça va, elles sont là quand ça va pas.

Elles rappliquent quand t’appelles pas, elles t’en veulent pas quand tu viens pas.

Elles rient quand tu ris, elles pleurent quand tu pleures

Et finissent par te faire marrer, oh hé la morve-au-nez !

Elles ramassent, petites cuillères, l’ éparpillée façon puzzle

La prennent dans leurs bras, lui disent ne t’en fais pas

Ca va aller, je te le jure, je te l’promets

Et tu te dis

C’est peut-être vrai?

Quand plus rien ne te retient elles te prennent par la main

Pour qu’ensemble vous le traversiez, ce putain de gué

Et soyez les plus belles, pour aller danser.

 

Juge et partie

Je me souviens que quand j’étais petite, ma nounou m’avait conseillé de ne jamais me moquer des personnes « différentes » : les trisomiques, les personnes de petite taille ou à mobilité réduite comme on dit aujourd’hui  (en essayant d’utiliser les mots d’avant, je me dis que le politiquement correct a parfois du bon) dont je n’avais pourtant aucune envie de rire…

Il ne fallait pas se moquer donc, sous peine de provoquer le courroux du Barbu tout là-haut qui ne manquerait pas de me punir en me dotant, une fois que je serais en âge de procréer, d’une progéniture aux gènes pareillement défaillants.

Avec le recul je me dis que j’aurais préféré qu’elle me donne un autre conseil : Bottée, tu ne jugeras point ton prochain. Jamais.

Oh, au fur et à mesure que les années ont passé j’ai bien compris, que juger c’était mal. Et en bonne élève que j’étais j’ai déployé des trésors de compréhension, de tolérance et d’empathie envers mes congénères. Ou du moins c’est ce que je me figurais.

En réalité, je ne l’ai réalisé que récemment, je n’étais ouverte et tolérante qu’avec ceux qui ne se rendaient coupables que de péchés véniels, ou encore ceux qui avaient l’air d’être dans une démarche d’amélioration continue, pour parler comme nos amis managers. Pour les autres, regard froid et cœur de pierre.

Et puis la vie m’a bien fait comprendre ce que « ne pas jeter la première pierre » signifiait…

img_4287

Je suis celui-ci, qui sort acheter le pain et ne revient jamais

Je suis celle-là, qui reste enfermée

Je suis le mari volage et la femme rompue, je suis la femme adultère et le mari cocu

Je suis folie de la mère, impuissance de l’enfance

Je suis le vieux lifté et la vieille botoxée

Je suis la playmate nue et la femme voilée

Je suis le suicidé et l’ami éploré

Je suis le bourreau et je suis la victime

Je suis la peur et je suis l’envie,

Je suis la peine et puis la jalousie

Je suis la dépendance, la faiblesse et la lâcheté, je suis l’humanité.

Je ne juge plus personne,

Personne d’autre que moi.

Pourquoi je danse

                                                                                photos Tom Sanslaville

 

Je danse parce que c’est ainsi que je me sens en vie, et seuls ceux qui m’ont vue danser savent qui je suis.

Voilà plus de trois ans que je danse libre. J’ai hâte de pouvoir écrire : « Voilà plus de trois ans que je danse, libre ». Ca viendra, je suis en chemin. La danse, c’est ma liberté, mais aussi le plus bel itinéraire que j’aie trouvé pour y accéder, à cette liberté. Chemin faisant, chemin dansant, je me libère.

Danser qui l’on est… Briser ses propres chaînes, vaincre ses peurs, arrêter un instant de se juger. Et puis rire, et puis pleurer, bondir et virevolter.

Rencontrer des êtres dansants, échanger de corps à corps, de corps à cœur, de cœur à cœur. Avoir le sentiment d’avoir trouvé une seconde famille, un endroit où se réfugier quand le chaos règne intérieur extérieur.

Je ne remercierai jamais assez ma très chère Garance, qui en me faisant découvrir la danse libre m’a offert le plus beau des cadeaux. Aujourd’hui c’est elle qui, tous les mardis, m’enseigne la liberté.

Je ne remercierai jamais assez Lucie, chez qui j’ai esquissé mes premiers pas, et pris petit à petit l’assurance dont j’avais besoin pour danser sur autre chose que du boum-boum.

Je ne remercierai jamais assez ma jolie Marie, qui a pensé et porté Dansez-vous, ce projet qui sait dire mieux que moi pourquoi je danse, et pourquoi ce serait tellement bien qu’on s’y mette tous.

Ce projet, auquel je suis tellement fière d’avoir participé, c’est d’abord un film  réalisé par Tom Sanslaville et produit par Matthieu Bertrand, sur un son de Mr. Viktor qui m’obsède depuis maintenant plusieurs mois.

C’est aussi un très beau livre dans lequel Eugénie Garcia fait danser les photos et les textes (textes libres, haikus, témoignages, interview, analyse…). Onze personnes (dont bibi) y racontent, chacune à sa façon, la force et la beauté de la danse, le lâcher prise qu’elle nécessite et fait advenir tout à la fois. C’est un très beau cadeau de Noël (moi-même je sais) et si l’envie vous prend de passer commande avant mardi 14h, il atterrira sous le sapin en temps et en heure.

Et puis Dansez-vous ce sont aussi de jolies photos que vous pouvez voir chez Cozette (20 avenue de Saint-Ouen, dans le 18e) jusqu’à mi-janvier.

Enfin, n’hésitez pas à suivre le projet sur Facebook et Instagram pour être tenus au courant des mises à jour du site qui est appelé à être enrichi.

Alors, on danse ?

Saloperies de feuilles mortes

Il fut un temps où il faisait beau, je m’en souviens encore. Le soleil brillait, il faisait doux, il faisait bon. Dans la rue les yeux des gens me souriaient. Je pleurais oui, il semblerait que mes joues aient  besoin d’être irriguées quelle que soit la saison, mais il s’agissait alors de larmes au goût de miel qui coulaient quand, passant du souterrain à l’aérien, le métro me révélait par ses fenêtres entrouvertes la vibration particulière des ciels d’été, le frémissement des feuilles de peuplier. « Profite-en, je me disais, ça ne va pas durer ».

Je profitais, donc. Je dansais et je riais, et le temps passait. Les premières feuilles mortes assombrissaient par endroits le vert éclatant du gazon que foulait allègrement ma tribu de cœur, celle des danseurs à ciel ouvert. Qu’importe. Toute à mon ivresse, j’ignorais ces feuilles de mauvais augure. Quand j’y repense, c’est sans doute à ce moment que tout a basculé. J’aurais dû rentrer, m’assurer que j’avais ce qu’il fallait chez moi : des bottes (des bottes, bon sang !), un parapluie, des vêtements chauds… Mais j’ai  continué à virevolter, pieds nus, incapable de m’arrêter.

img_4287A présent me voici transie sous la pluie. Elle coule du ciel et de mes yeux, et semble ne plus vouloir cesser. Je marche en essayant d’éviter les flaques mais j’ai les pieds et le cœur trempés. Ce qui en terme d’humidité n’est pas si mal, quand je repense à cette fois où je suis tombée dans un étang glacé. Œsophage, trachée, l’eau s’est lentement infiltrée, cage thoracique inondée, sur le point d’imploser, boyaux submergés. Point de suspense ici, si j’écris c’est que je m’en suis sortie, mais j’ai compris, ce jour là, la force de cette douleur qui en envoie plus d’un par le fond.

Depuis, chaque jour est consacré à essayer de surnager. Les yeux rivés à l’horizon, j’attends de pouvoir à nouveau fouler la terre ferme. Oh, je ne m’ennuie pas, loin de là. Mon cerveau me tient compagnie, il a de la conversation le bougre. On parle de tout un tas de choses… De vie, d’amour, de mort. De responsabilité, des prisons que l’on se crée, de liberté. Des principes de plaisir et de réalité. De samskaras, de samsara, de nirvana. De courage, de peur, de lâcheté. De dépendance, d’attachement, de non attachement. De la différence entre l’acceptation et la résignation. Du bien-fondé de l’action, ou pas. Des erreurs, et de leurs conséquences…

Je l’aime bien mon cerveau, il sait manier les concepts, mais je le soupçonne de ne pas vouloir que mon bien. Cette habitude qu’il a depuis quelques temps de me tenir éveillée jusqu’aux premières non-lueurs de l’aube automnale par exemple… Ou de me réveiller toutes les heures, certaines nuits, avec la précision et la régularité d’une horloge suisse. Je me demande parfois si lui et moi ne sommes pas entrés dans une relation sado-maso, il semble prendre plaisir à me voir souffrir. Et moi, se pourrait-il que j’aime cette souffrance, se pourrait-il que je m’y complaise ? L’hypothèse me soulève le cœur, il va falloir que j’y réfléchisse davantage. Que j’y réfléchisse ? Mais alors mon cerveau va encore me vider de toute mon énergie, cette énergie dont j’ai besoin pour réussir à surnager. Que faire pour qu’il se taise ? Méditer. J’essaie un peu tous les jours, parfois ça marche, et parfois pas. Alors je cherche autre chose pour réussir à me libérer – au moins pour quelques instants – de ce compagnon un peu trop collant.

J’ai trouvé deux-trois trucs que je te livre comme ça… On ne sait jamais, s’il t’ arrivait toi aussi de dériver en ce magnifique mois de novembre riche en réjouissantes nouvelles.

Les selfies. Mais oui ! L’ennemie jurée des selfies a enfin trouvé une utilité à cette étrange pratique contemporaine. Tu déprimes, tu ne peux plus t’arrêter de pleurer? Prends ton téléphone et prends un selfie. Regarde-le, ça fait un autre effet que de se voir dans un miroir, je te jure. Regarde-le, regarde-toi, vois cette mine défraîchie, ces yeux bouffis. Soudain tu sors de ton cœur, tu sors de ton corps, tu te souviens que tu es un être humain parmi des milliards qui s’affairent, qui pleurent, qui rient, qui meurent sur cette minuscule planète perdue dans l’univers. Et tu souris. A peine, mais quand même.

Les parisiennes à vélo. Je parle des parisiennes parce que je ne connais que ça, ça marche sans doute avec les rennaises et les niçoises hein. Sors. Marche. Observe les gens, chope leur regard. Déjà tu te sentiras un peu moins seul(e). Et puis une parisienne à vélo finira par passer, et tu te souviendras que la vie peut etre belle.

La danse. Je parle de danse parce que je ne connais que ça. Mais n’importe quel sport fera l’affaire, en fait. Sollicite et nourris d’autres muscles que celui qui se cache dans ta boite crânienne. Tu vas produire des hormones qui te feront du bien. #TousDrogués.

La famille, les amis. Ok, toute musique te fait chialer, ok, tu te fiches de ce qu’il y a dans ton assiette, mais arrange toi pour retrouver ceux que tu aimes et qui t’aiment pour un verre, un thé, n’importe quoi. Leur présence, leur écoute, leurs rires t’aideront à te sentir plus léger(e). #LoveIsTheAnswer.

La sagesse des grands sages. Tu n’es ni le premier ni la dernière à traverser une période de merde. Tu sais ce que dit le grand sage, qui a dû en voir (et en bouffer) des vertes et des pas mûres ? This too shall pass. Ca non plus, ça ne va pas durer.