Mortifiée

Préado, comme des centaines de milliers de préados, j’ai tenu un journal intime. Je ne l’ai jamais relu car j’étais horrifiée de devoir retomber sur des passages d’une inanité sans fond tels que :

« 9 septembre 1991. Cher journal, c’est un grand jour car je te commence ! Je compte sur toi au niveau confidentiel »

Du coup j’ai relégué mes vieux carnets dans un vieil atelier poussiéreux.

Mais il y a quelques jours, Annabelle dont je vous parlais ici m’a fait découvrir le concept Mortified, qui cartonne Outre-Atlantique et qu’elle importe chez nous. Le pitch : se délecter de petits morceaux humiliants de son adolescence avec un public hilare. Très bizarre à mon sens mais apparemment libérateur. J’irai bien entendu mener l’enquête pour vous en septembre.

Coïncidence (mais les coïncidences en sont-elles vraiment ?) : le vieil atelier poussiéreux devant être vidé, je me suis retrouvée avec ma vie de préado et d’ado en cinq tomes sur les bras. Inévitablement, j’ai soufflé sur la poussière qui les recouvrait et j’en ai ouvert un.

Et, tiens, nouvelle coïncidence, je suis tombée pile sur un passage édifiant, que je vous retranscris ici dans son jus, avec les répétitions et les fautes de rigueur :

11/11/91. En sortant du métro (la station est à 10 minutes de la maison), il y a un mec d’environ 29 ans, des lunettes, plus petit que moi, qui m’a demandé l’heure. Je la lui ai donné et ensuite il m’a demandé où se trouvait le métro place d’Italie. Je lui ai montré la direction puis j’ai accéléré le pas, lui aussi ; j’ai ralenti, lui de même. Enfin il m’a dit « Vous avez une très beau sourire » (alors que je ne me souviens même pas lui avoir souri !). J’ai dit merci et j’ai encore accéléré. Ensuite comme il devait traverser il m’a dit : « J’espère qu’on pourra se revoir ». J’ai ri et j’ai répondu « Je ne crois pas ». Je m’améliore… Il y a quelques mois, soit je n’aurais rien répondu, soit j’aurai répondu « allez-vous faire voir ».

Passons sur le bizarre « environ 29 ans » et l’hilarant « allez-vous faire voir ». Arrêtons-nous plutôt un instant sur la date à laquelle ce passage a été écrit : le 11 novembre 1991. C’est-à-dire que j’avais 12 ans, 7 mois et 19 jours.

Ce moment où un mec te suit et accorde ses pas sur les tiens, ce moment où ton cœur se met à battre parce que t’es pas rassurée s’appelle du harcèlement de rue. Je ne suis pas certaine d’avoir eu affaire à un dangereux pédophile (ça c’était quand j’avais 11 ans et qu’un type m’a demandé s’il pouvait m’offrir un coca ou une glace que j’ai poliment refusés, ma maman m’ayant appris qu’il ne fallait pas suivre les inconnus, aussi sympathiques puissent-ils être. Merci maman.). Ce qui est certain c’est que c’était un gros porc parmi d’autres, un parmi tous ceux qui me mataient les seins depuis qu’il m’en était poussé, c’est-à-dire depuis mes 11 ans. Parce que vous comprenez, à partir du moment où une fille est formée, elle est bonne à désirer et à reluquer hein, demandez aux mecs de Daesh, ils ne vous diront pas le contraire et pis eux, les coquins, y se contentent pas de reluquer, oooh non, en v’là qui ont compris la vie au moins.

Le gros Fred dans ma classe était lui aussi clairement très perturbé par ces seins, je subissais ses rires gras et ses remarques et j’avais honte, mais on était sur un pied d’égalité, on avait le même âge. Le jour où il a eu le malheur d’aller trop loin, je l’ai remis à sa place avec quelques mots bien sentis et une petite balayette. A partir de ce moment, Fred est devenu très respectueux.

Nan. Je vous parle de mecs de 29 ans. De mecs de 39 ans, de mecs de 49 ans, de mecs de 69 ans. Qui mataient donc une petite de 12 piges et parfois même l’abordaient.

Je me souviens de leurs regards libidineux comme si c’était hier. Je me souviens de mon visage brûlant de honte. De mes yeux qui faisaient tout pour ignorer les leurs. De ma démarche qui, imperceptiblement (ne pas montrer son malaise) mais sûrement (se mettre hors de leur vue et de leur portée) se faisait plus rapide. Je me souviens que c’est depuis cette époque que je suis mal à l’aise dès que je mange un glace dans la rue (« Elle est bonne ? », dit avec le regard adéquat, je vous jure que ça coupe l’appétit). Je me souviens que j’ai mis quelque chose comme 15 ans à ne plus détester mes seins, qui attiraient tant de saleté. Et je sais pourquoi, encore aujourd’hui, quand je lis que la catégorie « Teen » est la plus recherchée sur les sites de cul, j’ai envie de vomir.

Tout ça pour vous dire qu’en France 82% des femmes ont commencé à être victimes de harcèlement de rue avant 17 ans et que parmi elles, 65% l’ont été alors qu’elles n’avaient pas encore 15 ans. Tout ça pour que ces statistiques ne soient plus seulement des chiffres à vos yeux, mais une histoire incarnée, comme il y a en a tant d’autres sur #PremierHarcelement.

Nul n’est censé ignorer la loi… En matière de main au cul non plus

Je vous avait déjà raconté ici deux mésaventures qui m’étaient arrivées dans la rue il y a quelques années de cela.

Le terme employé pour qualifier ces mésaventures urbaines est « harcèlement sexiste ».

Quelle jeune fille, quelle femme ne s’est jamais retrouvée paralysée face à des gracieusetés telles que celles-ci ? Qui ne s’est jamais sentie humiliée, salie, démunie face au pervers mimant branlette ou pipe sur le quai d’en face ? Qui ne s’est jamais enfuie d’une rame pour cause de gros dégueulasse se tripotant la nouille sur le strapontin d’à côté? Qui n’a jamais connu l’horrible sensation d’une main inconnue sur son cul en pleine heure de pointe ?

J’aimerais voir des doigts levés de l’autre côté de l’écran mais je doute qu’il y en ait. Parce que 100% des utilisatrices des transports en commun ont été victimes au moins une fois dans leur vie de harcèlement sexiste ou d’agression sexuelle (1). BAM.

La plupart du temps dans ce genre de situation, on reste tétanisée. Muette. Impuissante. On baisse les yeux, on fuit. Et puis on se déteste. De ne pas avoir su réagir, dire ceci ou cela, hurler, insulter, frapper.

A toutes, je vous propose un truc. La loi est une force et la loi est de notre côté. Apprenez la loi. Appropriez vous-là. Retenez-en les éléments les plus marquants, et apprenez à les clamer, à les déclamer, avec force et aplomb, et un air de « ta main sur mon cul, ma main sur ta gueule » dans les yeux. Robert de Niro devant son miroir ? Bullshit à côté de vous.

En cas de « Eh salope, pourquoi tu réponds pas quand je te parle ?!? », vous pouvez gueuler « INJURE PUBLIQUE ? 6 MOIS D’EMPRISONNEMENT ET 22 500 € D’AMENDE » ! De toutes vos forces. Avec toute votre rage.

Le monsieur tient à sortir popol ? A s’amuser avec lui ? Réveillez la foule endormie : « EXHIBITION SEXUELLE IMPOSEE A LA VUE D’AUTRUI ? UN AN D’EMPRISONNEMENT ET 15 000 € D’AMENDE !!! ILS SEMBLERAIT QUE MONSIEUR ICI SOIT INTERESSE PAR LE GROS LOT ? »

Si vous avez plutôt affaire à un « tu suces ma belle ? » ou aux si subtils jeux de mimes susmentionnés: « DEUX ANS D’EMPRISONNEMENT ET 30 000 € D’AMENDE !!! »

Dieu merci je n’ai pas encore eu à tester cette technique révolutionnaire. Je ne sais même pas si je serais réellement capable de réagir comme ça. Ce dont je suis certaine en revanche, c’est que le fait de savoir que la loi est de mon côté me donnera toujours plus de force pour marcher la tête haute, sans peur et sans reproche. Et maintenant, vous le savez aussi.

(1) Source : Résultats des consultations menées par le HCEfh, mars 2015

J’ai testé pour vous le premier Toast Challenge de France

Vous faites partie de ces gens qui cauchemardent dès qu’on leur annonce qu’ils vont devoir commenter un pauvre powerpoint à la réu avec Duchmol ? Vous vous liquéfiez à l’approche de votre entretien annuel avec big boss? La simple idée de devoir dire un petit mot au mariage de votre meilleur pote vous donne des sueurs froides ? J’ai la solution à votre problème, qui, incidemment, est aussi le mien.

Pourquoi j’écris à votre avis ? Eh ben entre autres parce que j’assure pas une cacahouète à l’oral. Un jour il faudrait que je compte le nombre de « heu » qui ponctuent mes interviews. Mais j’ose pas le faire, trop peur de devoir assumer pleinement la responsabilité de cette élocution minable et d’en tirer les conséquences en me retirant de la vie journalistique.

Du coup, quand j’ai vu tourner cette info sur le toast challenge, j’ai inspiré un grand coup et je me suis inscrite (Merci Alfred hein !).

C’est quoi le toast challenge ? Une sorte de concours d’éloquence bon esprit, avec speed coaching intégré.

Me voici donc dans un chouette bar du côté d’Oberkampf, en compagnie de jeunes gens ma foi fort sympathiques (on est même venu me parler alors que j’étais attablée seule, en plein blocage autiste, c’est dire. Merci Matthieu hein !).

Nous sommes une trentaine, dix d’entre nous doivent être tirés au sort pour venir porter un toast d’une à deux minutes sur scène. Matthieu a beau me charrier pour me détendre, à l’intérieur c’est le 6 juin 44, mon cerveau me bombarde d’adrénaline et de cortisol, j’ai le visage en feu, je sue à grosses gouttes, mais qu’est-ce que je suis venue foutre là bordel de merde ?!?

Pourtant l’ambiance est franchement conviviale, on acclame chaque candidat avant et après sa prestation, bravo-hourra-applaudissements-t’asgraveassuré-c’estvraitucrois-ouaisj’tejure-merci ! Il faut dire qu’Annabelle, l’organisatrice en chef de l’événement est canadienne. D’où l’esprit « Amazing ! » de la soirée. On est là pour apprendre des trucs certes, mais de façon cool, décontractée, fun, loin, très loin de l’académisme auquel nous a habitué le système français. Et putain ça fait du bien !

On toaste à la joie de vivre puis à l’échec, je suis en panique mon sujet c’était ça version 2 en 1, shampoing + après-shampoing, va falloir que je trouve autre chose si ça tombe sur moi. Un nouveau tirage au sort ? Une nouvelle goutte qui coule le long de mon dos. On toaste aux mecs qui matent en terrasse, aux cheveux bouclés, aux free hugs, à Simone Weil, aux femmes, aux intermittents du spectacle… Après chaque prestation Annabelle prodigue ses conseils avisés et toujours bienveillants à l’impétrant toasteur. Je ne vais pas entrer dans les détails, ce serait spoiler, mais je peux vous dire qu’il y est question de pipi, de doudous, et de boobs.

Il ne reste plus que deux passages, je commence à me détendre.

Et là, BAM ! « Asha Bottée est demandée sur scène ». Je reste interdite deux secondes, et puis j’y vais, je plonge en eaux profondes (et troubles). J’ai pas le choix, faut que j’assure, alors je me lâche. Je porte un toast au courage et aux courageux, à ceux qui y vont malgré les mains qui tremblent, la voix qui chevrote, les jambes qui flageolent. Le public me sourit, ce toast est pour lui aussi, je le lui dédie.

Tonnerre d’applaudissements ! On me fait une ola ! On me porte en triomphe, C’EST INCROYAAABLE !!!

Bon. En vrai c’était pas mal, mais Annabelle demande de recommencer, en étant davantage, heu, panthère.

Dont acte. Je me lance, je suis à fond, je m’approche du bord de la scène, prête à bouffer mon auditoire. Mais ouais les gars, les chattes bottées, les lionnes, les tigresses, les panthères, c’est la même mifa tout ça !

Et vous savez quoi ? J’ai gagné un prix ! J’avoue, on était toutes fières sur scène avec nos bouteilles de champ à la main, miss investie (Simone Weil), miss décalée (Bouclette), et moi-même-miss-transformée-maîtresse-du-monde.

Après ? Après je suis rentrée chez moi, vidée mais mais encore excitée (je me dit que ça doit faire ça, un huit feuilles après trois rails…). Heureuse d’avoir osé, heureuse d’avoir rencontré de chouettes personnes et heureuse de rentrer chez moi avec plein de bons conseils dans ma besace, dont je me suis juré de faire bon usage lors de mes prochaines interviews.

Alors, le prochain toast, c’est vous qui le portez ?

Quoi : Toast Challenge

Où : A Paris (pour l’instant)

Quand : tous les deux mois

Combien : 14 euros, conso comprise

Pour plus d’infos, ça se passe ici.

Pauvre Kâma…

Le soleil tape. J’en peux plus de tourner en rond. Bon sang, sont pas fichus de numéroter leurs rues ces Indiens ?

– Can i help you ?

Byam Shaw

Byam Shaw

Mince, ça devait arriver, j’hallucine. C’est la réincarnation de Kâma en personne qui vole à mon secours. Le dieu de l’amour, le plus canon du panthéon indien, me propose de l’aide. Je dois être dans un état de déshydratation avancé. Et au stade 3 de la Near Death Experience, vous savez, quand des êtres de lumière viennent vous souhaiter la bienvenue au pays des poneys multicolores (Big up Baptiste Beaulieu). Oui, je peux en témoigner, le paradis existe. Pour le trouver, il suffit de prendre un aller simple pour Delhi, et de se perdre dans la toile d’araignée géante de Connaught Place

– Are you lost?

Allons bon. Ce n’est pas un rêve. Je dois juste réussir à répondre au plus beau mec de la Terre, assez fort pour que ma voix couvre les battements de mon coeur, qui menace de me lâcher d’un instant à l’autre. Chers Madame et Monsieur Bottée, j’ai l’immense regret de vous annoncer que votre fille Asha est décédée des suites d’un arrêt cardiaque au croisement de Shaheed Bhagat Singh Marg et de Connaught Circus. Nous vous serions reconnaissants de bien vouloir vous organiser en vue du rapatriement de son enveloppe charnelle sans quoi nous serons dans l’obligation de la faire incinérer à Varanassi et de la jeter dans le Gange, à moitié cramée seulement comme il se doit. Vous remerciant par avance pour votre compréhension je vous prie d’accepter, Madame, Monsieur, l’expression de mes plus sincères condoléances.

– Well, hum, yes i am looking for ICICI Bank, I’ve been searching for a while, I just can’t remember where it is.

– Oh ! Don’t worry, it’s just over there, let me show you.

Ouch. Ces yeux. Bleus ? Verts ? Bleus verts ? Verts bleutés ? Il est Kashmiri, et travaille dans une agence de voyages du coin. Marlon, James, Alain (putain, en France les sex-symbols s’appellent Alain quand même), Brad, Johnny, Matthew et les autres, vous pouvez aller vous rhabiller, le plus beau mec de la Terre est Kashmiri ok ?

Il m’attend à la sortie de la banque, me propose qu’on se revoie, me file son 06 et arrête un rickshaw pour moi.

On dirait que ces trois mois à Delhi vont être encore plus, disons, enrichissants que prévu.

Il faut croire que le pays de mes origines me réussit… Je dois dégager un truc différent, à Paname on ne me drague JAMAIS dans la rue. « Ouaich princesse », « Charmante ! » ou « Z’êtes ravissante», ça oui. Mais de la drague en bonne et due forme, ça non. Je ne sais pas, y’a peut-être écrit « n’essaie même pas, mec » sur mon front.

Bref, là je le tiens, mon bel inconnu, et je n’ai pas l’intention de le lâcher.

Deux jours plus tard, il me raccompagne en rickshaw après notre premier « date », un concert de Qawwali en plein air. Il me regarde intensément. Je suis toute chose. Il me regarde très intensément. Ici ce qui se passe en moi est de toute façon condamné à être censuré par Facebook, donc c’est pas la peine que je vous en parle. Il me regarde vraiment, vraiment très intensément et me saisit la main. La sienne est moite. Y’a un truc bizarre dans l’air, je n’arrive pas à définir quoi mais je vous jure que c’est bizarre.

Et là c’est le drame.

– Please please please, I am begging you, will you have sex with me. Will you ???

– Heuuu…

– PLEAAASE, you MUST understand, it is terrible for us here. We cannot do ANYTHING with ANY girl before marriage. I’m going CRAZY! Please Asha !

Et ainsi de suite.

Je bredouille que je suis désolée, je retire ma main de la sienne, le silence est bien plus assourdissant que le vrombissement du moteur du rickshaw, la magie s’envole, noire désormais, par le pot d’échappement. J’essaie de m’écarter tout doucement mais il garde sa cuisse collée contre la mienne. Et soudain j’ai peur. Peur qu’il me harcèle au téléphone. Peur qu’il vienne m’attendre en bas de chez moi pour me suivre et me pécho dans un buisson poussérieux, un soir où je rentrerai, comme j’en ai l’habitude, à la tombée de la nuit. Peur de toute cette frustration.

Je dois avoir un bon karma : je suis tombée sur un type qui a su garder le contrôle de son désir, de sa frustration, de sa personne, même face à la petite touriste en goguette que j’étais alors. Après un ou deux coups de fil le Kashmiri de Connaught Place n’a plus donné signe de vie. Que se serait-il passé après quelques rendez-vous s’il ne m’avait pas ainsi refroidie ? Seuls les dieux de l’amour et du hasard le savent.

Quant à moi j’ai gardé de cette non-aventure une infinie tristesse pour mon bel inconnu, et pour tous ces jeunes qui en Inde ne peuvent rien faire de leurs cœurs ni de leurs corps en émoi.

———————–

« En Inde, selon nos chiffres, une femme ou fillette est violée ou agressée sexuellement toutes les 2 heures ».        Sudha Sundararaman, secrétaire générale de l’ONG « All India Democratic Women’s Association ».

La faute à qui?

wonderwomanEn France, dès l’âge de 15 ans, les filles passent 44 minutes de plus que les garçons à faire le ménage. Voilà le genre de nouvelle qui m’enchante au plus haut point. C’est incroyablement réjouissant non ?

Sérieusement, ça me rend dingue.

Et puis je compulse quelques dossiers, et les chiffres surgissent. C’est insupportable mais il y a pire. Ce qui ne veut dire qu’on doit fermer sa gueule. Juste essayer de réfléchir de façon globale. Think global, act local, vous connaissez la chanson.

500 000 avortements sélectifs chaque année en Inde pour éviter la naissance d’une fille et un sex ratio de 120 garçons pour 100 filles en Chine (le ratio « normal » étant de 105 pour 100).

La faute à qui ?

5000 femmes victimes de crimes d’honneur chaque année dans le monde.

La faute à qui ?

130 millions de femmes excisées puis « cousues » pour assurer leur virginité dans le monde.

La faute à qui ?

Plus de 130 millions de femmes concernées par le mariage forcé dans le monde.

La faute à qui ?

La faute à la société, bien sûr.

La faute aux hommes, qui ont dominé les femmes depuis que le monde est monde.

Parce qu’ils ont la force physique pour eux, semble-t-il

Parce que, pour s’assurer que leur descendance soit VRAIMENT leur descendance il leur a fallu nous enfermer. Ces chiennes lubriques sont insatiables, voilà qui n’est tout de même pas très rassurant.

Parce qu’esclaves de leur désir, des millions d’entre eux voient en nous leur plus grande faiblesse, et nous haïssent pour cela. Enfermons-les, ces créatures du diable, ces infâmes tentatrices qui de géants font de nous des nains. Sans quoi elles nous voleront tout. Notre cœur, notre âme, notre force.

Nous voilà donc enfermées, depuis une éternité. Dans des harems et des bordels. Derrière des voiles et des fourneaux. Je suis sûre qu’y en a au moins une dans le tas qui s’est fait ligoter façon bondage avec un fil d’aspirateur, la belle image…

La faute aux hommes, donc.

Seulement voilà, il y a comme un petit problème.

Qui est-ce qui sollicite davantage les filles que les garçons pour les tâches ménagères, qui est-ce qui montre le bel exemple de la bonne à tout faire à demeure ?

Les mères.

Qui les femmes enceintes d’un bébé de sexe féminin craignent-elles le plus en Inde ?

Leur belle-mère.

Qui pratique les excisions en Afrique ?

Les femmes.

La faute à qui, AUSSI, alors?

Tout se passe comme si nous faisions de notre mieux pour maintenir en place ce même système qui nous oppresse. Ce bon vieux truc de la victime qui devient bourreau, il marche à tous les coups décidément.

Mais il n’y a pas que ça.

Il y a la peur.

En 2013, fuyant le village de son époux (mariage arrangé, cela va de soi), une jeune pakistanaise de 22 ans retourne dans sa ville d’origine, Karachi, avec l’aide d’une tante et d’une cousine. Là, elle rencontre une autre homme, la petite perverse. Le conseil tribal de l’époux bafoué la fait donc fait exécuter, ce qui est bien normal. Sans oublier sa tante et sa cousine hein, faut pas déconner, quand même. Et bien entendu, ce sont des membres de leur propre famille qui s’en sont chargés. Le linge sale, ça se lave en famille comme chacun sait.

En Inde une femme qui a le malheur de ne donner naissance qu’à des filles peut être renvoyée chez ses parents sans ménagements. Elle perd alors tout statut et est traitée comme une moins que rien durant le restant de ses jours. Son mari la remplace rapidement par une nouvelle épouse dans l’espoir que celle-ci lui ponde enfin un descendant de sexe mâle…

En Afrique, une femme qui s’élève contre l’excision rejette la tradition et s’expose ainsi à être mal vue par les siens, et à son tour rejetée…

En France, reconnaissons le chance que nous avons de ne pas avoir à nous battre contre ce genre d’horreurs. Sans oublier que nous avons nos propres combats. Partage des tâches, égalité salariale, parité, violences sexuelles, violences conjugales, sexisme, stéréotypes, la liste est longue.

Bouclons la boucle avec nos histoires d’aspirateurs et de serpillères. Pourquoi chez nous les femmes continuent-elles à assurer 80% du travail domestique ? Parce qu’elles sont masos ? Parce qu’elles redoutent que Loulou finisse par en avoir marre de s’entendre demander de faire la vaisselle et les quitte pour une autre, qui elle fera pas chier avec la vaisselle, la poubelle et les chaussettes qui traînent? Parce qu’elles culpabilisent quand elles s’occupent d’elles et non des autres, comme le veut l’image de la Mère avec un M majuscucle, de la Femme avec un grand F ? Parce que finalement faire 80% du taf c’est avoir le pouvoir quelque part, régner sur un petit royaume, aussi plat, aussi petit, aussi limité soit-il? Et que perdre son royaume, c’est tout perdre ?

Je ne sais pas.

Ce dont je suis certaine, en revanche, c’est que la peur, cette vicieuse, a laissé sa trace visqueuse et puante dans le cœur de toutes ces femmes dont je viens de vous parler. C’est elle notre véritable ennemi, le principal obstacle à notre liberté.

Mais comme dirait l’autre, le courage c’est d’y aller même – et justement – quand on a peur. Ce n’est qu’à ce prix que les choses bougeront.

Il faut s’indigner. Dénoncer. S’unir. S’épauler. Chercher de l’aide quand on en a besoin. Aider quand on le peut. Se battre.

Parce qu’on est victime que tant qu’on décide de le rester.

Parce que la liberté et l’égalité sont rarement servies sur un plateau d’argent.

La liberté et l’égalité se conquièrent

La peur au ventre toujours.

C’est qu’on les paie parfois au prix fort, ces droits fondamentaux là. Au prix de la vie pour certaines,  de l’amour pour d’autres, de la sécurité pour d’autres encore.

Mais je vous l’assure, la liberté et l’égalité finissent par se conquérir.

Saigner pratique, pas cher et durable, c’est possible

Je ne sais pas si vous avez fait gaffe, mais ça parle pas mal règles en ce moment sur les réseaux sociaux.

Du coup je me suis dit que c’était le moment idéal pour vous faire découvrir la coupe menstruelle.

A vous mesdemoiselles et mesdames, mais à vous aussi messieurs.

Parce que si ça se trouve, c’est vous qui allez convaincre les femmes de votre entourage de tester cette coupe, ou coupelle, ou cup (la cup, ou comment l’anglais rend vraiment TOUT plus cool). Ce faisant, vous obtiendrez leur gratitude éternelle, et, pour bons et loyaux services rendus à la Planète, un laissez-passer post-mortem pour vous envoyer en l’air avec 72 nanas qui n’ont jamais leurs règles.Ben quoi, il vous plaît pas mon argumentaire? J’ai pourtant cherché un truc bien dans l’air du temps là…Y’en a qui se feraient pas prier à votre place, je vous assure.

Bref. Figurez-vous donc un petit entonnoir fermé, tout souple (c’est fait en silicone médical, ultra safe). La chose se plie pour pouvoir s’insérer dans l’orifice prévu à cet effet et puis s’oublie. Elle se vide, se rince et se replace trois à quatre fois par jour quand les règles sont abondantes et deux à trois fois par jour quand elles le sont moins. ET CA CHANGE LA VIE. I swear man.

Pourquoi ?

Parce ce qu’on peut dire bye bye aux serviettes qu’il faut changer TRES régulièrement si on veut éviter de fuir, ou de puer. Parce que faut arrêter de déconner, je suis pour qu’on parle des règles sans honte ni tabou, mais les extrémistes qui prétendent qu’une serviette hygiénique imbibée de sang pendant plus de trois heures sent la rose me font bien rigoler.

Ciao aux tampons plein de substances pas peace du tout, et donc aux sécheresses, irritations et aux mycoses en tous genre.

Adieu aux fils de tampons qui trouvent toujours le moyen de disparaître dans la matrice.

Adios, le sprint matinal vers les toilettes pour éviter de faire une Carrie.

Prenons un spécimen de sexe féminin, âgé de 30 ans. Disons qu’il lui reste 20 ans à (se) saigner mensuellement pour la perpétuation de l’espèce. Cette personne va donc encore utiliser en moyenne 5 800 protections périodiques.

IMG_5109Celles-ci mettront à peu près 500 ans à se dégrader. Et ça, vous le savez, c’est mal. Jetez un œil à ces chiffres, c’est flippant.

Toujours pas convaincu(e) ? Et si je vous dit que ces 5800 protections lui coûteront la modique somme de … 2436 euros ? 2346 bloody euros !!!

Sinon la personne en question peut aussi choisir de s’acheter une cup, qu’elle renouvellera au bout de 10 ans. Le tout pour une cinquantaine d’euros au total, en moyenne. Voilà voilà…

Enfin j’dis ça, j’dis rien.

Sincèrement, le seul truc un peu chiant, c’est de vider et rincer sa coupe quand on n’est pas chez soi. La solution : emporter une petite bouteille d’eau aux toilettes. On se lave les mains, on retire la cup, on la vide, on la rince. Si on fait gaffe à l’eau il en reste même pour « se » rafraîchir, on replace la cup, on s’essuie et voilà, il ne reste plus qu’à se relaver les mains.

Pour les autres questions gore, je vous laisse consulter la FAQ de ce site, très complet, avec comparateur de cups et tout. Je ne touche pas de com’ pour vous y envoyer, en revanche, si vous adoptez une coupelle, vous m’offrirez bien une coupette j’espère !

Allez, la bisette.

Et bon appétit bien sûr.

Brèves de comptoir

Une brasserie en gare d’Angoulême.

Deux papys, peau tachetée par les années, poils au nez (pour de vrai).

Attablés, ils bavardent devant un café. Deux vieux potes, qui semble-t-il se sont retrouvés sur Copainsdavant. Ca paraît dingue, ils ont au moins 80 piges ! Du coup, malgré mon boulot en retard, je tends l’oreille, intriguée. A qui ai-je affaire?  Deux retraités branchés ? Deux maîtres Yoda made in terroir ? Deux veufs en goguette ? Ecoutez donc…

– « Au, fait, qu’est devenu Fetis ?

– Ah lui, il avait fait radiologie.

– A l’université il y a beaucoup de nègres maintenant tu sais. Des nègres et des niakoués.

– Moi je pense être le dernier à avoir liquidé ma clientèle et ma maison.

– Que veux-tu mon vieux, on se dirige vers la fosse…

– C’est sûr que ça fait des médecins en moins. Ils nous parlent de désertification médicale, mais les commerces, les artisans, les boulangeries, tout ferme. Maintenant on a Carrefour. Dans mon coin il nous reste deux boulangeries, un bureau de tabac, une mercerie. Et Carrefour, qui fait aussi la charcuterie et la boucherie.

– Nous a Intermarché, ça revient au même.

– A part ça c’est que des banques.

– …

– Dis donc l’autre jour en rentrant au restaurant je me suis foutu par terre, ça faisait longtemps que ça m’était pas arrivé.

– Tant qu’à faire, autant se casser la gueule dans un lieu public, au moins y’a du monde pour appeler l’ambulance.

– C’est sûr. Mes premiers voisins sont à deux kilomètres.

– Mais tu te feras assassiner !

– Bah, l’alarme, je l’ai…

– Ma femme l’a aussi.

– Le problème c’est que quand on l’a autour du cou la portée est très limitée. A propos de femme, la mienne  a maintenant son lit mécanisé dans la pièce qui nous servait de salon.

– Ca doit pas être drôle tous les jours. Veux-tu que je t’emmène chez nous à la campagne ? Ca te changera d’air. Je te prêterai une chemise de nuit ».

 

Bon ben en fait, c’était juste deux pauv’ vieux, reliques d’un autre temps, derniers survivants d’une certaine campagne française dont le pouls ralentit de plus en plus, et qui ne vont pas, eux non plus, tarder à casser leur pipe. Une fin de vie triste comme un champ gelé l’hiver, avec à côté une zone industrielle, vous savez, ces trucs tout en algeco…

Et puis, deux voix en moins pour Marine, aussi.

Mon premier nu

J’ai toujours eu un problème avec la nudité.

Pas celle des ateliers de peintres, ni celle des vestiaires, bien que je ne sois jamais hyper à l’aise quand vient le moment de retirer mon sous-tif de danse rose fluo.
Les naturistes, quand je les imagine achetant leur PQ au supermarché, m’ont toujours fait marrer (de même que les gothiques, mais c’est une autre histoire).

Je vous parle plutôt de cette nudité dont on nous gave à longueur de journée. La nudité en tant que produit d’appel, celle qui s’adresse aux bites à la place des cerveaux. Qu’on nous foute une meuf à poil pour vendre un film, une caisse, un yaourt, un sonotone (comment ça, ça n’a pas encore été fait ? Mais que font ces gentlemen de la pub ?!?) m’a toujours fichue en rogne.

Et cette meuf à poil, elle aussi, m’a toujours mise mal à l’aise, qu’elle soit là pour refourguer un gel douche, un frigo, ou un déboucheur de chiottes, provoquant en moi un drôle de sentiment, entre l’exaspération, l’abattement et la tristesse.

Et c’est encore pire quand elle montre son cul pour se vendre elle-même. Mais meuf (oui, je m’adresse souvent aux filles à poil en 4 X 3), t’as un problème de confiance en toi c’est ça ? T’es persuadée que la personne que tu es n’intéressera jamais assez les gens, et qu’avec les tétons au vent, ça passera mieux ? Ou alors t’es ultra-adaptée à ton époque ultra-libérale, donc forcément cynique, et tu sais qu’avec ton cul tu peux te faire de la maille vite fait bien fait. Mais nom d’un string léopard, c’est trop facile ! Trop facile ? Elle s’est contrefiche bien sûr, pour elle seul le résultat compte, or elle les obtient, les spotlights et la maille, à quoi bon se prendre la tête à vouloir s’élever un peu plus haut hein ?

Généraaation désenchantéééée, chantait l’autre, fort justement.

Bref.

J’ai toujours eu un problème avec la nudité, disais-je donc (tout ça pour ça, me direz-vous, et sans doute aurez-vous raison).

GOLSHIFTEH-FARAHANI-EGOISTEEt puis Golshifteh Farhani a posé nue en couv de la revue Egoïste.

Cette nana, depuis le jour où je me suis mise à chialer devant l’affiche d’un de ses films dans la salle d’attente d’une boite de prod, est pour moi la plus belle femme du monde (le film en question, My Sweet Peperland, est en revanche complètement dispensable). Je sais pas pourquoi, c’est comme ça, elle m’émeut, j’ai l’impression quand je la regarde que son âme est aussi belle que son enveloppe charnelle, c’est probablement n’importe quoi mais j’y peux rien, je suis amoureuse d’elle.

Donc voilà mon idole à poil. Eh bien contre toute attente, Golshifteh m’a réconciliée avec le nu. Parce cette nudité-là ne cherche pas à vendre quoi que ce soit. C’est un corps et un regard qui disent doucement mais fermement « JE SUIS LIBRE ». Avec cette série de photos, Golshifteh, qui dans l’interview qu’elle donne à Serge Bramly rejette le statut de victime qu’on lui a collé aux fesses, pose et se pose en sujet, et non en objet. Ce corps nu est si fragile… Je me dis qu’il en faut de la force de caractère et du courage pour l’exposer ainsi à la fureur des censeurs fous, sans protection aucune. Mais c’est justement cette fragilité qui fait sa force, et c’est là qu’en plus d’être beau, c’est bon. Dans ta face, le censeur fou.

Ces photos, je vais les encadrer et les afficher chez moi. Comme Golshifteh, je viens d’une communauté musulmane, shiite. De gens peace hein, je vous rassure. Mais il y a des choses qui chez nous « ne se font pas ». Jusqu’à ce que quelqu’un finisse par les faire…

Syngué Sabour

Anna Fjord ou la tentation nordique

Quelqu’un essaie de me tester, c’est certain. Tous les jours, je suis obligée de passer devant la boutique d’Anna Fjord, qui se trouve sur le chemin de l’école de mon fils. Sachant que depuis la réforme des rythmes scolaires le nombre de jours d’école est de 180 par an, et que je passe 4 FOIS PAR JOUR devant cette boutique (déposer l’enfant, rentrer bosser. Ressortir chercher l’enfant, rentrer avec lui à la maison), calculez le nombre de fois où la pauvre âme que je suis est soumise à la tentation. Ouais 720.

720 tentations ! Et moi qui essaie d’être de plus en plus décroissante, vestimentairement parlant. Moi qui conspue la société de consommation à longueur de statuts Facebook. `Ah ! Rabhi et compagnie peuvent aller se rhabiller (je suis en train de me lancer comme challenge d’y aller un peu plus fort dans le jeu de mot pourri à chacun de mes nouveaux posts). J’ai compris depuis longtemps, moâ, qu’acheter, posséder, et paraître ne font pas le bonheur.

Quelqu’un a du se dire, nan mais elle va arrêter de se la jouer, la passionaria verte à deux balles, là ? Et donc quelqu’un a transformé le chemin de l’école en chemin de croix, en y plaçant sournoisement la boutique d’Anna Fjord plutôt qu’une boutique Desigual.

Mais qui donc est Anna Fjord ? Anna Katrine Madsen naît au Danemark et galope à travers la campagne de ce beau pays pendant toute son enfance. Ses parents sont francophiles et c’est sans doute un peu à cela qu’elle soit sa vie d’aujourd’hui.  Parisienne depuis 7 ans, elle continue à fuir la foule de la grande ville mais aime les rencontres qu’on y fait, la diversité des gens que l’on y croise.

Physiquement c’est une sorte d’apparition, une héroïne hitchcockienne des temps modernes. Des cheveux courts presque blancs à force d’être blonds, un visage fin, des yeux bleus fjord, évidemment. Et une allure à tomber à la renverse. Son allure, ce sont sa grâce, son port de tête qui la font, mais aussi ses vêtements.

Anna, tiens tiens, porte en effet presque exclusivement ses propres créations. C’est d’ailleurs comme ça qu’elle est venue à la couture : elle a commencé par dessiner ce qui lui faisait envie, des modèles qu’elle n’arrivait pas à trouver dans le commerce. Et puis une amie prof de stylisme lui a trouvé un talent certain, un don pour associer les couleurs, les matières, et lui a appris son savoir-faire. Les profs, les copines à la fac ont commencé à lui demander d’où elle sortait ces merveilles, à lui en commander des pièces.

Fast forward. Anna est à Montpellier dans le cadre de sa licence de français, les hasards de la vie la conduisent à Paris où elle mène une vie de dingue : traductrice le jour, serveuse la nuit, sans oublier la couture. Sa bonne étoile lui sourit, elle trouve une boutique à louer au pied du Sacré Cœur, celle-là même où oui, je l’avoue, j’ai craqué.

A ma décharge, avoir résisté aussi longtemps (plus d’un an !) tient du miracle. Les coupes d’Anna sont magnifiques. Simples, épurées. Les matières, nobles (beaucoup de laine, mélangée à du jersey, à du cachemire, avec des empiècement en velours, en soie…). Les couleurs sont intenses, profondes. J’ai craqué pour un pull et un pantalon. La prochaine fois ce sera une redingote. Ses redingotes, doux jésus ! On se damnerait pour elles.

Et mes bonnes résolutions ? Bé…C’est Anna qui dessine les vêtements qu’elle vend et qui en choisit les tissus, pour leur qualité. L’assemblage est réalisé non pas dans un sweat shop à l’autre bout du monde mais à Paris, près de chez moi. Forcément, tout ça coûte plus cher que ce que je pourrais trouver chez Mango, Zara & Cie. On est plus proche niveau prix de la sainte trinité Sandro-Maje-ClaudiePierlot. Sans le désagrément de voir les mêmes sapes que les siennes sur le cul de toutes les pépées parisiennes.

Qualité et rareté VS quantité et banalité… Mon choix et fait !

Allez ça va, j’ai pas trop envie mais je vous la file l’adresse…

C’est au 19 rue André del Sarte, dans le XVIIIe, que ça se passe. Mais attention, la prochaine qui a une redingote Anna Fjord avant moi est obligée de me la prêter. Nan mais.

Chère Camille…

La fusion amoureuse est-elle un obstacle à l’accomplissement d’une femme, à sa réalisation ? Le destin de chacun d’entre nous est-il tout tracé ? Et si, à tel ou tel moment de notre vie, nous avions écouté cette petite voix qui nous enjoignait de prendre un autre chemin que celui sur lequel nous nous engagions, notre vie aurait-elle changé ? Aurions-nous été plus heureux/ses ? Ce sont toutes ces questions que pose Camille, Camille, Camille, une pièce de Sophie Jabès que j’ai eu la chance d’aller voir la semaine dernière au Lucernaire.

Pourquoi trois fois Camille ? Parce qu’on retrouve sur la même scène Camille Claudel à trois âges différents. Quand, jeune fille, elle se demande si elle doit céder aux avances de Rodin. Quand, dans la fleur de l’âge, elle sombre dans des délires psychotiques et obsessionnels. Et enfin, quand,  au seuil de la mort, elle attend encore qu’on la libère de l’asile où elle est enfermée depuis 30 ans.

Les trois Camille prennent la parole les unes après les autres puis finissent par se rencontrer, se parler. La vieille Camille, celle qui « sait », tente de sauver ses deux incarnations passées mais on sait bien, nous, que c’est en pure perte, et les dialogues n’en sont que plus déchirants. Les voix des trois Camille se mêlent, et nous voilà plongés au cœur de la folie de la grande sculptrice. Le tout est brillamment interprété par trois fantastiques comédiennes, et si la mise en scène semble par moments répétitive (les deux jeunes Camille semblent s’habiller, se déshabiller, et se rhabiller sans fin), on peut dire à la décharge de Marie Montegani, la metteuse en scène, que ces redondances nous enferment finalement assez logiquement dans l’univers étouffant des prisons de Camille : sa prison mentale, dans laquelle elle tourne en rond jusqu’à devenir folle, et l’asile où elle est internée.

Courez donc voir Camille, Camille, Camille, dont c’est la dernière semaine de représentation au Lucernaire. Pour soutenir une belle pièce, pour rendre hommage à une artiste hors du commun et pour célébrer, par cette plongée du côté obscur de la force, votre propre liberté.

Au Lucernaire jusqu’au samedi 22 novembre, à 18h30

Au Théâtre 95 à Cergy Pontoise les 4 et 5 décembre à 15h30.