Une colère ancienne

f80a64a47260223afaf6237e881a7fb0Chaque mois je saigne d’une colère ancienne,  charriant torrents de lave fumante, furie de jeunes filles salement reluquées, enfermées, douleur de  femmes enfermées dévouées, rancœur de mères (auto) sacrifiées, enfermées. Depuis la nuit-des-temps-et-oh-tu-sais-la-nature-est-ainsi-faite-et-on-ne-changera-pas-les-hommes.

Et j’ai envie de hurler, tout casser,  je vais imploser je crois, et je finis par pleurer, jusqu’à enfin pouvoir, calmement, parler.

En matière de féminisme la question du devoir de mémoire est centrale.

Faut-il tout oublier, pour pouvoir de zéro recommencer, tabula rasa, tout ça ? Parce qu’enfin, c’est vrai, pourquoi Monsieur Mâle, 40 ans, amoureux, amant, père, frère, ami, simple citoyen, pourquoi Monsieur M., qui n’a rien demandé d’autre que de pouvoir tirer paisiblement sur sa cigarette électronique, devrait-il être mêlé à tout ça ? Pourquoi faudrait-il qu’il risque, chaque mois, de finir noyé-emporté par la colère ancienne ? Lui qui respecte la jeune fille en fleur, qui fait la cuisine et la vaisselle, lui qui pousse la poussette du rejeton jusqu’à la crèche tous les matins (d’une seule main, marchant presque à côté – et non derrière – la poussette, ce qui lui fait occuper tout le trottoir mais le rend choupinou)…

Oublier, n’est-ce pas risquer de se faire piéger-enfermer de nouveau ? Et si l’enfermement durait jusqu’à la fin des temps ?

Je ne sais pas. Mais ce que je sens, du plus profond de ma chambre magmatique, c’est que j’ai besoin que Monsieur M. me dise enfin, oui c’est vrai, on a merdé, nous, tous les mâles-depuis-la-nuit-des-temps, à vous enfermer vous, nos filles, nos sœurs, nos mères, nos amies, nos amantes. Bon, vous n’avez pas toujours été tendres non plus, et puis parfois vous vous êtes aussi enfermées vous-mêmes hein, mais bon, faut avouer, on a merdé. Allez, on oublie tout mais on fait gaffe maintenant, promis, et on recommence à zéro, tabula rasa, tout ça ? Vraiment ensemble, cette fois ?

Oui, voilà, Monsieur M. n’a aucune raison de devoir s’excuser pour qui que ce soit, on a juste besoin que monsieur M. reconnaisse la douleur ancienne.

Pourquoi je danse

                                                                                photos Tom Sanslaville

 

Je danse parce que c’est ainsi que je me sens en vie, et seuls ceux qui m’ont vue danser savent qui je suis.

Voilà plus de trois ans que je danse libre. J’ai hâte de pouvoir écrire : « Voilà plus de trois ans que je danse, libre ». Ca viendra, je suis en chemin. La danse, c’est ma liberté, mais aussi le plus bel itinéraire que j’aie trouvé pour y accéder, à cette liberté. Chemin faisant, chemin dansant, je me libère.

Danser qui l’on est… Briser ses propres chaînes, vaincre ses peurs, arrêter un instant de se juger. Et puis rire, et puis pleurer, bondir et virevolter.

Rencontrer des êtres dansants, échanger de corps à corps, de corps à cœur, de cœur à cœur. Avoir le sentiment d’avoir trouvé une seconde famille, un endroit où se réfugier quand le chaos règne intérieur extérieur.

Je ne remercierai jamais assez ma très chère Garance, qui en me faisant découvrir la danse libre m’a offert le plus beau des cadeaux. Aujourd’hui c’est elle qui, tous les mardis, m’enseigne la liberté.

Je ne remercierai jamais assez Lucie, chez qui j’ai esquissé mes premiers pas, et pris petit à petit l’assurance dont j’avais besoin pour danser sur autre chose que du boum-boum.

Je ne remercierai jamais assez ma jolie Marie, qui a pensé et porté Dansez-vous, ce projet qui sait dire mieux que moi pourquoi je danse, et pourquoi ce serait tellement bien qu’on s’y mette tous.

Ce projet, auquel je suis tellement fière d’avoir participé, c’est d’abord un film  réalisé par Tom Sanslaville et produit par Matthieu Bertrand, sur un son de Mr. Viktor qui m’obsède depuis maintenant plusieurs mois.

C’est aussi un très beau livre dans lequel Eugénie Garcia fait danser les photos et les textes (textes libres, haikus, témoignages, interview, analyse…). Onze personnes (dont bibi) y racontent, chacune à sa façon, la force et la beauté de la danse, le lâcher prise qu’elle nécessite et fait advenir tout à la fois. C’est un très beau cadeau de Noël (moi-même je sais) et si l’envie vous prend de passer commande avant mardi 14h, il atterrira sous le sapin en temps et en heure.

Et puis Dansez-vous ce sont aussi de jolies photos que vous pouvez voir chez Cozette (20 avenue de Saint-Ouen, dans le 18e) jusqu’à mi-janvier.

Enfin, n’hésitez pas à suivre le projet sur Facebook et Instagram pour être tenus au courant des mises à jour du site qui est appelé à être enrichi.

Alors, on danse ?

Les végétariens, végétaliens et autres végans sont-ils des êtres humains comme les autres?

Malaika, de meat lover à végane

Malaika, de meat lover à végane

Il y a encore quelques temps, quand on pensait « végétarien », on visualisait un individu maigre et pâle, aussi glam’ qu’une feuille d’endive. Quelqu’un qui sans aucun doute n’avait jamais aimé la viande, ni aucune des bonnes choses de la vie. Un gros relou en somme… Mais les temps ont bien changé, et je croise sur mon chemin de plus en plus de végétariens/végétaliens/végans pleins de vie, gourmands, sexy, funky. Malaika en fait partie, j’ai eu envie de l’interviewer pour qu’elle me raconte comment, de carnassière pure et dure, elle est devenue une végétarienne puis une végane convaincue.

Tu te présentes en quelques mots?
J’ai 30 ans, un père malgache et une mère espagnole, une soeur. J’ai passé mes premières années à Madagascar pour ensuite m’installer en France où j’ai fait Sciences-po puis une école de commerce. Je suis de retour à Antananarivo depuis quelques mois, où je viens de me lancer dans la création d’un incubateur social.

C’était comment, « avant »?
Dans ma famille on a toujours mangé de la viande ou du poisson à quasiment tous les repas. Moi j’adorais la viande, la moelle, tout! Ma mère m’engueulait même parce que je rongeais les os alors qu’il fallait que j’en laisse pour les chiens! Elle sait faire du foie gras, j’en mangeais au petit dej, j’aimais aussi manger cru : sushis, makis et compagnie, viande crue éthiopienne ou libanaise…

Comment es-tu passée du côté végé de la Force?
Ca a été très progressif… Ca a commencé par le foie gras , il y a une dizaine d’années. J’ai découvert le gavage, je me suis dit que c’était vraiment dégueulasse et qu’il était fini pour moi le temps des tartines de foie gras! Trois-quatre ans après j’ai rencontré des végétariens, qui m’intriguaient un peu : je trouvais ça farfelu. Je suis tombée sur quelques articles sur le sujet, mais tout ça était très éparpillé. Le vrai déclic a eu lieu quand j’ai lu Faut-il manger des animaux, de Jonathan Safran Foer. Ca collait parfaitement à tout un tas de réflexions qui tournaient dans ma tête, je me suis dit que quand je l’aurais terminé je deviendrais végétarienne. Je ne pouvais pas continuer comme avant après avoir appris tout ça, ç’aurait été être malhonnête avec moi-même.

Et pourquoi, donc, es-tu devenue végétarienne?
Au début, mon végétarisme était essentiellement motivé par le bien-être des animaux : l’exploitation animale, l’horreur de l’élevage industriel… Mais à cela s’est ajoutée la prise de conscience de l’impact de l’élevage sur l’environnement, sur le changement climatique. La santé n’entrait pas en ligne de compte. Ce n’est que plus tard que je me suis rendue compte que cette façon de s’alimenter pouvait en plus être bonne pour la santé. J’ai lu quelque part qu’on touche au bonheur quand nos actes sont en accord avec nos pensées et en ce qui me concerne, c’est complètement vrai : je me sens plus heureuse, plus en paix avec moi-même depuis que je suis végane!

Et si les animaux étaient mieux traités, tu les mangerais?
Plus maintenant. Je considère que les animaux ne sont pas sur Terre pour qu’on les exploite. Ca fait donc deux ans que je suis devenue végétalienne et végane, après quatre ans de végétarisme. L’élevage pour la production de lait est lui aussi sans pitié pour les animaux. Il y a plein de débats là-dessus, on se prend parfois la tête avec ma sœur, végétarienne, quand je lui explique pourquoi je ne veux plus consommer de miel, ou quand elle m’explique que si un animal a bien vécu, s’il a gambadé dans la nature et tout, on peut le manger.

C’est compliqué, de changer ainsi radicalement d’alimentation?
Au début  oui, on se rend compte que la viande et le poisson sont au centre de presque tous les repas, et on se dit que se nourrir de légumes c’est pas très marrant. Mais finalement, j’ai découvert un nouveau monde : avant j’aimais bien cuisiner, maintenant j’adore! Il existe des tas de blogs avec des recettes dingues, j’ai découvert des tas d’épices, de graines, de condiments, de combinaisons… Le passage au végétalisme a été plus difficile, j’étais un peu triste parce que j’aimais cuisiner et manger des gâteaux, et que je ne voyais pas comment je pourrais satisfaire ma gourmandise si je supprimais aussi les oeufs, le beurre, le lait… Mais là encore, j’ai découvert la pâtisserie végane, les gâteaux crus et tout un tas de choses que je trouve meilleures que ce que je mangeais avant. Il est possible qu’il y ait une part de psychologique là-dedans, mais je préfère de loin mon alimentation actuelle à celle que je pratiquais avant.

Ton alimentation d’avant ne te manque pas?
Plus du tout aujourd’hui mais quand j’ai arrêté d’acheter de la viande ou du poisson, si. Au début je me disais que je ne mangerais de la – bonne – viande qu’au restaurant, ou quand j’irais chez les gens, ou encore en voyage, pour ne pas passer à côté de cet aspect de la culture locale qu’est la cuisine…  Je faisais donc parfois des « rechutes », après lesquelles je culpabilisais pas mal. Mais au fur et à mesure je me suis désaccoutumée et aujourd’hui j’ai réellement perdu tout intérêt pour toute chair animale. Quand il m’arrive d’en manger malgré tout parce que je n’ai pas le choix, je n’en aime ni le goût, ni la consistance.

Comment a réagi ton entourage?
Au début ça a été difficile. Ma soeur est devenue végétarienne quelques mois avant moi. Mes parents ne comprenaient pas, ils voyaient ça comme une lubie. On avait droit aux remarques du genre « allez, les plantes elles pleurent aussi hein ». Ca a pas mal clashé, notamment parce que j’avais le syndrome des nouveaux convertis : j’avais vu la lumière, je voulais que tout le monde la voie aussi! Du coup j’étais obsédée par ça, limite agressive, insupportable quoi… Je ne comprenais pas comment les gens qui « savaient » pouvaient tranquillement continuer leur vie sans y changer quoi que ce soit. Et puis petit à petit je me suis calmée, je suis passée d’un militantisme vénère à un végétarisme serein. Et le plus fou c’est que c’est au moment où j’ai « lâché » sur le prosélytisme, où je suis devenue plus cool, que les gens autour de moi ont commencé à s’intéresser à ma démarche, à me demander des recettes, des conseils, des adresses… Ils sont passés de réfractaires à sympathisants végétariens! Certains autour de moi le sont aussi devenus. Ils ont découvert qu’être végétarien ne signifie pas passer sa vie à manger des légumes! La société évolue : quand je suis devenue végétarienne, il n’y avait que deux personnes autour de moi qui l’étaient, aujourd’hui j’en connais une dizaine, en quatre ans c’est énorme!  Même ma mère se déclare flexitarienne! Elle a eu un cancer du sein, elle s’est donc beaucoup intéressée au rôle de l’alimentation sur la santé. Elle a changé son comportement alimentaire – pas seulement concernant la viande mais aussi les produits raffinés, le sucre etc.  Et donc aujourd’hui mes parents, qui mangeaient de la viande ou du poisson tous les jours, en consomment une seule fois par semaine, et mon père nous est reconnaissant de lui avoir fait découvrir les bons petits plats végés. Pour eux la motivation est avant tout sanitaire, donc différente de la mienne, mais le résultat est le même, non?

Au restaurant comment ça se passe?
Quand t’es juste végétarien ça va encore, mais pour les végétaliens c’est dur, sauf à faire un repas exclusivement composé de frites… Ceci dit à Paris, il y a de plus en plus de restaurants végés super chouettes, et sinon il y a tous ceux qui proposent de nombreux plats végétariens voire végétaliens, comme les restaurants indiens, éthiopiens, libanais…  Après si je me retrouve dans un lieu où il n’y a pas d’alternative, je ne me laisse pas mourir de faim hein!

Les bonnes adresses végés de Malaika à Paris

Pour aller plus loin…
La santé dans l’assiette
Cowspiracy
Faut-il manger des animaux de Jonatan Safran Foer
180 jours d’Isabelle Sorrente

 

Flex way of Life

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Miss Tic

Je ne sais pas quand ça a commencé, ni d’où exactement c’est venu.
Petite, quand je voyais mes parents balancer leur chewing gum par la fenêtre de la voiture je les engueulais. Je me souviens aussi de mon exaltation, quand j’ai découvert le rébarbatif et lumineux Kant en cours de philo :

« Agis comme si la maxime de ton action devait par ta volonté être érigée en loi de la nature ».

Respecter ça, être toujours cohérente avec moi-même, c’est chaud, j’avoue.
Les fois où je ne le suis pas, c’est que j’agis sans conscience. Je veux dire, sans être « en conscience ». Ou alors qu’il m’est encore trop difficile d’éviter toute dissonance avec moi-même. Dans les deux cas, quand je me retourne sur-moi-même (si vous avez déjà essayé de vous retourner sur vous-même dans la rue, vous savez à quel point c’est difficile), c’est torticolis et mal de crâne garantis.

Depuis maintenant plus d’ un an, j’accompagne chaque geste, chaque pensée d’une telle « conscience » que j’ai parfois l’impression de devenir dinguo, dans mon cerveau c’est guantanamo. A chaque fois que l’eau du robinet coule 5 secondes de trop. A chaque fois que je jette un truc en plastique. A chaque fois que je croise un clodo. A chaque fois que j’ai envie de foutre le feu à la barbe de mes chers amis salafistes du côté de Barbès.

Prenons par exemple mes préoccupations environnementales / sanitaires / touchant au bien-être animal… Il n’y a presque plus de lait à la maison. J’achète encore du beurre et du yaourt (bio) au supermarché, ainsi que du fromage chez l’Auvergnat qui vient chaque semaine au marché, pour toute la mifa. De mon côté j’ai arrêté les yaourts. Quand j’ai envie d’une douceur autre qu’un ou deux carrés de chocolat noir après un repas, je prends un yaourt au soja (poussé en France, le soja). Je sais, tout ça vous fait une belle jambe. Mais attendez, j’y arrive : Quid du pot de yaourt au soja, qui ne peut pas être recyclé? HEIN? Poubelle. Dissonance. Culpabilité. Et ce chocolat? Il a beau être bio et équitable, que je sache le cacao ça ne pousse pas encore en France, et sous l’emballage en carton recyclable, il y a de l’alu (argl, les boues rouges!!!). Bref, je ne m’en sors plus.

Mais si aux yeux de certains j’apparais comme une écolo névrosée, pour d’autres je suis encore une horrible pollueuse. On est toujours le connard de quelqu’un, et l’être humain n’est pas à une contradiction près.

Alors oui, tout ça paraît inextricable. Mais je commence à voir le bout du tunnel, et à gagner en sérénité. Parce que je me dis que personne n’est parfait, et que ce qui compte, ce qui fait avancer les choses, c’est de faire de son mieux. Mais VRAIMENT de son mieux. Ce que j’appelle the Flex Way of Life.

Exemple : je sais que les  végétariens ont raison; et que si chaque être humain sur cette planète arrêtait de consommer de la viande, les problèmes du réchauffement climatique ET de la famine dans le monde seraient réglés. Si vous ne me croyez pas, allez mater Cowspiracy, et on en reparle après. Je ne mange donc plus de viande…Sauf quand je n’ai pas d’autre choix. Flex!

Récemment j’ai lu cet article des Inrocks qui avance que  « le flexitarisme s’affirme comme un agréable compromis : régler son compte à la surconsommation de viande sans pour autant renoncer à ses petits plaisirs ». Traduction : « vous les flexitariens vous êtes des guignols ». Bah non mec, je crois pas, et je ne te permets pas de me juger comme ça. Je suis juste quelqu’un qui essaie de faire de son mieux. Cela ne signifie certainement pas que je vais craquer à la moindre odeur de merguez. En revanche, je dérogerai à ma ligne de conduite pour ne pas être relou chez ceux qui ont la gentillesse de m’inviter à dîner, ou au restaurant, si justement je n’ai pas d’autre choix que l’entrecôte, le poulet rôti, le confit de canard ou le saumon en papillote. Parce que c’est quoi, le message qu’envoie ce genre d’article au fond? Vous devez être parfaits (végétariens ou, mieux végétaliens) et si vous ne l’êtes pas (flexitariens donc), lâchez l’affaire, vous avez tout faux? Jamais quiconque ne réussira à convaincre les non-végétariens d’essayer de changer quoi que ce soit à leurs habitudes avec ce type de discours, bien au contraire, ça ne fera que les conforter dans leur posture. Article contre-productif, donc.

Pour moi, tout ce qui est bon est bon à prendre. Même le flexitarisme des écervelées qui s’y mettent pour perdre du poids. Parce que chaque geste compte, et parce qu’un burger, non consommé, accroche toi-bien, ça représente 2 500 LITRES D’EAU « économisée ». Et je ne te parle pas des émissions de CO2 (une vache qui pète ça produit beaucoup de méthane), de la déforestation, et de tout le reste.

Alors, Flex or not Flex?