Nos enfants ont étouffé dans leurs classes. Nos cours d’eau s’assèchent, nos forêts brûlent, il y a des malaises, il y a des morts, humains, animaux, tous y passent. Dans les services sans clim’ de nos hôpitaux, malades et soignants suffoquent de concert.
Puisqu’en ce moment je fais partie de la catégorie « malades », laissez moi vous conter mes riantes aventures en temps de canicule.
Je suis traitée à Curie pour mon cancer du sein et dieu merci, l’Institut est climatisé. Je vis dans au 1er étage d’un appartement parisien et, en fermant les volets, j’arrive dieu merci à maintenir chez moi une température de 28°C quand il fait 33-34 dehors.
Mais je suis sensée marcher le plus possible, pour renforcer l’efficacité de ma chimiothérapie, en atténuer les effets secondaires, et diminuer le risque de récidive. Le problème, c’est je défaille dès que je mets de pied dehors… Un peu ennuyeux, n’est-ce pas… Sans compter que cette chaleur augmente ma fatigue et mes risques de déshydratation, et éprouve encore davantage mon cœur fragilisé.
La dernière fois que le thermomètre est monté à 40°C à Paris, je me suis réveillée très tôt le matin – chose qui ne m’arrive que lorsque mon système nerveux est en panique – et mon instinct de survie m’a crié : « Pars. MAINTENANT. ». J’ai regardé l’évolution des températures sur plusieurs jours et j’ai pris un billet de train pour Cherbourg.
Mais si j’ai la possibilité d’ainsi sauver ma peau, c’est très très loin d’être le cas de tous les malades de France. Et ça, ça me rend dingue.
Ce qu’il faudrait, on le sait, c’est végétaliser nos villes, changer nos normes (coucou les architectes de bâtiments de France), mettre des volets partout, climatiser les lieux qui accueillent nos plus fragiles, concevoir nos constructions nouvelles en y travaillant davantage la circulation de l’air.
Ce qu’il faudrait, surtout, c’est que nos politiques prennent ENFIN les mesures dont nous avons besoin pour rester dans les limites acceptables du réchauffement climatique. On ne devrait pas avoir à dire « dieu merci je suis à l’abri ». Le pauvre vieux n’a rien à voir là-dedans, la politique a tout à y voir.
Or, pour que nos politiques prennent bien la mesure des conséquences de leur criminelle impréparation et que nous, personnes impactées par le changement climatique, puissions faire entendre nos voix pour les pousser à changer de braquet, un compteur citoyen est lancé sur le site se compter pour peser.Directement ou indirectement touché.e.s par cette chaleur apocalyptique, déclarons-nous!
J’ai Moins de 8 ans Je suis assise Sur des marches d’escalier Je porte Une jupe blanche. Ma mère Visiblement très gênée Me demande de resserrer les jambes Un oncle est là L’homme le plus inoffensif du monde Je le sais, elle le sait Mais c’est un homme Et une fillette Ne garde pas ses jambes ouvertes Devant un homme.
J’ai 10 ans, dans le cour de récré, Rémi soulève ma jupe Je l’attrape par les poignets Je le fais tournoyer Puis le lâche aux quatre vents Et le vois s’écraser, contre le gravier A l’infirmerie, Rémi.
11 ans, je prends le métro seule, comme une grande Un homme me demande son chemin en anglais Toute fière je lui réponds En anglais L’homme me remercie Et me demande si je veux l’accompagner manger une glace J’ai 11 ans Mais je sais Que tous les enfants feraient mieux De ne jamais suivre les messieurs Qui proposent des bonbons et des glaces. Mon cœur de 11 ans bat la chamade Je dis non merci Et je saute hors de la rame, Dieu merci.
12 ans, premières règles. Je saigne, c’est normal, ça veut dire que je deviens une femme Ca veut dire Que je suis en âge de procréer. Mais il faut cacher Les serviettes, propres ou de sang souillées Etre discrète, pudique C’est une sale affaire de femmes De femmes seules.
J’ai 12 ans Et des seins. D’horribles messieurs, De 40-50-60 ans M’envisagent goulûment Et j’ai comme la nausée
J’ai 12 ans Et des seins. Frédéric, le petit gros pianiste prodige satyre précoce de ma classe Les fixe de façon répugnante Une blague salace sort de sa bouche Balayette Frédéric ne recommencera plus.
J’ai 13-14 ans Un cousin éloigné Fort pieux – lit le coran de façon admirable – Me fait du pied sous la table. Je retire mon pied.
Plus tard, à l’adolescence. Depuis ma chambre à barreaux rose Je pense à mes ami.es expats, malgaches, Qui ont le droit de sortir, de danser Je pense aux jeunes hommes de ma « communauté ». Qui ont le droit de sortir, de danser Et en profitent pour payer des prostituées. Ils peuvent enchaîner les conquêtes, les aventures, les histoires, nous il nous faut être sages, garder notre « réputation ». Depuis ma chambre à barreaux rose Je veux juste sortir, danser.
Aux grands déjeuners familiaux en campagne malgache Les hommes d’un côté De la table Les femmes de l’autre D’un côté ça parle business et politique De l’autre recettes et cancans. Je préfèrerais la politique et le business, je me dis.
18 ans Je marche, rue piétonne Un piéton De toute la largeur de sa grosse main dégueulasse M’empaume la fesse Moi figée, lui s’en va, hilare. Interminables secondes Puis le feu me monte aux joues Je voudrais Lui courir après Le secouer Lui hurler dessus Il est trop tard L’homme est loin. Je n’ai plus jamais marché insouciante Je marche tête haute Poings et mâchoires serrés Les yeux qui disent Me fait pas chier. Et plus aucun gros dégueulasse Ne vient me faire chier.
J’ai 26 ans, je rentre chez moi Il est 23h, peut-être minuit Pour la première fois De ma vie Je me sens suivie Oui. Un homme me suit J’ai peur, pour la première fois peur comme ça. Heureusement il y a deux entrées pour mon immeuble Je m’engouffre dans le passage sous la tour Je cavalcade les escaliers Le bip, la porte, sauvée. J’aurai peur, pendant quelques jours De recroiser le rôdeur de la tour.
33 ans, mère, mariée, Je m’auto-moule dans le moule De celle qui travaille « moins » Bébé, ménage, cuisine, Chaussettes et caleçons abandonnés Au pied du panier.
46 ans, je vous raconte la longue naissance d’un féminisme.
On a tous nos petites habitudes en termes de vœux pour la nouvelle année.
Il y a celles et ceux qui font simple, avec un bref et efficace « Bonne année ».
Il y a les désabusé.e.s, les désenchanté.e.s, les désespéré.e.s de l’époque qui n’arrivent même plus à formuler de vœux, sauf à chuchoter « ben bon courage à nous tous, hein ».
Et il y a ceux qui personnalisent un peu plus en souhaitant ce qu’ils souhaitent qu’on leur souhaite (vous l’avez ?).
Je suis de celles et ceux-là, et donc dans mes vœux il y a généralement les mots « douceur » et « joie » (« santé » étant le vœu informulé mais implicite, la base en somme).
Cette année ne déroge pas à la règle, et ce que je nous souhaite, donc, c’est une année combative. Parce que j’ai testé cet état d’esprit particulier et que, je vous le jure sur ma tête d’écoanxieuse et désormais d’angoissée politique, il fait beaucoup de bien face à ce fichu sentiment d’impuissance et de découragement dont je vous parle sans arrêt, qui s’est emparé de nous toutes et tous. Parce que, que nous le voulions ou non, une bataille idéologique et culturelle (https://www.humanite.fr/politique/bien-commun/projet-pericles-le-document-qui-dit-tout-du-plan-de-pierre-edouard-sterin-pour-installer-le-rn-au-pouvoir) a commencé, dont nous ressortirons dramatiquement perdants si nous ne faisons rien de toute cette énergie combative qui sommeille en nous, que nous en soyons conscient.e.s ou non.
Et pour commencer en beauté, je vous souhaite de lire et faire tourner Résister de Salomé Saqué. Cinq euros dans toutes les bonnes librairies, ça n’est pas cher payé pour un état des lieux clair et concis, chiffré, sourcé, un élan, un espoir et des pistes pas si compliquées à mettre en œuvre. S’informer, informer ses proches, apprendre à écouter, à débattre calmement, soutenir la diversité des medias, créer ou recréer du lien, s’engager dans le monde associatif, user de sa créativité. A cela j’ajouterais tout simplement, pour celles et ceux qui se disent qu’ils n’ont le temps pour rien de tout cela : signer des pétitions. On peut avoir l’impression que ça ne sert à rien, mais en tant que communicante ayant accompagné ce que j’appelle le Lobbying des Gentils (ferroviaire mon amour) , je vous garantis que cela peut avoir un réel impact (https://archives.qqf.fr/article/clic-pour-changer-monde).
Salomé Saqué a écrit en quelques mois et un peu plus de 100 pages ce que je voulais vous raconter dans une série de posts à paraître tout au long de l’année 2025. Et elle l’a sans doute fait de façon beaucoup plus approfondie et efficace. Ce serait dommage de s’en priver !
Bonne lecture et bonne année combative, donc, mes très chers amis.
Le monde ne sera pas détruit pas ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire. Albert Einstein.
C’est un néologisme, créé par Jean Anthelme (oui oui) Brillat-Savarin, qui apparaît dans sa Physiologie du goût (1825) pour désigner « le plaisir de vivre ensemble, de chercher des équilibres nécessaires à établir une bonne communication, un échange sincèrement amical autour d’une table. La convivialité correspond au processus par lequel on développe et assume son rôle de convive, ceci s’associant toujours au partage alimentaire, se superposant à la commensalité[1]. » (Jean-Pierre Corbeau, merci Wiki).
Comment, ce Noël-ci, allons échanger, comment allons-nous communiquer ?
En essayant d’asséner nos vérités ici et là ?
Certainement pas, on voit ce que ça donne dans les débats politiques et sur les réseaux sociaux, très peu pour nous merci.
Non, ce qu’on va faire, c’est écouter, vraiment. Qui es-tu, toi, raconte-moi ? Pourquoi as-tu peur? Pourquoi es-tu en colère ? Oui je comprends, moi aussi j’ai peur, mais plutôt de ceci ou de cela… Et toi, raconte-nous, enseigne-nous, comment fais-tu pour être toujours plein.e de joie ? Comment ça va?
Si nécessaire, on aura nos antisèches remplies d’argumentaires solides, raisonnés, mais ce qu’on va tenter, cette fois et toutes les fois suivantes, c’est de faire appel à ce qui nous lie, à ce qui fait de nous une communauté humaine, au Destin Commun.
Parce que c’est ainsi et seulement ainsi qu’adviendra ce #nouveaumonde que nous voulons créer.
Joyeux Noël, mes amis.
[1] la commensalité désignant le compagnonnage de table, NDLR MDR.
Il existe une théorie selon laquelle les Couche-Tard seraient les descendants des « Night Watchers », ces vigies qui du temps où la vie était bien plus hostile, veillaient sur les Endormis.
« La nuit c’est fait pour dormir. Il n’y a que les gens bizarres qui sortent la nuit », m’a dit un jour mon père. Et dans sa voix j’ai entendu la peur, la peur de l’Obscurité et de ce qu’on peut y trouver.
La Nuit, pourtant, est pleine de Lumière. Les Nights-Watchers s’y regroupent en micro-tribus modernes, pour célébrer de très anciens rituels. Les SoUrciers en sont les guides, qui à l’aide de tams-tams électroniques portent lentement mais sûrement leurs troupes vers la transcenDanse. Rivés vers la Caisse-Son, les visages en brillent-illuminés.
Il y a là de la chair, il y a des os, il y a du muscle et des âmes, les Night-Watchers entretiennent les braises de la Physicalité, tandis que les Endormis vont se désincarnant, chaque Jour-Ecran un peu plus.
Il y a là les Sensitifs, les Sensibles, les Fleurs de Peau et quelques Grands-Brülés-de-la-Vie, ils parlent d’Amour , d’Attention(s) et de Soin, ils parlent de Partage et de Tolérance, ils parlent de Curiosité et d’Ouverture, ils rient, ils dansent et se prennent dans les bras.
Ils sont les Gardiens de la Lumière-de-Nuit, tandis que petit à petit le Jour cède, gagné par le Lucre et la Peur.
Je nous revois, la tête dans les mains, les longs silences accablés succédant aux exclamations d’effroi. Je nous entends, maudire Jupiter de nous avoir précipités dans cette situation cauchemardesque. Je me souviens avoir pensé que s’il nous y avait précipités, c’est qu’on était tout de même déjà sacrément près du bord.
Mobilisation générale, procurations, aux urnes s’en furent les citoyens effrayés.
Deuxième tour, et ce grand OUF de soulagement, ces cris de joie, ces larmes.
Et puis les vacances, et puis la vacance des postes, et puis tout ce que vous savez, l’ordre l’ordre et encore l’ordre, les belles heures du colonialisme, l’Etat de droit avec mémé dans les orties (même si on a essayé de relever mémé des orties après l’y avoir poussée en se fendant d’un joli communiqué…) . Et puis tout ce qui est à venir.
Depuis le premier tour des législatives, la même question me hante. La même que celle qui me hante face à la crise écologique dans laquelle nous entrons rapidement et sûrement : qu’allons-nous faire ?
J’ai noté ces phrases de @yasmina_auburtin dans le fantastique MOOC Imagine 2050, dont je vous reparlerai : « Ce qui fait l’histoire ce sont des processus et des points de bascule, des moments clés où se présente une choix : FAIRE QUELQUE CHOSE OU NE RIEN FAIRE. (…). L’avenir, ce n’est pas ce qui va arriver, c’est ce que nous allons en faire ».
Qu’allons-nous faire, donc ?
Nous ne pouvons plus nous contenter de voter, et de nous laver ensuite les mains en confiant le bébé aux politiques. Notre système politique est déglingué, c’est peu de le dire, et il va mettre du temps à se remettre d’aplomb.
Et 2027, c’est demain.
Oui, nos vies sont déjà beaucoup trop remplies. Mais allons-nous rester là, passifs, à regarder l’histoire, la politique, l’économie et le ciel nous tomber sur la tête? Le monde entier nous envie ce pays dans lequel nous vivons, ce pays « béni des dieux » comme le disait mon indienne de grand-mère. Que faisons-nous pour lui rendre au moins un peu de tout ce qu’il nous donne ?
Indignez-vous, nous exhortait Stéphane Hessel. Il me semble que nous sommes le pays de l’indignation permanente, et c’est je trouve tout à notre honneur. Continuons à nous indigner, comme nous y encourage @salomesaque.
Mais il en faut plus, désormais.
Il nous faut nous engager. « Car nous sommes noirs, nous sommes blancs, nous sommes jaunes et ensemble nous sommes de la DYNAMITE ! »
Il était posté là, entre l’étal du marchand de quatre saisons et celui du fromager. Nos regards se sont croisés. « Vous en voulez ? » ? J’ai pesé le pour et le contre, soupesé les risques et les bénéfices, tout ça en une seconde. Et j’ai acquiescé. Je n’en pouvais plus, il m’en fallait. Il m’a fait signe de le suivre, et m’a menée jusqu’à la contre-allée où il était garé. Un coup d’œil à droite, un autre à gauche, la marchandise était déballée. J’y ai plongé le nez. Du bon matos, assurément, le genre à vous faire partir en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Dieu merci j’avais du cash sur moi. Je lui ai tendu les billets, on s’est souhaité bon courage, et je suis partie, prenant l’air de celle qui n’avait rien à se reprocher.
Aujourd’hui j’ai acheté des fleurs de contrebande. Elles sont dans un vase sur ma cheminée, ça embaume l’illégalité .
Sortir. Lever les yeux vers la lumière. Regarder frémir les marronniers en fleurs, écouter les oiseaux chanter. Se sentir vivante. Et puis passer devant toutes ces devantures fermées, croiser tous ces fantômes masqués, sentir son cœur se serrer.
Je suis vivante mais Paris ma ville est comme morte.
Mon heure de liberté conditionnelle écoulée, je remonte les escaliers. Ce sont les jolis escaliers de Montmartre, la Butte est belle même quand tout va mal. A mi-chemin des marches, une micro-terrasse, sans aucun doute l’atout charme du studio sombre et exigu qui y donne accès. Il y a là des plantes, une table de bistrot sur laquelle sont posées deux bières et un morceau de saucisson, quelques loupiottes multicolores, deux amoureux, et Bourvil qui chante doucement Le Petit Bal Perdu. Ils ont 20 ans en 2020, et dansent, dans les bras l’un de l’autre, sur cette chanson qui parle d’eux, de notre bal perdu, et de ce qui reste debout au milieu des gravats.
J’ai toujours aimé l’entre-deux. En soirée, tu me verras souvent à la fenêtre, mais tournée vers l’intérieur. Ou alors sur le pas de la porte de la cuisine (oui, c’est moi qui te bloque toujours l’accès à la contre-soirée, désolée). Sans doute parce que j’aime flotter entre deux ambiances, goûter à tout, sans prendre le risque de me retrouver enfermée ici ou là. Sans doute aussi parce que cet entre-deux me permet de garder la distance nécessaire pour observer, et essayer de comprendre. Les postures des uns et de autres, les dynamiques au sein des groupes…
Ce goût pour l’observation et l’analyse a trouvé son prolongement dans mes études de communication (cette petite précision pour apporter un minimum de crédibilité à ce que je vais raconter. On m’a appris comment faire passer un message, comment faire en sorte que la forme serve le fond). Quant au flottement, il se retrouve dans le fait que je fréquente aussi bien des costumes-trois-pièces aux souliers bien trop vernis que des pulls en poils-de-cul-de-chèvre.
Un champ d’observation large, donc. Mais c’est me formant aux massages de bien-être puis en plongeant dans la danse libre que j’ai eu le loisir d’observer de près cette tribu qui est un peu devenue la mienne, celle des « alter ». Je sors ici de la notion purement économique de l’alter mondialisme pour désigner, en gros, ceux qui comme toi et moi pensent qu’un autre monde est possible : dans le rapport à soi, aux autres, à la Terre sous nos pieds, aux cieux au-dessus de nos têtes.
Je t’aime bien, gars. Vraiment. Tu es plein de bonne volonté, tu portes en toi les graines du changement dont Demain a besoin et, contrairement à ceux qui ne font que blablater, tu te bouges, tu modifies la façon dont tu vis, dont tu consommes, parce que tu portes en toi l’esprit du colibri.
Le fond y est, donc. Mais franchement, je te l’assure, je te le jure, il faut que tu taffes la forme. Surtout là, depuis qu’on s’est pris le Virus sur le coin de la gueule et que le changement, c’est vraiment maintenant.
Laisse-moi t’expliquer.
Certes, on dit « L’habit ne fait pas le moine ». Mais ça c’est une maxime, un petit bout de sagesse qu’on doit tous essayer de garder dans un coin de nos têtes. Nos cerveaux, eux, ne sont pas ceux des grands sages, pas d’emblée en tout cas. Ils sont même parfois assez couillons. C’est-à-dire qu’ils doivent traiter un nombre phénoménal d’informations en permanence et que dans leur recherche d’efficacité, eh bien, ils catégorisent, très très vite. Autrement dit : ils mettent tout dans des cases.
Alors si toi tu veux juste être dans une case dans laquelle tu es bien au chaud, avec ses signes de reconnaissance propres (on appelle ça une communauté), très bien, je ferme ma grande gueule. Habille-toi comme tu veux, parle comme tu l’entends, et assainis tes aisselles quand ça te chante. Mais si ton but est d’apporter le changement, tu seras d’accord pour dire qu’il te faudra faire découvrir ta vision, ton univers, donner envie et, qui sait, convaincre. Ce qui ne sera pas possible si on te met dans la case « marginal perché », à moins que tu aies l’étoffe d’un Gandhi.
A partir de là, il faut que tu saches deux trois trucs. C’est peut-être injuste, mais c’est comme ça : porter un bonnet péruvien, c’est te tirer une balle dans le pied. Avoir des odeurs corporelles douteuses, c’est la garantie d’un social distancing efficace, certes, mais ça ne favorise pas l’échange rapproché dont tu auras besoin pour répandre la bonne parole une fois que le Virus aura clamsé. Agiter les mains comme dans « Ainsi font font font les petites marionnettes » au lieu d’applaudir à la fin d’une session de danse te donne juste l’air d’un gogol. Sérieusement, d’où tu sors ça ? D’une retraite vipassana ? Très bien, ça, la retraite vipassana. Mais oh hé, t’es revenu dans la vraie vie là, et encourager, féliciter, remercier, ça passe très bien en produisant un son à l’aide de ses deux mains, demande au personnel soignant à 20h05, il te le confirmera.
Réfléchis. Réfléchis à l’effet que tu produis en disant « gratitude » à quelqu’un au lieu de lui dire, tout simplement, « merci ». La SIM-PLI-CI-TÉ mec. Celle qui fait que tu n’as pas non plus besoin de dire « je me connecte au moi qui a envie de se connecter à toi ». Connecte-toi à ce que tu veux, à n’importe lequel de tes « moi », mais ferme-là, ça sera mieux si tu veux qu’il reste quelqu’un face à toi à qui te connecter. Si tu as des doutes, c’est pas compliqué, réfère-toi aux Grands du changement, ceux que tout le monde écoute. Est-ce qu’il parle chelou, Rabhi ? Non. Est-ce qu’il parle chelou, Ricard ? Non plus. (Attention attention, Ricard est habillé chelou parce qu’il est moine bouddhiste, ne vas PAS essayer de faire pareil !).
L’autre jour, je me disais que les putains de coffee-shop bobos avaient plus fait pour la cause vegan que toi et tes bonnets péruviens. Attention, les coffee-shop et leurs putains de lattè avec des formes de cœur sont loin d’être ma tasse de thé. Non pas que j’aie quoi que ce soit contre les cœurs. Simplement, quand tout le monde se met à instagrammer des lattè avec des cœurs dessus, ça me donne envie de gerber. Un monde de clones, tout lisse.
Toi ta chance c’est que tu as des aspérités. Utilise-les comme il faut. Mets-les en valeur intelligemment. Sers la cause au lieu de la desservir.
A moins que ça te fasse tripper qu’on te range dans la même case que lui :
Allez, sans rancune l’ami, on se retrouve Demain…
PS : l’ami était un mec aujourd’hui mais ç’eût pu être une nana. J’ai juste vraiment eu la flemme pour l’inclusif.
Nous étions pleines d’allant quand tout a commencé (oui à présent nous sommes plusieurs, moi-même confinée dans mon 42m2, et toutes les autres confinées dans ma tête). Force ! Courage ! Patience ! Nous allions le tenir comme des battantes, ce siège. Nous allions « lire, écrire, ranger, méditer, abdos-fessiers ».
Cinq jours ont passé, et seule celle qui était chargée de nous faire revenir à la sécularité super-galbées s’est un peu bougée (sauf le jour où elle a passé la journée à se traîner, et celui où elle a enchaîné trois pauvres chien-tête-en-bas et deux guerrier-numéro-2 devant son écran illuminé).
Oh, on n’a pas ABSOLUMENT rien fichu non plus…
On a écouté Tich Nacht Han nous dire sous la douche des choses fortes comme « Nous marchons tous sur la Terre, mais certains marchent en esclaves » dans Soyez libre à où vous êtes, et on a été emballées. On a donc essayé de se sentir libres, grâce à l’arme atomique du grand maître vietnamien qu’est la pleine conscience, en mastiquant consciencieusement notre quinoa & curry (oui, scandale ! provocation ! hérésie ! Que voulez-vous il n’y avait plus de basmati…). On a essayé oui, mais ça n’a pas très bien fonctionné.
Sous la douche on a aussi chanté-beuglé-pleuré.
On a tenté de travailler et on a échoué.
On a médité. Une fois.
On s’est mis du rouge aux pieds, ce qu’on ne fait jamais, ça a donc bien bavé de tous côtés.
On a derviche-tourné dans le salon, on a applaudi au balcon.
On a un peu ri, un peu flippé, pas mal fumé, pas mal picolé.
On a aussi beaucoup pleuré, parce qu’on est confinées mais aussi d’amour chagrinées. Ce qui fait beaucoup, même (surtout ?) pour plusieurs personnes dans une même tête.
Mais globalement, on a surtout glandé, hébétées.
On n’est pas super contentes de nous-mêmes, faut avouer.
En même temps on se dit qu’on pourrait peut-être, aussi, se foutre un peu la paix…