Mortifiée
Préado, comme des centaines de milliers de préados, j’ai tenu un journal intime. Je ne l’ai jamais relu car j’étais horrifiée de devoir retomber sur des passages d’une inanité sans fond tels que :
« 9 septembre 1991. Cher journal, c’est un grand jour car je te commence ! Je compte sur toi au niveau confidentiel »
Du coup j’ai relégué mes vieux carnets dans un vieil atelier poussiéreux.
Mais il y a quelques jours, Annabelle dont je vous parlais ici m’a fait découvrir le concept Mortified, qui cartonne Outre-Atlantique et qu’elle importe chez nous. Le pitch : se délecter de petits morceaux humiliants de son adolescence avec un public hilare. Très bizarre à mon sens mais apparemment libérateur. J’irai bien entendu mener l’enquête pour vous en septembre.
Coïncidence (mais les coïncidences en sont-elles vraiment ?) : le vieil atelier poussiéreux devant être vidé, je me suis retrouvée avec ma vie de préado et d’ado en cinq tomes sur les bras. Inévitablement, j’ai soufflé sur la poussière qui les recouvrait et j’en ai ouvert un.
Et, tiens, nouvelle coïncidence, je suis tombée pile sur un passage édifiant, que je vous retranscris ici dans son jus, avec les répétitions et les fautes de rigueur :
11/11/91. En sortant du métro (la station est à 10 minutes de la maison), il y a un mec d’environ 29 ans, des lunettes, plus petit que moi, qui m’a demandé l’heure. Je la lui ai donné et ensuite il m’a demandé où se trouvait le métro place d’Italie. Je lui ai montré la direction puis j’ai accéléré le pas, lui aussi ; j’ai ralenti, lui de même. Enfin il m’a dit « Vous avez une très beau sourire » (alors que je ne me souviens même pas lui avoir souri !). J’ai dit merci et j’ai encore accéléré. Ensuite comme il devait traverser il m’a dit : « J’espère qu’on pourra se revoir ». J’ai ri et j’ai répondu « Je ne crois pas ». Je m’améliore… Il y a quelques mois, soit je n’aurais rien répondu, soit j’aurai répondu « allez-vous faire voir ».
Passons sur le bizarre « environ 29 ans » et l’hilarant « allez-vous faire voir ». Arrêtons-nous plutôt un instant sur la date à laquelle ce passage a été écrit : le 11 novembre 1991. C’est-à-dire que j’avais 12 ans, 7 mois et 19 jours.
Ce moment où un mec te suit et accorde ses pas sur les tiens, ce moment où ton cœur se met à battre parce que t’es pas rassurée s’appelle du harcèlement de rue. Je ne suis pas certaine d’avoir eu affaire à un dangereux pédophile (ça c’était quand j’avais 11 ans et qu’un type m’a demandé s’il pouvait m’offrir un coca ou une glace que j’ai poliment refusés, ma maman m’ayant appris qu’il ne fallait pas suivre les inconnus, aussi sympathiques puissent-ils être. Merci maman.). Ce qui est certain c’est que c’était un gros porc parmi d’autres, un parmi tous ceux qui me mataient les seins depuis qu’il m’en était poussé, c’est-à-dire depuis mes 11 ans. Parce que vous comprenez, à partir du moment où une fille est formée, elle est bonne à désirer et à reluquer hein, demandez aux mecs de Daesh, ils ne vous diront pas le contraire et pis eux, les coquins, y se contentent pas de reluquer, oooh non, en v’là qui ont compris la vie au moins.
Le gros Fred dans ma classe était lui aussi clairement très perturbé par ces seins, je subissais ses rires gras et ses remarques et j’avais honte, mais on était sur un pied d’égalité, on avait le même âge. Le jour où il a eu le malheur d’aller trop loin, je l’ai remis à sa place avec quelques mots bien sentis et une petite balayette. A partir de ce moment, Fred est devenu très respectueux.
Nan. Je vous parle de mecs de 29 ans. De mecs de 39 ans, de mecs de 49 ans, de mecs de 69 ans. Qui mataient donc une petite de 12 piges et parfois même l’abordaient.
Je me souviens de leurs regards libidineux comme si c’était hier. Je me souviens de mon visage brûlant de honte. De mes yeux qui faisaient tout pour ignorer les leurs. De ma démarche qui, imperceptiblement (ne pas montrer son malaise) mais sûrement (se mettre hors de leur vue et de leur portée) se faisait plus rapide. Je me souviens que c’est depuis cette époque que je suis mal à l’aise dès que je mange un glace dans la rue (« Elle est bonne ? », dit avec le regard adéquat, je vous jure que ça coupe l’appétit). Je me souviens que j’ai mis quelque chose comme 15 ans à ne plus détester mes seins, qui attiraient tant de saleté. Et je sais pourquoi, encore aujourd’hui, quand je lis que la catégorie « Teen » est la plus recherchée sur les sites de cul, j’ai envie de vomir.
Tout ça pour vous dire qu’en France 82% des femmes ont commencé à être victimes de harcèlement de rue avant 17 ans et que parmi elles, 65% l’ont été alors qu’elles n’avaient pas encore 15 ans. Tout ça pour que ces statistiques ne soient plus seulement des chiffres à vos yeux, mais une histoire incarnée, comme il y a en a tant d’autres sur #PremierHarcelement.


Vous faites partie de ces gens qui cauchemardent dès qu’on leur annonce qu’ils vont devoir commenter un pauvre powerpoint à la réu avec Duchmol ? Vous vous liquéfiez à l’approche de votre entretien annuel avec big boss? La simple idée de devoir dire un petit mot au mariage de votre meilleur pote vous donne des sueurs froides ? J’ai la solution à votre problème, qui, incidemment, est aussi le mien.






Quelqu’un essaie de me tester, c’est certain. Tous les jours, je suis obligée de passer devant la boutique d’Anna Fjord, qui se trouve sur le chemin de l’école de mon fils. Sachant que depuis la réforme des rythmes scolaires le nombre de jours d’école est de 180 par an, et que je passe 4 FOIS PAR JOUR devant cette boutique (déposer l’enfant, rentrer bosser. Ressortir chercher l’enfant, rentrer avec lui à la maison), calculez le nombre de fois où la pauvre âme que je suis est soumise à la tentation. Ouais 720.
La fusion amoureuse est-elle un obstacle à l’accomplissement d’une femme, à sa réalisation ? Le destin de chacun d’entre nous est-il tout tracé ? Et si, à tel ou tel moment de notre vie, nous avions écouté cette petite voix qui nous enjoignait de prendre un autre chemin que celui sur lequel nous nous engagions, notre vie aurait-elle changé ? Aurions-nous été plus heureux/ses ? Ce sont toutes ces questions que pose Camille, Camille, Camille, une pièce de Sophie Jabès que j’ai eu la chance d’aller voir la semaine dernière au Lucernaire.