Il est venu le temps…

Avez-vous déjà entendu parler de la courbe du deuil ? Ce sont 5 étapes du deuil (5 stages of grief) que la psychiatre Elisabeth Kübler Ross a observées chez des patients en phase terminale, une courbe qui a depuis été maintes et maintes fois reprise, pour décrire le le processus qui accompagne toute transformation douloureuse.

Chacun la présente un peu à sa sauce, je vais donc la présenter la mienne, parce que je crois que malgré ses limites (tout le monde ne passe pas forcément pas ces étapes, la chronologie n’est pas exactement la même, certaines étapes peuvent se chevaucher…), il me semble qu’elle éclaire très justement notre chemin, en tant qu’individus comme en tant que société.

La voici :

Prenons l’exemple du réchauffement climatique :
1/ CHOC : WTF ?!?
2/ DENI : Nan mais le réchauffement climatique, t’as pas encore compris que c’est un complot mondial, mdr.
3/ COLERE – MARCHANDAGE : « Ecolos enculés ! Laissez nous-kiffer la vibe avec notre steak trankil », ou encore « Allez, on continue encore quelques temps avec la croissance, le PIB comme référence, hein, alleezz ! ».
4/ PEUR « Allôôô SOS éco-anxiété j’écouuute? ».
5/ TRISTESSE – DEPRESSION (ai-je besoin de vous expliquer?).
6/ ACCEPTATION : « Bon ben ça y est, on est dans la merde. C’est la faute de Pierre, Paul et Jacques mais c’est comme ça, faut croire ».
7/ ACTION : « C’est sûr, on va tous crever un jour où l’autre, mais diable, autant crever la tête haute, et essayer de se battre un monde pour un peu viable pour nos vieux jours, pour ceux de Michel Drucker, et pour ceux des gosses non ? ».

Essayez avec ce que vous voulez (la montée de l’Extrême droite au hasard) et vous verrez, ça fonctionne.

Eh bien ce que je voulais vous dire, c’est qu’avec les heures que je passe sur les réseaux sociaux à suivre les Engagé.e.s, de petites antennes m’ont poussé. Et actuellement, ces petites antennes vibrent pour m’indiquer que tout cet écosystème est très exactement là où se trouve la petite flèche rouge avec mon cœur qui fait boum boum au-dessus, sur cette courbe du deuil.

Tout cet écosystème en a assez de l’inertie du système, il en a assez de l’étrange sens des priorités de ceux que le peuple, tout d’abord plein d’espoir puis le cœur rongé de regrets et d’amertume, a pourtant porté au pouvoir. Il en a assez de cette constitution qui n’est plus adaptée, il en a assez des inégalités, il en a assez de voir la Terre brûler, les villages se noyer.

Il a traversé la colère et à présent il l’utilise et la fait exploser en traces post-modernes sur des tournesols vitrifiés. La tristesse est encore un peu là, elle ne le quittera pas, tant a déjà été perdu. Mais il accepte, c’est ainsi, il faut sauver ce qui reste à sauver. Alors il se retrousse les manches, pour changer ce qu’il y a à changer, par son action (changer le réel), par son discours (changer les représentations).

Il est prêt à agir, s’indigner ne suffit plus, il est prêt à jeter ses forces dans la bataille et il n’attend plus qu’un renfort, le plus important, celui sans lequel jamais rien ne bougera : le nôtre.
Il est venu, le temps de nous engager.

Engagement
Def. 6 Fait de prendre parti sur les problèmes politiques ou sociaux par son action et ses discours.
Def. 4 : Introduction d’une troupe dans la bataille.
Def. 13 (philosophie) : Pour les existentialistes, acte par lequel l’individu assume les valeurs qu’il a choisies et donne, grâce à ce libre choix, un sens à son existence.
L’ami Larousse.

Engageons-nous

Je nous revois, la tête dans les mains,  les longs silences accablés succédant aux exclamations d’effroi. Je nous entends, maudire Jupiter de nous avoir précipités dans cette situation cauchemardesque.  Je me souviens avoir pensé que s’il nous y avait précipités, c’est qu’on était tout de même déjà sacrément près du bord.

Mobilisation générale, procurations, aux urnes s’en furent les citoyens effrayés.

Deuxième tour, et ce grand OUF de soulagement, ces cris de joie, ces larmes.

Et puis les vacances, et puis la vacance des postes, et puis tout ce que vous savez, l’ordre l’ordre et encore l’ordre, les belles heures du colonialisme,  l’Etat de droit avec mémé dans les orties (même si on a essayé de relever mémé des orties après l’y avoir poussée en se fendant d’un joli communiqué…) . Et puis tout ce qui est à venir.

Depuis  le premier tour des législatives, la même question me hante. La même que celle qui me hante face à la crise écologique dans laquelle nous entrons rapidement et sûrement : qu’allons-nous faire ?

J’ai noté ces phrases de @yasmina_auburtin dans le fantastique MOOC Imagine 2050, dont je vous reparlerai : « Ce qui fait l’histoire ce sont des processus et des points de bascule, des moments clés où se présente une choix : FAIRE QUELQUE CHOSE OU NE RIEN FAIRE. (…). L’avenir, ce n’est pas ce qui va arriver, c’est ce que nous allons en faire ».

Qu’allons-nous faire, donc ?

Nous ne pouvons plus nous contenter de voter, et de nous laver ensuite les mains en confiant le bébé aux politiques. Notre système politique est déglingué, c’est peu de le dire, et il va mettre du temps à se remettre d’aplomb.

Et 2027, c’est demain.

Oui, nos vies sont déjà beaucoup trop remplies. Mais allons-nous rester là, passifs, à regarder l’histoire, la politique, l’économie et le ciel nous tomber sur la tête? Le monde entier nous envie ce pays dans lequel nous vivons, ce pays « béni des dieux » comme le disait mon indienne de grand-mère. Que faisons-nous pour lui rendre au moins un peu  de tout ce qu’il nous donne ?

Indignez-vous, nous exhortait Stéphane Hessel. Il me semble que nous sommes le pays de l’indignation permanente, et c’est je trouve tout à notre honneur. Continuons à nous indigner, comme nous y encourage @salomesaque.  

Mais il en faut plus, désormais.

Il nous faut nous engager. « Car nous sommes noirs, nous sommes blancs, nous sommes jaunes et ensemble nous sommes de la DYNAMITE ! »

Le club des poètes

Ici, chaque soir, on commande au choix une saucisse-lentilles, un bourguignon-purée ou une tarte aux légumes dont la pâte est rarement assez cuite. On y boit de la bière et du vin, toujours le même. Ici on nourrit son âme avant tout autre chose.

A quelques centaines de mètres de l’Hémicycle, dans une bulle spatio-temporelle dont les poutres apparentes sont envahies de toiles d’araignées, siège une assemblée tout à fait particulière.

On y arrive tôt sous peine de devoir rester debout à l’entrée, on s’y retrouve à table avec des inconnus : « C’est votre première fois ? ».

Son éternel béret vissé sur le crâne, Blaise accueille, serre des mains, prend les commandes, secondé par ses plus fidèles. On y dîne, donc, puis les lumières s’éteignent tandis que s’allument les bougies. Le silence se fait, quelqu’un toque à la porte, Blaise après un coup d’œil irrité à l’œilleton laisse entrer un retardataire qui, penaud, se faufile jusqu’à la première chaise à sa portée.

Et soudain, tout commence. Le monde, sa création, Dieu, l’enfance, l’amour, les combats, les peines, les fleurs fanées, la mort y défilent au rythme des vers de Desnos, Hugo, Baudelaire, Louise Labbé, et Jean-Pierre Rosnay – le père de Blaise et fondateur de ce lieu de poésie, et bien d’autres encore.

Ceux qui les disent, ces vers, sont de tous âges et de tous horizons. Intellectuels, gens d’argent, étudiants, on s’y mélange comme en peu de lieux parisiens, mais ce qu’on ne peut manquer d’y remarquer, c’est cette jeunesse façon nouvelle vague,  filles et garçons suspendus à des pages plutôt qu’à des écrans, qui se suivent sur scène, s’élèvent, s’embrasent.

Maître à scander, Blaise de sa main rythme leurs envolées.

Une pause d’une quinzaine de minutes ponctue les sessions, chacun alors se secoue pour sortir de l’état d’hypnose dans lequel il avait été plongé. On va prendre l’air, se remettre de ses émotions, avant de replonger dans la transe.

Et puis on en repart, soulagé, plus léger, sonné mais libéré, de nouveau en paix avec l’humanité. Car l’on sait, désormais, qu’en certains lieux on peut goûter à la beauté du monde grâce à la pureté des mots. 

13 ans déjà

Je l’attends, à l’aéroport, à côté d’autres parents.
Le voilà, au milieu d’un flot ininterrompu de sweats à capuches.

Il me voit, nos sourires se croisent, il me fait signe qu’il faut continuer tout droit, suivre la prof, et je comprends, je comprends à cet instant, qu’il me faudra l’embrasser avec retenue, ce n’est pas encore le moment, pas maintenant.

Un rapide et discret baiser sur sa joue  « Alors ça va ? C’était bien ? ». Et tandis que nous nous dirigeons vers la sortie, il saisit ma main. Pouces index majeurs entremêlés nous marchons. Et non merci, il ne veut pas que je lui prenne sa valise.

Dans le taxi, il me raconte le voyage, les visites, leur hôte, l’argent de poche envolé entre deux milk-shakes et une session de jeux d’arcades, le concours de paëlla. Puis il se tait, pose sa tête sur mes genoux et épuisé, s’endort, tandis que je lui caresse les cheveux, enfin.

Il est encore petit, mon grand. Il est déjà si grand, mon tout-petit.


“Vos enfants ne sont pas vos enfants.
Ils sont les fils et les filles de l’appel de la Vie à elle-même.
Ils viennent à travers vous mais non de vous.
Et bien qu’ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.

Vous pouvez leur donner votre amour mais non point vos pensées,
Car ils ont leurs propres pensées.
Vous pouvez accueillir leurs corps mais pas leurs âmes,
Car leurs âmes habitent la maison de demain, que vous ne pouvez visiter,
pas même dans vos rêves.
Vous pouvez vous efforcer d’être comme eux,
mais ne tentez pas de les faire comme vous.
Car la vie ne va pas en arrière, ni ne s’attarde avec hier.

Vous êtes les arcs par qui vos enfants, comme des flèches vivantes, sont projetés.
L’Archer voit le but sur le chemin de l’infini, et Il vous tend de Sa puissance
pour que Ses flèches puissent voler vite et loin.
Que votre tension par la main de l’Archer soit pour la joie;
Car de même qu’Il aime la flèche qui vole, Il aime l’arc qui est stable.”

Khalil Gibran

MERCI LES AMIS – CHANTER AVEC ZOÉ

Je n’aurais jamais cru que ça arriverait un jour, mais je chante. En faisant le ménage, je chante, dans le métro, je chante, devant mon ordi, je chante. Pourquoi tant de haine pour l’état normal de déprime dans lequel devraient me mettre les tâches domestiques, la promiscuité de ligne 2 à 9h15, ou encore un powerpoint à préparer ? Parce que je me sens bien. Et je me sens bien parce que je chante.

Et tout ça, c’est grâce à Zoé.

Je l’ai connue voilà plusieurs années à la danse et à chaque fois que je l’y ai croisée j’étais heureuse de la retrouver, elle, ses longs cheveux auburn, son calme et son énergie, toujours présente, jamais envahissante.

Il y a presque un an de cela, alors que j’étais en plein mayday existentiel, je suis tombée sur une annonce Facebook où elle proposait des cours de chant à petits prix pour valider sa dernière formation, j’ai pris mon courage à deux mains, et je l’ai appelée.

Les jours où je me sentais incapable de sortir de chez moi, elle me donnait cours en visio, me rassurant quand je n’arrivais plus qu’à pleurer, gorge trop nouée. Mais généralement je préférais me rendre chez elle, petit appartement bohème en plein quartier bobo. Un joyeux bordel de livres, de plantes, et un piano.

Serpent à sonnettes, j’y ai appris à travailler mon souffle, le mettre à profit, à vrombir des lèvres (pas une mince affaire) et virevolter de vocalise en vocalise. J’y ai chanté façon meuf bourrée ou gros bûcheron à bonnet, ce qui m’a totalement désinhibée. Zoé, avec son piano, sa douceur et son professionnalisme m’accompagnait et jamais je ne me suis sentie mal à l’aise, jamais je n’ai eu honte, moi qui ne savais absolument pas chanter… J’avais quelques petits devoirs d’une séance à l’autre (rien de méchant, s’entraîner à faire des vocalises, réviser les paroles des chansons de mon choix…), et petit à petit, j’ai progressé. Réessayer plus bas, plus haut, plus fort, et enfin, avec les conseils de Zoé, la trouver, ma voix.

Est-ce que je chante moins faux qu’avant ? Je le crois ! Mais surtout, parce que Zoé me l’a appris, je joue désormais comme je veux avec mon souffle pour apaiser mon cœur, je joue avec ma voix mon apaiser mes peurs, je joue avec les vibrations de ma gorge pour apaiser mes trapèzes tétanisés par le stress, la pluie et le froid. Singing’ in the rain, rien de moins que ça. Et croyez-moi ou pas, il y a un mois je me suis inscrite à la chorale du taf… Je n’aurais jamais cru que ça arriverait un jour, mais oui, vraiment, je chante.

Voilà des mois que je voulais écrire un mot pour son livre d’or, c’est enfin chose faite.

Et comme j’aime bien chaque année vous filer pour Noël une idée de cadeau avec un peu d’âme dedans, cette fois je ne peux que vous encourager à offrir, ou à vous offrir, un cours de chant avec Zoé.

Pour plus d’infos : ztabourin@hotmail.com – 06 61 58 98 43

MERCI LES AMIS – LE BON SOPHROLOGUE

Parfois j’ai du malheur, mais dans mon malheur, malgré tout, j’ai de la chance.

Il m’a appelée alors que j’étais en plein bad trip sobre, le midi au sortir de la douche, le genre de bad trip dont tu te dis que tu vas avoir du mal à réchapper (amis overstressés, dépressifs, anxieux, hypersensibles, bonjouuuur).

Je n’arrivais pas à arrêter de pleurer, et comme ça, à distance, il m’a prise en main avec sa voix, m’a indiqué un exercice pour reprendre le contrôle de mes pensées et de mes émotions, et bon sang, ça a été hyper efficace, immédiatement.

Lui c’est Mika, on a en commun une personne qui nous est à chacun très chère et une île natale. Le sourire de Mika rayonne comme le soleil qui baigne cette île. Et sa présence te réchauffe comme l’eau qui baigne cette île.

Or donc, Mika est sophrologue.

Comme le bad trip évoqué plus haut n’est vraiment pas du genre à disparaître définitivement en une intervention téléphonique d’urgence, je n’ai pas tardé à aller le voir à son cabinet.

Un long entretien, puis un scan de mon état, tel que je le perçois. Un diagnostic, paf, dans le mille, et une piste de travail que je n’avais jamais envisagée, malgré tous les bouquins lus, malgré ma formation en massage, malgré les séances de méditation,  les exercices de cohérence cardiaque, malgré toutes les consultations psys possibles et imaginables.

Des exercices ensuite, intension, mouvement, respiration, visualisation, comme autant de baguettes magiques.

Mais de magie il n’y en a point. Il y a juste Mika qui assure tant que les seules pensées qui ont réussi à me parasiter pendant la séance furent « Il faut que lui envoie X pour ses douleurs ! Et Y pour ses insomnies, et Z  pour ses attaques de panique! ».

Juste Mika, son savoir, son savoir-faire, sa voix qui résonne dans ta poitrine et ce soleil dont il te baigne.

J’ai pratiqué avec assiduité les exercices de Mika. Et à présent que ce bad trip est bel et bien derrière moi, je peux affirmer que de tout ce que j’ai pu tenter pour m’en débarrasser, c’est ce qui m’a le plus aidé.

Ah, je ne vous ai pas dit. le nom de famille de Mika c’est Lebon.

Lebon sophrologue, si c’est tout de même pas un peu magique ça, finalement…

Pour prendre rendez-vous (dans le XXe ou à Montreuil), ça se passe ici ou directement au 06 44 95 04 12.

MERCI LES AMIS – CLAIRÉJO

Chez certains de mes amis, tout est beau, et bon, et doux. Jeohan et Claire sont de ceux-là. De ces personnes chez qui on n’a plus qu’une envie en triptyque : se prélasser, contempler, rêvasser. Activités intenses que j’ai pratiquées avec assiduité chaque fois que je me suis rendue chez eux, dans leur maison du bonheur en Picardie.

Après des années passées dans un grand groupe de presse – lui en tant que journaliste, elle, en tant qu’iconographe, les deux tourtereaux décident de voler de leurs propres ailes. Il est un temps question d’ouvrir une épicerie fine – Claire cuisine divinement – mais la confection de mortadelle restant tout de même limitée en termes de créativité et le salon du sandwich et du snack chaud leur ayant provoqué quelques crises d’angoisse, l’idée est vite abandonnée.

Après d’ultimes réflexions ikigaïsques, ils décident finalement d’essayer de vivre de ce qui provoque de la joie chez eux, tout en ayant du sens dans le monde tel qu’il va : la chine, la broderie, la retape, le tout depuis chez eux, au vert.

Dans leur boutique on trouve des couvre-lits restaurés, de vieux canevas bien kitsch rafraîchis et transformés en coussins, sacs, pochettes et autres housses d’ordinateurs, et surtout ces photos de famille anciennes, rendues drôles, poétiques, touchantes par le fil de leurs broderies communes et les fleurs séchées de leur jardin. Les bases de ce « visible mending » ont toutes été chinées, tout est fait main, tout est beau, et bon, et doux, c’est du Claire et Jo pur jus, c’est du Clairéjo.

Voilà à peine quelques mois qu’ils se sont lancés, et déjà telle galerie branchée leur réclame des objets, telle icône de la fashion reposte des photos de leurs créations, le Bon Coin les invite à son Super Market des créateurs de Noël, et on retrouve leurs frimousses dans l’édition de Noël de Marie-Claire déco.

Ça c’est pour le glam. Côté coulisses les chouchous travaillent comme des acharnés : et que ça chine, et que ça lave, et que ça recoud et que ça brode et que ça met en ligne et que ça fait sa com et que ça fait sa compta, hop, une boutique éphémère par-ci, hop, une boutique éphémère par là, ça n’arrête pas.

Entre glam et coulisses une seule vérité : Claire et Jo sont épuisés mais heureux !

Parce que le talent et le courage réunis sont rares, je vous encourage à les encourager. Si vous n’êtes pas encore venus à bout de vos courses de Noël, vous aurez compris que vous trouverez chez eux des cadeaux ayant une vraie et belle histoire.

Vous pouvez aussi leur confier de vieilles photos de famille, ils sauront vous les pimper de poésie, ils sont capables de tout les gredins, y compris de vous rendre nostalgiques du vieil et acariâtre papy Roger.

Où les trouver ?

Dans leur toute nouvelle et très belle boutique, A l’Imparfait (la perfection de ce nom…), où ils proposent leurs merveilles aux côtés de celles d’amies créatrices, 24 rue du Château d’Eau dans le Xe.

Sur leur site https://www.clairejo.com/

Et sur les réseaux sociaux : @clairejo.clairejo

MERCI LES AMIS – LA GRAPHISTE

– Marine –

C’était notre graphiste alternante, à la dircom où j’officie, dans une boite sérieuse, avec des tâches sérieuses dont je la voyais s’acquitter avec sérieux, mais avec un pincement au cœur. Mon cœur qui saignait abondamment, je dois l’avouer, quand je lui commandais des logos avec de mignonnes locomotives dessus, alors que les murs autour d’elle étaient recouverts de magnifiques collages, fenêtres de poésie en milieu tertiaire.

J’ai tout de suite pensé qu’elle ressemblait à Laura Dern (vous savez, la Lula de Sailor and Lula), et j’ai évidemment noté son élégance intemporelle.

On a très vite parlé féminisme et chanteuses existentielles à paillettes, d’ailleurs on n’a toujours pas fait cette soirée « Régine meets Dalida » qu’on avait prévue, un peu avant de se prendre le virus dans la face.

J’aime beaucoup Marine.

Elle s’en va, elle va me manquer. Elle a terminé son alternance, a soutenu avec brio son mémoire de master en DA design graphique sur la place des femmes dans l’histoire de l’art du collage, elle l’a intitulé « Recoller les morceaux » et c’est dense, et riche, et beau.

Ah et entre les deux elle a juste remporté le grand prix de la biennale internationale de l’affiche de Varsovie, un rendez-vous totalement inconnu de moi jusqu’alors mais dont le Centre Pompidou affirme qu’il est «  la présentation mondiale la plus prestigieuse des affiches, [qui] réunit des pointures du graphisme, du dessin et de l’affiche ». Blam, elle se pose là, Marine.

Vous cherchez un ou une designer graphique / DA junior ?

Ça tombe bien, elle cherche un poste de designer graphique / DA junior.

Jetez un œil à son portofolio et appelez-là de ma part, et sinon, faites circuler !

Sunny

Pendant trois ans on a échangé des amabilités de palier.

Quelquefois elle m’a dépannée, d’un tire-bouchon par-ci, d’un ouvre-boite par là, D’autres fois elle m’a proposé de récupérer de vieux effets, un vase, une BD, un costume d’Halloween élimé.
Le jour où, confinée, j’ai dansé-décompensé en veste à paillettes sur mon balcon, à fond le son, elle s’est penchée souriante au sien et de la main m’a saluée.

Et puis un soir que je l’ai croisée les yeux mouillés, sa boutique fermée, sa vie parisienne à l’arrêt, alors je l’ai invitée.  Elle est arrivée avec ses Vogue et ses tomates cerises et on a aimé papoter, se raconter notre quartier – comme on l’aimait ! Et notre ville – comme elle nous manquait !

Ce soir c’est elle qui m’invitait.

C’est un appartement un peu défraîchi, il porte encore la trace des fêtes et un père Noël sur une pression du doigt vous y danse le twerk.

La cuisine est au fond de la chambre mais elle s’en fiche, parce qu’enfin, qu’est-ce qui compte plus dans la vie que ce qu’on fait dans une cuisine et dans un lit?

C’est la deuxième fois qu’on se voit vraiment et elle m’appelle chérie, elle me sert en vin, en cigarettes, et en anecdotes de folles soirées passées à danser au Baron, au Queen, au Pousse-au-Crime : Prince surgissant pour souffler ses bougies, Cassel période Mesrine l’envisageant sérieusement, Joey Starr lui refusant un baise-main… Elle me raconte la beauté de la nuit et moi je répète « OUI ! Mais OUI !!! ».

Je crois bien qu’elle s’est dit que je serais son amie quand je lui ai avoué que moi aussi, j’aimais partir seule fendre les foules dansantes, à l’époque où cela était encore permis. « Il faudra absolument que je t’emmène ici, et là aussi, quand on sera de nouveau libres, ça te plaira tu verras », rigole Sunny.

Bon, depuis peut-être quatre ans elle a un peu ralenti, cinq heures du matin elle y arrive moins… Mais elle continue à aimer sa vie, elle descend boire une coupe, elle reste là, à regarder les gens, à parler aux gens, et elle se sent heureuse.

Les gens lui manquent. Le contact lui manque. Il y a bien cette appli, elle y a fait des rencontres oui, mais c’est pas pareil que dans la vraie vie.

Elle évoque son grand amour, quinze années folles,  « Mais qu’est-ce que j’ai ri ! ». Il est parti tôt, ses nuits à lui s’écoulent plus paisiblement que les siennes, elle n’est jamais allée lui rendre visite au cimetière Montmartre, elle savait que si elle s’y rendait une fois une seule, plus jamais elle ne pourrait le quitter. Depuis elle combat la solitude et les p’tits amoureux, eh bien, sont généralement de bonne compagnie, hors pandémie. Elle les veut « hommes » : grands, costauds, la voix grave. « Le problème c’est que les autres, je les écrase comme des petits suisses moi ! ».

Elle ne comprend pas cette peur partout, tout le temps, et refuse de porter de masque dans la rue : « Je suis sûre qu’il y a plein de gens ravis de voir le visage d’une belle femme plutôt qu’un bout de tissu ». « Ben oui, je lui dis, j’en fais partie ». Elle voudrait organiser des dîners, mais plus personne n’ose bouger, et se désole de ne plus pouvoir se faire jolie. « Je sors faire mes courses en leggings, c’est une catastrophe », se lamente-t-elle. Elle voudrait revivre, et voir revivre Paris, ses conversations qui se nouent d’une table à l’autre, ses rencontres improbables, sa douce folie. Elle rêve d’inconnu, elle rêve d’imprévu.

Elle a 61 ans Sunny, c’est la deuxième fois qu’on se voit, et je l’aime déjà.

Fatum

Servile vermine tu envahis le monde et je te vomis
Tu souilles l’air libre de ta foultitude masquée, je te conchie
Mon pauvre pauvre troupeau apeuré
Fuis donc, il n’est nul lieu où te cacher
Où que tu ailles, je saurai te trouver
Cours, cours donc, et crève.

À chaque seconde qui passe je te vois moins vivant
Chaque minute plus vieux, chaque minute plus vil, chaque minute plus veule
Qu’elle est vaine, ta pauvre volonté
Car tu veux vivre, pauvre imbécile !

Et pourtant tu mourras, parce que je le veux
Et tes chairs putrides seront bien plus belles
Que ne l’auront été tes plus belles années
Car elles nourriront les vers, elles nourriront la vie
Elles me nourriront moi, qui n’ai que faire de toi.