C’était bien…

Sortir. Lever les yeux vers la lumière. Regarder frémir les marronniers en fleurs, écouter les oiseaux chanter. Se sentir vivante. Et puis passer devant toutes ces devantures fermées, croiser tous ces fantômes masqués, sentir son cœur se serrer.

Je suis vivante mais Paris ma ville est comme morte.

Mon heure de liberté conditionnelle écoulée, je remonte les escaliers. Ce sont les jolis escaliers de Montmartre, la Butte est belle même quand tout va mal. A mi-chemin des marches, une micro-terrasse, sans aucun doute l’atout charme du studio sombre et exigu qui y donne accès. Il y a là des plantes, une table de bistrot sur laquelle sont posées deux bières et un morceau de saucisson, quelques loupiottes multicolores, deux amoureux, et Bourvil qui chante doucement Le Petit Bal Perdu. Ils ont 20 ans en 2020, et dansent, dans les bras l’un de l’autre, sur cette chanson qui parle d’eux, de notre bal perdu, et de ce qui reste debout au milieu des gravats.

La minute Com’ – Petits conseils à l’usage de mon pote « alter »

J’ai toujours aimé l’entre-deux. En soirée, tu me verras souvent à la fenêtre, mais tournée vers l’intérieur. Ou alors sur le pas de la porte de la cuisine (oui, c’est moi qui te bloque toujours l’accès à la contre-soirée, désolée). Sans doute parce que j’aime flotter entre deux ambiances, goûter à tout, sans prendre le risque de me retrouver enfermée ici ou là. Sans doute aussi parce que cet entre-deux me permet de garder la distance nécessaire pour observer, et essayer de comprendre. Les postures des uns et de autres, les dynamiques au sein des groupes…

Ce goût pour l’observation et l’analyse a trouvé son prolongement dans mes études de communication (cette petite précision pour apporter un minimum de crédibilité à ce que je vais raconter. On m’a appris comment faire passer un message, comment faire en sorte que la forme serve le fond). Quant au flottement, il se retrouve dans le fait que je fréquente aussi bien des costumes-trois-pièces aux souliers bien trop vernis que des pulls en poils-de-cul-de-chèvre.

Un champ d’observation large, donc. Mais c’est me formant aux massages de bien-être puis en plongeant dans la danse libre que j’ai eu le loisir d’observer de près cette tribu qui est un peu devenue la mienne, celle des « alter ». Je sors ici de la notion purement économique de l’alter mondialisme pour désigner, en gros, ceux qui comme toi et moi pensent qu’un autre monde est possible : dans le rapport à soi, aux autres, à la Terre sous nos pieds, aux cieux au-dessus de nos têtes.

Je t’aime bien, gars. Vraiment. Tu es plein de bonne volonté, tu portes en toi les graines du changement dont Demain a besoin et, contrairement à ceux qui ne font que blablater, tu te bouges, tu modifies la façon dont tu vis, dont tu consommes, parce que tu portes en toi l’esprit du colibri.

Le fond y est, donc. Mais franchement, je te l’assure, je te le jure, il faut que tu taffes la forme. Surtout là, depuis qu’on s’est pris le Virus sur le coin de la gueule et que le changement, c’est vraiment maintenant.

Laisse-moi t’expliquer.

Certes, on dit « L’habit ne fait pas le moine ». Mais ça c’est une maxime, un petit bout de sagesse qu’on doit tous essayer de garder dans un coin de nos têtes. Nos cerveaux, eux, ne sont pas ceux des grands sages, pas d’emblée en tout cas. Ils sont même parfois assez couillons. C’est-à-dire qu’ils doivent traiter un nombre phénoménal d’informations en permanence et que dans leur recherche d’efficacité, eh bien, ils catégorisent, très très vite. Autrement dit : ils mettent tout dans des cases.

Alors si toi tu veux juste être dans une case dans laquelle tu es bien au chaud, avec ses signes de reconnaissance propres (on appelle ça une communauté), très bien, je ferme ma grande gueule. Habille-toi comme tu veux, parle comme tu l’entends, et assainis tes aisselles quand ça te chante. Mais si ton but est d’apporter le changement, tu seras d’accord pour dire qu’il te faudra faire découvrir ta vision, ton univers, donner envie et, qui sait, convaincre. Ce qui ne sera pas possible si on te met dans la case « marginal perché », à moins que tu aies l’étoffe d’un Gandhi.

A partir de là, il faut que tu saches deux trois trucs. C’est peut-être injuste, mais c’est comme ça : porter un bonnet péruvien, c’est te tirer une balle dans le pied. Avoir des odeurs corporelles douteuses, c’est la garantie d’un social distancing efficace, certes, mais ça ne favorise pas l’échange rapproché dont tu auras besoin pour répandre la bonne parole une fois que le Virus aura clamsé. Agiter les mains comme dans « Ainsi font font font les petites marionnettes » au lieu d’applaudir à la fin d’une session de danse te donne juste l’air d’un gogol. Sérieusement, d’où tu sors ça ? D’une retraite vipassana ? Très bien, ça, la retraite vipassana. Mais oh hé, t’es revenu dans la vraie vie là, et encourager, féliciter, remercier, ça passe très bien en produisant un son à l’aide de ses deux mains, demande au personnel soignant à 20h05, il te le confirmera.

Réfléchis. Réfléchis à l’effet que tu produis en disant « gratitude » à quelqu’un au lieu de lui dire, tout simplement, « merci ». La SIM-PLI-CI-TÉ mec. Celle qui fait que tu n’as pas non plus besoin de dire « je me connecte au moi qui a envie de se connecter à toi ». Connecte-toi à ce que tu veux, à n’importe lequel de tes « moi », mais ferme-là, ça sera mieux si tu veux qu’il reste quelqu’un face à toi à qui te connecter. Si tu as des doutes, c’est pas compliqué, réfère-toi aux Grands du changement, ceux que tout le monde écoute. Est-ce qu’il parle chelou, Rabhi ? Non. Est-ce qu’il parle chelou, Ricard ? Non plus. (Attention attention, Ricard est habillé chelou parce qu’il est moine bouddhiste, ne vas PAS essayer de faire pareil !).

L’autre jour, je me disais que les putains de coffee-shop bobos avaient plus fait pour la cause vegan que toi et tes bonnets péruviens. Attention, les coffee-shop et leurs putains de lattè avec des formes de cœur sont loin d’être ma tasse de thé. Non pas que j’aie quoi que ce soit contre les cœurs. Simplement, quand tout le monde se met à instagrammer des lattè avec des cœurs dessus, ça me donne envie de gerber. Un monde de clones, tout lisse.

Toi ta chance c’est que tu as des aspérités. Utilise-les comme il faut. Mets-les en valeur intelligemment. Sers la cause au lieu de la desservir.

A moins que ça te fasse tripper qu’on te range dans la même case que lui :

Allez, sans rancune l’ami, on se retrouve Demain…

PS : l’ami était un mec aujourd’hui mais ç’eût pu être une nana. J’ai juste vraiment eu la flemme pour l’inclusif.

La fleur au fusil

Nous étions pleines d’allant quand tout a commencé (oui à présent nous sommes plusieurs, moi-même confinée dans mon 42m2, et toutes les autres confinées dans ma tête). Force ! Courage ! Patience ! Nous allions le tenir comme des battantes, ce siège. Nous allions « lire, écrire, ranger, méditer, abdos-fessiers ».

Cinq jours ont passé, et seule celle qui était chargée de nous faire revenir à la sécularité super-galbées s’est un peu bougée (sauf le jour où elle a passé la journée à se traîner, et celui où elle a enchaîné trois pauvres chien-tête-en-bas et deux guerrier-numéro-2 devant son écran illuminé).

Oh, on n’a pas ABSOLUMENT rien fichu non plus…

On a écouté Tich Nacht Han nous dire sous la douche des choses fortes comme « Nous marchons tous sur la Terre, mais certains marchent en esclaves » dans Soyez libre à où vous êtes, et on a été emballées. On a donc essayé de se sentir libres, grâce à l’arme atomique du grand maître vietnamien qu’est la pleine conscience, en mastiquant consciencieusement notre quinoa & curry (oui, scandale ! provocation ! hérésie ! Que voulez-vous il n’y avait plus de basmati…). On a essayé oui, mais ça n’a pas très bien fonctionné.

Sous la douche on a aussi chanté-beuglé-pleuré.

On a tenté de travailler et on a échoué.

On a médité. Une fois.

On s’est mis du rouge aux pieds, ce qu’on ne fait jamais, ça a donc bien bavé de tous côtés.

On a derviche-tourné dans le salon, on a applaudi au balcon.

On a un peu ri, un peu flippé, pas mal fumé, pas mal picolé.

On a aussi beaucoup pleuré, parce qu’on est confinées mais aussi d’amour chagrinées. Ce qui fait beaucoup, même (surtout ?) pour plusieurs personnes dans une même tête.

Mais globalement, on a surtout glandé, hébétées.

On n’est pas super contentes de nous-mêmes, faut avouer.

En même temps on se dit qu’on pourrait peut-être, aussi, se foutre un peu la paix…

Jour 1 – Danser dans les rues désertées

Comme nous sommes paraît-il en temps de guerre, j’ai installé mon QG sur l’îlot central de mon 42m2 qu’est mon lit. Deux ordis – un pour le travail, un pour le reste de ma vie – deux carnets, un stylo, un livre. J’étais prête pour le siège.

J’ai télétravaillé par intermittence, passé beaucoup de temps au téléphone, passé beaucoup de temps à enregistrer les liens vers les milliers de films, de podcatsts, d’expos, de séances de yoga, de livres audio qui allaient me permettre de tenir (honnêtement, on n’aura pas assez d’une vie en confinement pour en venir à bout).

Et puis je suis allée m’agiter sur l’escalier en bas de chez moi.

(Voilà deux ans que je me plains de ne plus assez me bouger les fesses – pas le temps, trop loin, trop cher, trop contraignant. Deux ans que ce chouette escalier m’attendait en bas de chez moi…).

Il y avait du bleu au-dessus de ma tête, il y avait des fleurs et elles sentaient bon, je me suis sentie heureuse, à nouveau.

Et puis j’ai dansé dans la rue désertée – tout est tellement bizarre en ce moment, un peu de folie en plus ou en moins… Je crois que j’ai diverti à un couple au loin à son balcon – si vous voyez la vidéo d’une folle en train de danser seule dans une rue désertée, vous saurez.

J’ai entendu les oiseaux s’exciter parce que le soleil se couchait, j’ai vu les lampadaires clignoter, et je me suis imaginé que Paris essayait de me parler. En morse, ça donnait quelque chose comme fluctuat nec mergitur, je crois.

C’était doux, c’était bon.

Je suis rentrée, et j’ai continué à danser.

Je voudrais dire à notre Président que quoi qu’il arrive il ne faudra pas nous empêcher d’aller suer sur des escaliers ni danser dans des rues désertées. On ira seuls, promis. On s’écartera même du chien du voisin, juré. On se récurera à l’alcool à 90°C après, craché (heu non, pas celui-là).

Mais ça, faudra nous le laisser. Sans quoi après risquera d’y avoir pénurie de lits en HP.

Ce que m’a déjà appris Coco

J’ai commencé par m’effondrer, pleurer, deux ou trois jours d’affilée. On allait être confinés et je serais seule. Seule sans bras protecteurs dans lesquels m’oublier, oublier. Seule sans amis, sans amants, sans emmerdes pour me divertir du grand Vide avec un grand V. Seule loin du bitume et de ses pousses rebelles, loin des terrasses et de leur babil, loin des nuits où l’on danse jusqu’à ce que meure la nuit.

Et puis quand mes yeux ont fini par s’assécher, j’ai compris. J’ai enfin compris ce truc dont les sages me rebattent les oreilles à longueur de maximes et de sonnets depuis des années. Accepter. Accepter ce qui est.

J’ai compris que plus je refuserais d’accepter, plus je souffrirais.

Ai-je vraiment le choix ?

Bah non. Parce qu’il n’y a pas que moi, là. Parce que les plus fragiles et ceux qui les soignent, qui nous soignent, parce nous tous, nous toutes, qui faisons un.

Et donc quel jeu me reste-t-il donc entre les mains?

Carte numéro 1 : je suis confinée avec moi-même et je me noie dans mes propres larmes.

Carte numéro 2 : je suis confinée avec moi-même et je fais face, je me fais face. Je me recentre, et j’attaque façon warrior tout ce que j’ai laissé de côté depuis trop longtemps : lire, écrire, ranger, méditer, abdos-fessiers.

Option numéro 1 : rien à gagner

Option numéro 2 : rien à perdre, et qui sait, tout à gagner, y compris le  fessier de Beyoncé. (Écoutez, il faut voir des objectifs dans la vie).

Alors voilà, au temps du corona ça sera «  À nous deux, Asha! ».

And remember, my friends : The only way out is through. Ceci sera ma devise… jusqu’à ce que j’oublie et que je me remette à geindre. Eh oui, tout est cyclique dans la vie, mes états d’âme et les vôtres aussi (ouh là là là là encore un grand accès de sagesse, on ne l’arrête pluuus!).

Une colère ancienne

f80a64a47260223afaf6237e881a7fb0Chaque mois je saigne d’une colère ancienne,  charriant torrents de lave fumante, furie de jeunes filles salement reluquées, enfermées, douleur de  femmes enfermées dévouées, rancœur de mères (auto) sacrifiées, enfermées. Depuis la nuit-des-temps-et-oh-tu-sais-la-nature-est-ainsi-faite-et-on-ne-changera-pas-les-hommes.

Et j’ai envie de hurler, tout casser,  je vais imploser je crois, et je finis par pleurer, jusqu’à enfin pouvoir, calmement, parler.

En matière de féminisme la question du devoir de mémoire est centrale.

Faut-il tout oublier, pour pouvoir de zéro recommencer, tabula rasa, tout ça ? Parce qu’enfin, c’est vrai, pourquoi Monsieur Mâle, 40 ans, amoureux, amant, père, frère, ami, simple citoyen, pourquoi Monsieur M., qui n’a rien demandé d’autre que de pouvoir tirer paisiblement sur sa cigarette électronique, devrait-il être mêlé à tout ça ? Pourquoi faudrait-il qu’il risque, chaque mois, de finir noyé-emporté par la colère ancienne ? Lui qui respecte la jeune fille en fleur, qui fait la cuisine et la vaisselle, lui qui pousse la poussette du rejeton jusqu’à la crèche tous les matins (d’une seule main, marchant presque à côté – et non derrière – la poussette, ce qui lui fait occuper tout le trottoir mais le rend choupinou)…

Oublier, n’est-ce pas risquer de se faire piéger-enfermer de nouveau ? Et si l’enfermement durait jusqu’à la fin des temps ?

Je ne sais pas. Mais ce que je sens, du plus profond de ma chambre magmatique, c’est que j’ai besoin que Monsieur M. me dise enfin, oui c’est vrai, on a merdé, nous, tous les mâles-depuis-la-nuit-des-temps, à vous enfermer vous, nos filles, nos sœurs, nos mères, nos amies, nos amantes. Bon, vous n’avez pas toujours été tendres non plus, et puis parfois vous vous êtes aussi enfermées vous-mêmes hein, mais bon, faut avouer, on a merdé. Allez, on oublie tout mais on fait gaffe maintenant, promis, et on recommence à zéro, tabula rasa, tout ça ? Vraiment ensemble, cette fois ?

Oui, voilà, Monsieur M. n’a aucune raison de devoir s’excuser pour qui que ce soit, on a juste besoin que monsieur M. reconnaisse la douleur ancienne.

Pourquoi je danse

                                                                                photos Tom Sanslaville

 

Je danse parce que c’est ainsi que je me sens en vie, et seuls ceux qui m’ont vue danser savent qui je suis.

Voilà plus de trois ans que je danse libre. J’ai hâte de pouvoir écrire : « Voilà plus de trois ans que je danse, libre ». Ca viendra, je suis en chemin. La danse, c’est ma liberté, mais aussi le plus bel itinéraire que j’aie trouvé pour y accéder, à cette liberté. Chemin faisant, chemin dansant, je me libère.

Danser qui l’on est… Briser ses propres chaînes, vaincre ses peurs, arrêter un instant de se juger. Et puis rire, et puis pleurer, bondir et virevolter.

Rencontrer des êtres dansants, échanger de corps à corps, de corps à cœur, de cœur à cœur. Avoir le sentiment d’avoir trouvé une seconde famille, un endroit où se réfugier quand le chaos règne intérieur extérieur.

Je ne remercierai jamais assez ma très chère Garance, qui en me faisant découvrir la danse libre m’a offert le plus beau des cadeaux. Aujourd’hui c’est elle qui, tous les mardis, m’enseigne la liberté.

Je ne remercierai jamais assez Lucie, chez qui j’ai esquissé mes premiers pas, et pris petit à petit l’assurance dont j’avais besoin pour danser sur autre chose que du boum-boum.

Je ne remercierai jamais assez ma jolie Marie, qui a pensé et porté Dansez-vous, ce projet qui sait dire mieux que moi pourquoi je danse, et pourquoi ce serait tellement bien qu’on s’y mette tous.

Ce projet, auquel je suis tellement fière d’avoir participé, c’est d’abord un film  réalisé par Tom Sanslaville et produit par Matthieu Bertrand, sur un son de Mr. Viktor qui m’obsède depuis maintenant plusieurs mois.

C’est aussi un très beau livre dans lequel Eugénie Garcia fait danser les photos et les textes (textes libres, haikus, témoignages, interview, analyse…). Onze personnes (dont bibi) y racontent, chacune à sa façon, la force et la beauté de la danse, le lâcher prise qu’elle nécessite et fait advenir tout à la fois. C’est un très beau cadeau de Noël (moi-même je sais) et si l’envie vous prend de passer commande avant mardi 14h, il atterrira sous le sapin en temps et en heure.

Et puis Dansez-vous ce sont aussi de jolies photos que vous pouvez voir chez Cozette (20 avenue de Saint-Ouen, dans le 18e) jusqu’à mi-janvier.

Enfin, n’hésitez pas à suivre le projet sur Facebook et Instagram pour être tenus au courant des mises à jour du site qui est appelé à être enrichi.

Alors, on danse ?

Les végétariens, végétaliens et autres végans sont-ils des êtres humains comme les autres?

Malaika, de meat lover à végane

Malaika, de meat lover à végane

Il y a encore quelques temps, quand on pensait « végétarien », on visualisait un individu maigre et pâle, aussi glam’ qu’une feuille d’endive. Quelqu’un qui sans aucun doute n’avait jamais aimé la viande, ni aucune des bonnes choses de la vie. Un gros relou en somme… Mais les temps ont bien changé, et je croise sur mon chemin de plus en plus de végétariens/végétaliens/végans pleins de vie, gourmands, sexy, funky. Malaika en fait partie, j’ai eu envie de l’interviewer pour qu’elle me raconte comment, de carnassière pure et dure, elle est devenue une végétarienne puis une végane convaincue.

Tu te présentes en quelques mots?
J’ai 30 ans, un père malgache et une mère espagnole, une soeur. J’ai passé mes premières années à Madagascar pour ensuite m’installer en France où j’ai fait Sciences-po puis une école de commerce. Je suis de retour à Antananarivo depuis quelques mois, où je viens de me lancer dans la création d’un incubateur social.

C’était comment, « avant »?
Dans ma famille on a toujours mangé de la viande ou du poisson à quasiment tous les repas. Moi j’adorais la viande, la moelle, tout! Ma mère m’engueulait même parce que je rongeais les os alors qu’il fallait que j’en laisse pour les chiens! Elle sait faire du foie gras, j’en mangeais au petit dej, j’aimais aussi manger cru : sushis, makis et compagnie, viande crue éthiopienne ou libanaise…

Comment es-tu passée du côté végé de la Force?
Ca a été très progressif… Ca a commencé par le foie gras , il y a une dizaine d’années. J’ai découvert le gavage, je me suis dit que c’était vraiment dégueulasse et qu’il était fini pour moi le temps des tartines de foie gras! Trois-quatre ans après j’ai rencontré des végétariens, qui m’intriguaient un peu : je trouvais ça farfelu. Je suis tombée sur quelques articles sur le sujet, mais tout ça était très éparpillé. Le vrai déclic a eu lieu quand j’ai lu Faut-il manger des animaux, de Jonathan Safran Foer. Ca collait parfaitement à tout un tas de réflexions qui tournaient dans ma tête, je me suis dit que quand je l’aurais terminé je deviendrais végétarienne. Je ne pouvais pas continuer comme avant après avoir appris tout ça, ç’aurait été être malhonnête avec moi-même.

Et pourquoi, donc, es-tu devenue végétarienne?
Au début, mon végétarisme était essentiellement motivé par le bien-être des animaux : l’exploitation animale, l’horreur de l’élevage industriel… Mais à cela s’est ajoutée la prise de conscience de l’impact de l’élevage sur l’environnement, sur le changement climatique. La santé n’entrait pas en ligne de compte. Ce n’est que plus tard que je me suis rendue compte que cette façon de s’alimenter pouvait en plus être bonne pour la santé. J’ai lu quelque part qu’on touche au bonheur quand nos actes sont en accord avec nos pensées et en ce qui me concerne, c’est complètement vrai : je me sens plus heureuse, plus en paix avec moi-même depuis que je suis végane!

Et si les animaux étaient mieux traités, tu les mangerais?
Plus maintenant. Je considère que les animaux ne sont pas sur Terre pour qu’on les exploite. Ca fait donc deux ans que je suis devenue végétalienne et végane, après quatre ans de végétarisme. L’élevage pour la production de lait est lui aussi sans pitié pour les animaux. Il y a plein de débats là-dessus, on se prend parfois la tête avec ma sœur, végétarienne, quand je lui explique pourquoi je ne veux plus consommer de miel, ou quand elle m’explique que si un animal a bien vécu, s’il a gambadé dans la nature et tout, on peut le manger.

C’est compliqué, de changer ainsi radicalement d’alimentation?
Au début  oui, on se rend compte que la viande et le poisson sont au centre de presque tous les repas, et on se dit que se nourrir de légumes c’est pas très marrant. Mais finalement, j’ai découvert un nouveau monde : avant j’aimais bien cuisiner, maintenant j’adore! Il existe des tas de blogs avec des recettes dingues, j’ai découvert des tas d’épices, de graines, de condiments, de combinaisons… Le passage au végétalisme a été plus difficile, j’étais un peu triste parce que j’aimais cuisiner et manger des gâteaux, et que je ne voyais pas comment je pourrais satisfaire ma gourmandise si je supprimais aussi les oeufs, le beurre, le lait… Mais là encore, j’ai découvert la pâtisserie végane, les gâteaux crus et tout un tas de choses que je trouve meilleures que ce que je mangeais avant. Il est possible qu’il y ait une part de psychologique là-dedans, mais je préfère de loin mon alimentation actuelle à celle que je pratiquais avant.

Ton alimentation d’avant ne te manque pas?
Plus du tout aujourd’hui mais quand j’ai arrêté d’acheter de la viande ou du poisson, si. Au début je me disais que je ne mangerais de la – bonne – viande qu’au restaurant, ou quand j’irais chez les gens, ou encore en voyage, pour ne pas passer à côté de cet aspect de la culture locale qu’est la cuisine…  Je faisais donc parfois des « rechutes », après lesquelles je culpabilisais pas mal. Mais au fur et à mesure je me suis désaccoutumée et aujourd’hui j’ai réellement perdu tout intérêt pour toute chair animale. Quand il m’arrive d’en manger malgré tout parce que je n’ai pas le choix, je n’en aime ni le goût, ni la consistance.

Comment a réagi ton entourage?
Au début ça a été difficile. Ma soeur est devenue végétarienne quelques mois avant moi. Mes parents ne comprenaient pas, ils voyaient ça comme une lubie. On avait droit aux remarques du genre « allez, les plantes elles pleurent aussi hein ». Ca a pas mal clashé, notamment parce que j’avais le syndrome des nouveaux convertis : j’avais vu la lumière, je voulais que tout le monde la voie aussi! Du coup j’étais obsédée par ça, limite agressive, insupportable quoi… Je ne comprenais pas comment les gens qui « savaient » pouvaient tranquillement continuer leur vie sans y changer quoi que ce soit. Et puis petit à petit je me suis calmée, je suis passée d’un militantisme vénère à un végétarisme serein. Et le plus fou c’est que c’est au moment où j’ai « lâché » sur le prosélytisme, où je suis devenue plus cool, que les gens autour de moi ont commencé à s’intéresser à ma démarche, à me demander des recettes, des conseils, des adresses… Ils sont passés de réfractaires à sympathisants végétariens! Certains autour de moi le sont aussi devenus. Ils ont découvert qu’être végétarien ne signifie pas passer sa vie à manger des légumes! La société évolue : quand je suis devenue végétarienne, il n’y avait que deux personnes autour de moi qui l’étaient, aujourd’hui j’en connais une dizaine, en quatre ans c’est énorme!  Même ma mère se déclare flexitarienne! Elle a eu un cancer du sein, elle s’est donc beaucoup intéressée au rôle de l’alimentation sur la santé. Elle a changé son comportement alimentaire – pas seulement concernant la viande mais aussi les produits raffinés, le sucre etc.  Et donc aujourd’hui mes parents, qui mangeaient de la viande ou du poisson tous les jours, en consomment une seule fois par semaine, et mon père nous est reconnaissant de lui avoir fait découvrir les bons petits plats végés. Pour eux la motivation est avant tout sanitaire, donc différente de la mienne, mais le résultat est le même, non?

Au restaurant comment ça se passe?
Quand t’es juste végétarien ça va encore, mais pour les végétaliens c’est dur, sauf à faire un repas exclusivement composé de frites… Ceci dit à Paris, il y a de plus en plus de restaurants végés super chouettes, et sinon il y a tous ceux qui proposent de nombreux plats végétariens voire végétaliens, comme les restaurants indiens, éthiopiens, libanais…  Après si je me retrouve dans un lieu où il n’y a pas d’alternative, je ne me laisse pas mourir de faim hein!

Les bonnes adresses végés de Malaika à Paris

Pour aller plus loin…
La santé dans l’assiette
Cowspiracy
Faut-il manger des animaux de Jonatan Safran Foer
180 jours d’Isabelle Sorrente

 

Flex way of Life

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Miss Tic

Je ne sais pas quand ça a commencé, ni d’où exactement c’est venu.
Petite, quand je voyais mes parents balancer leur chewing gum par la fenêtre de la voiture je les engueulais. Je me souviens aussi de mon exaltation, quand j’ai découvert le rébarbatif et lumineux Kant en cours de philo :

« Agis comme si la maxime de ton action devait par ta volonté être érigée en loi de la nature ».

Respecter ça, être toujours cohérente avec moi-même, c’est chaud, j’avoue.
Les fois où je ne le suis pas, c’est que j’agis sans conscience. Je veux dire, sans être « en conscience ». Ou alors qu’il m’est encore trop difficile d’éviter toute dissonance avec moi-même. Dans les deux cas, quand je me retourne sur-moi-même (si vous avez déjà essayé de vous retourner sur vous-même dans la rue, vous savez à quel point c’est difficile), c’est torticolis et mal de crâne garantis.

Depuis maintenant plus d’ un an, j’accompagne chaque geste, chaque pensée d’une telle « conscience » que j’ai parfois l’impression de devenir dinguo, dans mon cerveau c’est guantanamo. A chaque fois que l’eau du robinet coule 5 secondes de trop. A chaque fois que je jette un truc en plastique. A chaque fois que je croise un clodo. A chaque fois que j’ai envie de foutre le feu à la barbe de mes chers amis salafistes du côté de Barbès.

Prenons par exemple mes préoccupations environnementales / sanitaires / touchant au bien-être animal… Il n’y a presque plus de lait à la maison. J’achète encore du beurre et du yaourt (bio) au supermarché, ainsi que du fromage chez l’Auvergnat qui vient chaque semaine au marché, pour toute la mifa. De mon côté j’ai arrêté les yaourts. Quand j’ai envie d’une douceur autre qu’un ou deux carrés de chocolat noir après un repas, je prends un yaourt au soja (poussé en France, le soja). Je sais, tout ça vous fait une belle jambe. Mais attendez, j’y arrive : Quid du pot de yaourt au soja, qui ne peut pas être recyclé? HEIN? Poubelle. Dissonance. Culpabilité. Et ce chocolat? Il a beau être bio et équitable, que je sache le cacao ça ne pousse pas encore en France, et sous l’emballage en carton recyclable, il y a de l’alu (argl, les boues rouges!!!). Bref, je ne m’en sors plus.

Mais si aux yeux de certains j’apparais comme une écolo névrosée, pour d’autres je suis encore une horrible pollueuse. On est toujours le connard de quelqu’un, et l’être humain n’est pas à une contradiction près.

Alors oui, tout ça paraît inextricable. Mais je commence à voir le bout du tunnel, et à gagner en sérénité. Parce que je me dis que personne n’est parfait, et que ce qui compte, ce qui fait avancer les choses, c’est de faire de son mieux. Mais VRAIMENT de son mieux. Ce que j’appelle the Flex Way of Life.

Exemple : je sais que les  végétariens ont raison; et que si chaque être humain sur cette planète arrêtait de consommer de la viande, les problèmes du réchauffement climatique ET de la famine dans le monde seraient réglés. Si vous ne me croyez pas, allez mater Cowspiracy, et on en reparle après. Je ne mange donc plus de viande…Sauf quand je n’ai pas d’autre choix. Flex!

Récemment j’ai lu cet article des Inrocks qui avance que  « le flexitarisme s’affirme comme un agréable compromis : régler son compte à la surconsommation de viande sans pour autant renoncer à ses petits plaisirs ». Traduction : « vous les flexitariens vous êtes des guignols ». Bah non mec, je crois pas, et je ne te permets pas de me juger comme ça. Je suis juste quelqu’un qui essaie de faire de son mieux. Cela ne signifie certainement pas que je vais craquer à la moindre odeur de merguez. En revanche, je dérogerai à ma ligne de conduite pour ne pas être relou chez ceux qui ont la gentillesse de m’inviter à dîner, ou au restaurant, si justement je n’ai pas d’autre choix que l’entrecôte, le poulet rôti, le confit de canard ou le saumon en papillote. Parce que c’est quoi, le message qu’envoie ce genre d’article au fond? Vous devez être parfaits (végétariens ou, mieux végétaliens) et si vous ne l’êtes pas (flexitariens donc), lâchez l’affaire, vous avez tout faux? Jamais quiconque ne réussira à convaincre les non-végétariens d’essayer de changer quoi que ce soit à leurs habitudes avec ce type de discours, bien au contraire, ça ne fera que les conforter dans leur posture. Article contre-productif, donc.

Pour moi, tout ce qui est bon est bon à prendre. Même le flexitarisme des écervelées qui s’y mettent pour perdre du poids. Parce que chaque geste compte, et parce qu’un burger, non consommé, accroche toi-bien, ça représente 2 500 LITRES D’EAU « économisée ». Et je ne te parle pas des émissions de CO2 (une vache qui pète ça produit beaucoup de méthane), de la déforestation, et de tout le reste.

Alors, Flex or not Flex?