Flex way of Life

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Miss Tic

Je ne sais pas quand ça a commencé, ni d’où exactement c’est venu.
Petite, quand je voyais mes parents balancer leur chewing gum par la fenêtre de la voiture je les engueulais. Je me souviens aussi de mon exaltation, quand j’ai découvert le rébarbatif et lumineux Kant en cours de philo :

« Agis comme si la maxime de ton action devait par ta volonté être érigée en loi de la nature ».

Respecter ça, être toujours cohérente avec moi-même, c’est chaud, j’avoue.
Les fois où je ne le suis pas, c’est que j’agis sans conscience. Je veux dire, sans être « en conscience ». Ou alors qu’il m’est encore trop difficile d’éviter toute dissonance avec moi-même. Dans les deux cas, quand je me retourne sur-moi-même (si vous avez déjà essayé de vous retourner sur vous-même dans la rue, vous savez à quel point c’est difficile), c’est torticolis et mal de crâne garantis.

Depuis maintenant plus d’ un an, j’accompagne chaque geste, chaque pensée d’une telle « conscience » que j’ai parfois l’impression de devenir dinguo, dans mon cerveau c’est guantanamo. A chaque fois que l’eau du robinet coule 5 secondes de trop. A chaque fois que je jette un truc en plastique. A chaque fois que je croise un clodo. A chaque fois que j’ai envie de foutre le feu à la barbe de mes chers amis salafistes du côté de Barbès.

Prenons par exemple mes préoccupations environnementales / sanitaires / touchant au bien-être animal… Il n’y a presque plus de lait à la maison. J’achète encore du beurre et du yaourt (bio) au supermarché, ainsi que du fromage chez l’Auvergnat qui vient chaque semaine au marché, pour toute la mifa. De mon côté j’ai arrêté les yaourts. Quand j’ai envie d’une douceur autre qu’un ou deux carrés de chocolat noir après un repas, je prends un yaourt au soja (poussé en France, le soja). Je sais, tout ça vous fait une belle jambe. Mais attendez, j’y arrive : Quid du pot de yaourt au soja, qui ne peut pas être recyclé? HEIN? Poubelle. Dissonance. Culpabilité. Et ce chocolat? Il a beau être bio et équitable, que je sache le cacao ça ne pousse pas encore en France, et sous l’emballage en carton recyclable, il y a de l’alu (argl, les boues rouges!!!). Bref, je ne m’en sors plus.

Mais si aux yeux de certains j’apparais comme une écolo névrosée, pour d’autres je suis encore une horrible pollueuse. On est toujours le connard de quelqu’un, et l’être humain n’est pas à une contradiction près.

Alors oui, tout ça paraît inextricable. Mais je commence à voir le bout du tunnel, et à gagner en sérénité. Parce que je me dis que personne n’est parfait, et que ce qui compte, ce qui fait avancer les choses, c’est de faire de son mieux. Mais VRAIMENT de son mieux. Ce que j’appelle the Flex Way of Life.

Exemple : je sais que les  végétariens ont raison; et que si chaque être humain sur cette planète arrêtait de consommer de la viande, les problèmes du réchauffement climatique ET de la famine dans le monde seraient réglés. Si vous ne me croyez pas, allez mater Cowspiracy, et on en reparle après. Je ne mange donc plus de viande…Sauf quand je n’ai pas d’autre choix. Flex!

Récemment j’ai lu cet article des Inrocks qui avance que  « le flexitarisme s’affirme comme un agréable compromis : régler son compte à la surconsommation de viande sans pour autant renoncer à ses petits plaisirs ». Traduction : « vous les flexitariens vous êtes des guignols ». Bah non mec, je crois pas, et je ne te permets pas de me juger comme ça. Je suis juste quelqu’un qui essaie de faire de son mieux. Cela ne signifie certainement pas que je vais craquer à la moindre odeur de merguez. En revanche, je dérogerai à ma ligne de conduite pour ne pas être relou chez ceux qui ont la gentillesse de m’inviter à dîner, ou au restaurant, si justement je n’ai pas d’autre choix que l’entrecôte, le poulet rôti, le confit de canard ou le saumon en papillote. Parce que c’est quoi, le message qu’envoie ce genre d’article au fond? Vous devez être parfaits (végétariens ou, mieux végétaliens) et si vous ne l’êtes pas (flexitariens donc), lâchez l’affaire, vous avez tout faux? Jamais quiconque ne réussira à convaincre les non-végétariens d’essayer de changer quoi que ce soit à leurs habitudes avec ce type de discours, bien au contraire, ça ne fera que les conforter dans leur posture. Article contre-productif, donc.

Pour moi, tout ce qui est bon est bon à prendre. Même le flexitarisme des écervelées qui s’y mettent pour perdre du poids. Parce que chaque geste compte, et parce qu’un burger, non consommé, accroche toi-bien, ça représente 2 500 LITRES D’EAU « économisée ». Et je ne te parle pas des émissions de CO2 (une vache qui pète ça produit beaucoup de méthane), de la déforestation, et de tout le reste.

Alors, Flex or not Flex?

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