Jour après jour

Rideau. Lever.

Tu allumes ton extension digitale, non parce que t’es accro, mais parce que si la lumière bleue empêche de dormir, elle doit bien aider à se réveiller, tu te dis.

Petit déjeuner avec Nicolas D. Tu préfèrerais Edouard B. mais il faut bien s’informer quand on n’a pas la télé…

Ligne 13. Compressé, le trajet. Tu les a toujours un peu méprisés, les tireurs de tronche du métro. Maintenant t’as juste envie de les prendre dans tes bras. Pour les féliciter de réussir à supporter ça chaque matin chaque soir de chaque semaine de chaque année. Et sans doute aussi, pour te réconforter.

Tu sors de la boite à rouler, pour entrer dans la boite à taffer. Tu poses tes fesses sur un siège à l’ergonomie bien pensée, tu colles tes yeux sur à l’écran, illuminé. C’est parti pour une journée. Tu te lèves, café.

Dix mails, tu t’empêches autant que possible d’écrire des trucs comme « je reviens vers vous asap ». Il te faut quelque chose pour supporter ça. Allez, du chocolat. Tu te lèves, tu te poses sur cette chaise à l’ergonomie bien pensée, qui, tu le sais, va bientôt devoir supporter des fesses engraissées.

D’ailleurs tiens, c’est l’heure d’aller dans la boite à manger.

Des légumes, mon royaume pour des légumes, en prévision des madeleines à l’huile de palme hydrogénée du goûter. Bon, les gens sont gentils. Tu ne devrais pas te plaindre. Tu as un travail, avec des gens gentils. Pense aux petits Syriens. Mais tout de même, plutôt que de la pluie et du beau temps, tu aimerais bien les écouter parler de leurs peines et de leurs joies, des instants qui ne finissent pas (Yaourt perso de Youssou N’ D. et Neneh C. NDLR).

Tu te rassois, prête pour tes deux-trois heures quotidiennes de torture. Ne. Pas. Laisser. Faire. Ces. Paupières. Soulever. Ces. Paupières. 2h40 aujourd’hui, tiens.

Réveil/union. Ah ! C’est mieux, on est comme au spectacle. Ici à côté du téléphone spécial conf-call le jeune cadre organisé, là près de la porte le bientôt-retraité blasé, ici la chargée de projet motivée, là le stagiaire éparpillé. Aaaah, les mots clowns, les voilà, on les attendait ceux-là. Copeel, Brife, Line, mes amis. Quand ça commence à partir de sucette il y en a toujours un pour sortir la Méthode à Gilles. Elle fonctionne à tous les coups, celle-là, c’est fort.

Tu te lèves, tu te rassois. Tu te lèves, madeleines. Tu te rassois. Tu es assis. Tu travailles. C’est bien.

Tu te lèves, tu quittes la boite à taffer pour rejoindre la boite à rouler.

Trop fatigué. Pour bouger, pour sortir, pour rire, pour picoler, pour parler, pour danser, pour faire à manger.

Pour le chercher, ton ciel dégagé.

Pas en vie.

Comme disait l’autre : perdre sa vie à la gagner.

La plus petite des boites t’attend, dans pas longtemps. C’est pour bientôt, le rideau.

N’oublie pas.

 

Ashanoir

copyright : Clotchard Crasvat – Anartisanat

Babysitting, vaisselle et schémas sexistes

Mary PoppinsIl y a quelques temps je m’insurgeais sur Facebook : Alphonse le nouveau babysitter (oui on peut s’appeler Alphonse et avoir 17 ans) ne faisait pas la vaisselle. Ni celle du nain ni la sienne. J’étais outrée. C’est qu’il arrivait après trois Mary Poppins qui, toutes, faisaient la vaisselle (encore une fois je ne parle pas de ma vaisselle, mais de celle du « moment babysitting »). Toutes, même … la sœur aînée d’Alphonse. Voilà, je me disais. Encore une preuve de la différence d’éducation entre les filles et les garçons, y compris au sein de la même famille.

Récemment, une wanabee babysitter a passé son baptême du feu à la maison. Une fille, Colline. Et Colline n’a pas fait la vaisselle. Quand je m’en suis rendue compte, il s’est passé un truc bizarre dans ma tête. J’étais contente. J’étais contente parce que cette petite meuf de 19 ans venait faire de faire exploser le double schéma sexiste avec lequel je me débattais depuis ma nuit des temps. Le premier c’est celui avec lequel j’ai grandi. Dans ma famille (pas la cellule nucléaire, la famille élargie), les hommes parlent affaires et mettent les pieds sous la table pendant que les femmes cuisinent, servent, débarrassent et font la vaisselle.

Le deuxième c’est celui que j’ai développé en réaction :

Hommes = Gros Branleurs

Femmes = Pauvres Etres au Service de la Société en général (les parents, les enfants, la belle-famille, toussa toussa) et des Gros Branleurs en particulier.

Donc Colline affirme : Moi aussi je peux être une petite branleuse.

Et moi je lui réponds : Colline, je te kiffe. Parce que tu es la branleuse que j’aurais aimé être, et que j’essaie encore d’être même si c’est très compliqué, tu sais, après toutes ces années de lavage de cerveau.

Alors je sais ce que vous vous allez me dire. Vous allez me dire que ce ne serait pas vivable, une planète avec que des branleurs et des branleuses dessus. Que ce serait le chaos, que ça ne s’appellerait plus la Terre, mais la Grande Porcherie. Qu’il suffit juste que les hommes eux aussi y plongent les mains, dans l’eau crado du bac à vaisselle (parce que l’autre option, à savoir je me la boucle, je mets ma burqua et mes gants Mappa, vraiment, ça va pas le faire).

Mais vous voyez, l’ennui c’est que la majorité d’entre eux*, quand on leur demande ça, font de la résistance passive. Et vas-y que je traîne la patte, et vas-y que j’oublie, et vas-y que je râle et vas-y que je te force à remettre le sujet sur le tapis, une fois, dix fois, vingt fois, cent fois, trop de putain de fois. Et immanquablement, ça nous retombe dessus : qu’est-ce qu’elles sont chiantes, ces femmes ! On bosse quand même hein !

Le truc, c’est qu’y en a marre de passer pour les chieuses de service, toujours à réclamer, demander, exiger. C’est pas cool, et puis c’est épuisant.

Du coup voilà hein, c’est parti pour la Grande Porcherie…

PS : J’ai un lave-vaisselle, mais ça c’est une autre histoire…

PS2 : Toi l’homme ami des femmes, toi qui oeuvres pour la paix des ménages et la paix sur Terre, je te bise

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* Aujourd’hui en France, 80% de l’activité domestique repose encore sur les femmes.

Mortifiée

Préado, comme des centaines de milliers de préados, j’ai tenu un journal intime. Je ne l’ai jamais relu car j’étais horrifiée de devoir retomber sur des passages d’une inanité sans fond tels que :

« 9 septembre 1991. Cher journal, c’est un grand jour car je te commence ! Je compte sur toi au niveau confidentiel »

Du coup j’ai relégué mes vieux carnets dans un vieil atelier poussiéreux.

Mais il y a quelques jours, Annabelle dont je vous parlais ici m’a fait découvrir le concept Mortified, qui cartonne Outre-Atlantique et qu’elle importe chez nous. Le pitch : se délecter de petits morceaux humiliants de son adolescence avec un public hilare. Très bizarre à mon sens mais apparemment libérateur. J’irai bien entendu mener l’enquête pour vous en septembre.

Coïncidence (mais les coïncidences en sont-elles vraiment ?) : le vieil atelier poussiéreux devant être vidé, je me suis retrouvée avec ma vie de préado et d’ado en cinq tomes sur les bras. Inévitablement, j’ai soufflé sur la poussière qui les recouvrait et j’en ai ouvert un.

Et, tiens, nouvelle coïncidence, je suis tombée pile sur un passage édifiant, que je vous retranscris ici dans son jus, avec les répétitions et les fautes de rigueur :

11/11/91. En sortant du métro (la station est à 10 minutes de la maison), il y a un mec d’environ 29 ans, des lunettes, plus petit que moi, qui m’a demandé l’heure. Je la lui ai donné et ensuite il m’a demandé où se trouvait le métro place d’Italie. Je lui ai montré la direction puis j’ai accéléré le pas, lui aussi ; j’ai ralenti, lui de même. Enfin il m’a dit « Vous avez une très beau sourire » (alors que je ne me souviens même pas lui avoir souri !). J’ai dit merci et j’ai encore accéléré. Ensuite comme il devait traverser il m’a dit : « J’espère qu’on pourra se revoir ». J’ai ri et j’ai répondu « Je ne crois pas ». Je m’améliore… Il y a quelques mois, soit je n’aurais rien répondu, soit j’aurai répondu « allez-vous faire voir ».

Passons sur le bizarre « environ 29 ans » et l’hilarant « allez-vous faire voir ». Arrêtons-nous plutôt un instant sur la date à laquelle ce passage a été écrit : le 11 novembre 1991. C’est-à-dire que j’avais 12 ans, 7 mois et 19 jours.

Ce moment où un mec te suit et accorde ses pas sur les tiens, ce moment où ton cœur se met à battre parce que t’es pas rassurée s’appelle du harcèlement de rue. Je ne suis pas certaine d’avoir eu affaire à un dangereux pédophile (ça c’était quand j’avais 11 ans et qu’un type m’a demandé s’il pouvait m’offrir un coca ou une glace que j’ai poliment refusés, ma maman m’ayant appris qu’il ne fallait pas suivre les inconnus, aussi sympathiques puissent-ils être. Merci maman.). Ce qui est certain c’est que c’était un gros porc parmi d’autres, un parmi tous ceux qui me mataient les seins depuis qu’il m’en était poussé, c’est-à-dire depuis mes 11 ans. Parce que vous comprenez, à partir du moment où une fille est formée, elle est bonne à désirer et à reluquer hein, demandez aux mecs de Daesh, ils ne vous diront pas le contraire et pis eux, les coquins, y se contentent pas de reluquer, oooh non, en v’là qui ont compris la vie au moins.

Le gros Fred dans ma classe était lui aussi clairement très perturbé par ces seins, je subissais ses rires gras et ses remarques et j’avais honte, mais on était sur un pied d’égalité, on avait le même âge. Le jour où il a eu le malheur d’aller trop loin, je l’ai remis à sa place avec quelques mots bien sentis et une petite balayette. A partir de ce moment, Fred est devenu très respectueux.

Nan. Je vous parle de mecs de 29 ans. De mecs de 39 ans, de mecs de 49 ans, de mecs de 69 ans. Qui mataient donc une petite de 12 piges et parfois même l’abordaient.

Je me souviens de leurs regards libidineux comme si c’était hier. Je me souviens de mon visage brûlant de honte. De mes yeux qui faisaient tout pour ignorer les leurs. De ma démarche qui, imperceptiblement (ne pas montrer son malaise) mais sûrement (se mettre hors de leur vue et de leur portée) se faisait plus rapide. Je me souviens que c’est depuis cette époque que je suis mal à l’aise dès que je mange un glace dans la rue (« Elle est bonne ? », dit avec le regard adéquat, je vous jure que ça coupe l’appétit). Je me souviens que j’ai mis quelque chose comme 15 ans à ne plus détester mes seins, qui attiraient tant de saleté. Et je sais pourquoi, encore aujourd’hui, quand je lis que la catégorie « Teen » est la plus recherchée sur les sites de cul, j’ai envie de vomir.

Tout ça pour vous dire qu’en France 82% des femmes ont commencé à être victimes de harcèlement de rue avant 17 ans et que parmi elles, 65% l’ont été alors qu’elles n’avaient pas encore 15 ans. Tout ça pour que ces statistiques ne soient plus seulement des chiffres à vos yeux, mais une histoire incarnée, comme il y a en a tant d’autres sur #PremierHarcelement.

Nul n’est censé ignorer la loi… En matière de main au cul non plus

Je vous avait déjà raconté ici deux mésaventures qui m’étaient arrivées dans la rue il y a quelques années de cela.

Le terme employé pour qualifier ces mésaventures urbaines est « harcèlement sexiste ».

Quelle jeune fille, quelle femme ne s’est jamais retrouvée paralysée face à des gracieusetés telles que celles-ci ? Qui ne s’est jamais sentie humiliée, salie, démunie face au pervers mimant branlette ou pipe sur le quai d’en face ? Qui ne s’est jamais enfuie d’une rame pour cause de gros dégueulasse se tripotant la nouille sur le strapontin d’à côté? Qui n’a jamais connu l’horrible sensation d’une main inconnue sur son cul en pleine heure de pointe ?

J’aimerais voir des doigts levés de l’autre côté de l’écran mais je doute qu’il y en ait. Parce que 100% des utilisatrices des transports en commun ont été victimes au moins une fois dans leur vie de harcèlement sexiste ou d’agression sexuelle (1). BAM.

La plupart du temps dans ce genre de situation, on reste tétanisée. Muette. Impuissante. On baisse les yeux, on fuit. Et puis on se déteste. De ne pas avoir su réagir, dire ceci ou cela, hurler, insulter, frapper.

A toutes, je vous propose un truc. La loi est une force et la loi est de notre côté. Apprenez la loi. Appropriez vous-là. Retenez-en les éléments les plus marquants, et apprenez à les clamer, à les déclamer, avec force et aplomb, et un air de « ta main sur mon cul, ma main sur ta gueule » dans les yeux. Robert de Niro devant son miroir ? Bullshit à côté de vous.

En cas de « Eh salope, pourquoi tu réponds pas quand je te parle ?!? », vous pouvez gueuler « INJURE PUBLIQUE ? 6 MOIS D’EMPRISONNEMENT ET 22 500 € D’AMENDE » ! De toutes vos forces. Avec toute votre rage.

Le monsieur tient à sortir popol ? A s’amuser avec lui ? Réveillez la foule endormie : « EXHIBITION SEXUELLE IMPOSEE A LA VUE D’AUTRUI ? UN AN D’EMPRISONNEMENT ET 15 000 € D’AMENDE !!! ILS SEMBLERAIT QUE MONSIEUR ICI SOIT INTERESSE PAR LE GROS LOT ? »

Si vous avez plutôt affaire à un « tu suces ma belle ? » ou aux si subtils jeux de mimes susmentionnés: « DEUX ANS D’EMPRISONNEMENT ET 30 000 € D’AMENDE !!! »

Dieu merci je n’ai pas encore eu à tester cette technique révolutionnaire. Je ne sais même pas si je serais réellement capable de réagir comme ça. Ce dont je suis certaine en revanche, c’est que le fait de savoir que la loi est de mon côté me donnera toujours plus de force pour marcher la tête haute, sans peur et sans reproche. Et maintenant, vous le savez aussi.

(1) Source : Résultats des consultations menées par le HCEfh, mars 2015

Valentine’s Day stinks

Si vous avez lu ça et ça, ou encore ça, vous savez déjà que j’ai un peu de mal avec les impératifs, les exercices imposés, les oukazes et autres diktats. Vous vous doutez donc que je ne porte pas la Saint-Valentin dans mon coeur.

Aaaah, la Saint-Valentin. Cette magnifique journée où les petits coeurs trop choux envahissent les vitrines, où les tables des restaurants sont illuminées de tas de petites bougies trop mignonnes – le chef prépare un délicieux dessert à la vanille et au gingembre, vous allez vous régaler, annonce le serveur avec un clin d’oeil appuyé. Cette formidable date à marquer d’un petit coeur rouge (vous allez en bouffer du coeur, je vous préviens) sur son agenda, sous peine, dans certains couples, de déclencher une guerre thermo-nucléaire. Ce jour tant attendu des célibataires amers, ravis qu’on leur renvoie à la gueule leur non-conformité. Cette grande et belle fête de la consommation, où l’on vous somme de prouver votre amour à longueur de pubs, d’affiches, d’articles, de reportages, et de playlists langoureuses. Dites donc, en écrivant, je viens de réaliser un truc de dingue. CON-SOMMATION. Mais c’est énorme!

Je sais pas vous, mais moi il me semble que la Saint-Valentin fait surtout la joie des  filles qui sont restées bloquées sur leurs histoires de prince charmant. Catherine Monnot, antropologue à l’EHESS, à l’air d’accord avec moi dans cet article de la brigade de la répression du vice d’Atlantico.

Ah oui, j’oubliais au passage la véritable joie des vendeurs de roses pakistanais, quand même. Et puis celle des fleuristes en général, des restaurateurs, des papetiers (pour les jolies cartes pleines de coeurs), des bijoutiers, des parfumeurs, des vendeurs de lingerie, et tutti quanti. Celle de l’Occident commerçant, appliquant tout en douceur sa vaseline goût vanille-gingembre au cul du reste du monde.

Le monde entier fête donc la Saint-Valentin, même Le Brésil qui a pourtant sa propre fête des amoureux le 12 juin, la Chine (Le Qi Qioa Jie, le 7e jour du 7e mois du calendrier lunaire), la Colombie (Le 3e samedi de septembre), Israel (Tou Beav, en juillet ou août) (Merci Wikipedia hein)…  Y’en a que ça énerve… Je ne les aime pas beaucoup mais sur ce coup là, je les comprends un peu…

« Cette nana est aigrie, elle a pas de mec », entends-je déjà. Désolée les cocos mais ça fait à peu près 15 ans que je n’ai pas passé de Saint-Valentin seule. C’est d’ailleurs fort dommage, je m’imagine bien revêtir mon plus beau porte-jarretelle et aller écumer les bars et les clubs de Paris au cours d’ une chasse à l’homme d’anthologie.

Durant de ces 15 années donc, j’ai eu trois Valentins différents. Et je les ai vus, tous les trois, m’observer avec appréhension la première année, quand, le jour fatidique approchant, on entendait ou voyait le premier spot de pub pour la Saint-Valentin. Je les laissais  quelques secondes à leur angoisse, et mettais fin au supplice, d’un laconique : « T’inquiète, moi aussi je trouve que c’est naze, cette fête à deux balles ». Et soudain, leur regard s’illuminait, plein de gratitude. Finalement, je leur faisais ainsi le plus beau cadeau de Saint-Valentin de leur vie. Pas de « je t’aime » forcé, pas de prise de tête pour trouver un putain de cadeau, pas d’horrible dessert vanille-gingembre à avaler.

C’est cool, parce qu’apparemment, y’en a chez qui ça ne passe pas, les « je t’aime » forcés. À sa décharge, je tiens tout de même à signaler que ce charmant rappeur est finalement plus proche de la signification originelle de la Saint-Valentin que les marchands du temple. Les Lupercales romaines célébraient en effet la fécondité, l’amour physique, plutôt que l’amour tout court. CQFD

Pour finir, et pour savoir si je suis complètement à côté de la plaque ou pas, je vous propose un petit sondage vite fait, dont je vous communiquerai évidemment les résultats dans un prochain post, à condition bien sûr que vous soyez plus de deux à répondre.

A vot’ bon coeur!

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Avez-vous vu la Vulve d’Adèle?

Cannes Film Festival

Photo credit: Wikipedia

Je sais bien que je ne suis plus dans le cœur de l’actualité culturelle, qu’il faudrait plutôt évoquer ici le Goncourt ou le Renaudot.

Mais j’ai préféré attendre avant d’écrire ce billet, histoire de me calmer un peu, de prendre du recul. Et puis, je reste tout de même dans l’actualité cul-turelle.

Avec deux semaines de re-cul, donc, je me pose toujours la même question : pourquoi n’y a-t-il pas de catégorie« porno » au Festival de Cannes ? Le film de Monsieur Kechiche aurait remporté le prix du meilleur film pornographique. Une autre œuvre, plus méritante, aurait obtenu la Palme. Et je ne me serais pas ennuyée pendant 1h30 (soit la moitié du film) ni n’aurais été plongée dans l’embarras le plus profond par ces scènes de sexe interminablement crues (10 minutes ? 20 minutes ? Je ne saurais dire combien de temps moi-même et les spectateurs de la salle 1 du Louxor avons été paralysés par ces han-han et ces splotch-splotch sans fin). Monsieur Kechiche, il me semble  que les gens qui ont envie de se taper une petite branlette devant un film de boules – pardon, de chattes –  préfèrent faire ça chez eux ou dans l’intimité d’une cabine destinée à cet effet. Mais peut-être me fourvoie-je…

Tout n’est pas à jeter, évidemment. Kechiche sait filmer la vie : ça sonne vrai, ça sonne juste. Il a su retranscrire l’adolescence, ses affres, ses émois, la brusque alternance de ses joies et de ses peines, ses moments de communion et de solitude. Mais souvent, il en fait trop.

Kechiche aime les longueurs et les répétitions, son cinéma en devient lourd. Chez les prolos, on parle boulot et on n’aime pas les homos.  On ne mange pas, on bâfre, sauce bolognaise au menton. Chez les bourgeois, on parle art et épanouissement personnel, on reçoit au champagne et aux huîtres. Passe encore. Mais nous montrer aussi souvent et aussi longtemps Adèle mastiquant, bouche ouverte ?!? Nous la faire pleurer, et filmer avec autant de délectation sa morve coulant, coulant, n’en finissant plus de couler?!? Pitié !

Voilà qui me ramène à mon premier propos. Les longueurs, les répétitions, le cul bien cash… Tout cela décidément rentre bien dans la case porno. Si Kechiche se décidait à se lancer dans cette industrie, dont le niveau se verrait ainsi considérablement relevé, on recommanderait chaudement à Youporn de le classer dans les sous-genres « fetish» (pour la mastication et mouchage), « cunnilingus », « lesbian ». Et « teen», bien sûr.

Que dites-vous ? C’est de l’art, pas du cochon ? Mais monsieur, je croyais que l’art était, entre autres, un moyen de sublimer la pulsion sexuelle… Or, de sublimation, ici, je n’en vois point. Cochon va.

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Mon traducteur XJP (xylolalie des jeunes parents) / français

Tout d’abord, une petite précision à la suite de mon précédent message à caractère informatif. Il n’est pas question ici de mettre fin à la surpopulation mondiale en dégoûtant les parents potentiels de faire des enfants. Non non non non. Je veux juste éviter que vous vous retrouviez dans mon état d’esprit, quand à plusieurs reprises, je me suis entendue gueuler en mon for intérieur, fort contrarié : MAIS PUTAIN, POURQUOI PERSONNE NE M’AVAIT RIEN DIT !!!

Les boxeurs ont des entraîneurs pour leur expliquer où ils vont se prendre des coups, et les aider à s’y préparer. Les étudiants bûchent sur les annales des années précédentes. Mais personne ne prévient réellement les futurs parents de ce qui les attend. Leurs propres parents sont trop vieux, ils ont oublié le mauvais pour ne retenir que le bon. Et puis de toute façon ils gagatisent d’avance…Useless. Il reste les potes, les medias, les films, les bouquins. Même si les choses bougent doucement (big up Florence Foresti, big up Rémi Besançon et Louise Bourgouin, big up Alessandra Sublet, big up Florian Zeller – je n’ai pas lu ces deux derniers « auteurs » mais le seul fait qu’ils s’attaquent au sujet sans angélisme mérite un chapeau bas), le discours général va dans le même sens : un enfant, c’est « que du bonheur » ! « Bon, c’est parfois difficile, mais il suffit que ton enfant te fasse un sourire pour que tu oublies tout ». Eh bien sachez, mesdames, mesdemoiselles et messieurs que, de mon point de vue en tout cas, ceci est faux. Avoir un enfant c’est beau ET difficile. Il y a des moments magiques, empreints de grâce ET des moments horribles, où on donnerait très cher pour être ailleurs. Les plus n’effacent pas les moins, sauf avec le temps. Un morceau de vie en somme.

Quoi qu’il en soit, ce sont les tabous, les non-dits, les mots couverts qui règnent en maîtres dans les discours autour de la parentalité.

Pour mettre fin à cet enfumage  à grande échelle, je vous propose  un petit outil fort utile : mon traducteur xylolalie / français. C’est assez déprimant, je vous préviens. Si vous flippez trop, passez un coup de fil à ceux parmi vos amis qui ne se font jamais prier pour vous tenir au courant de chacune des avancées de leurs petits agneaux, photos et petits cœurs à l’appui. Ca vous fera du bien, vous verrez.

Baby inside

Certaines femmes enceintes font de la rétention d’eau  = Certaines femmes sont si enflées qu’elles ne peuvent plus enfiler que d’horrible baskets, délacées

« Sur la fin, c’est pas facile de s’endormir » = ton ventre est tellement énorme qu’il t’es impossible de trouver une position assez confortable pour rejoindre les bras de Morphée. Il est 5 heures, Paris s’éveille.

« Finalement, on s’habitue à ne plus picoler» = tu vas te faire chier comme une rate morte dans les soirées, où tout le monde sera gai sauf toi.

Newborn child, seconds after birth. The umbili...

Photo credit: Wikipedia

Baby coming !

L’accouchement, c’est chaud = Tu vas morfler, même sous péridurale. Parce qu’on te pique une fois que les contractions ont bien commencé, et qu’on arrête de te filer ta dose quand il faut que tu sois en mesure de pousser. Tu auras tellement mal que tu vas finir par insulter la sage-femme, ton mec, et intérieurement, l’alien qui te torture de la sorte. Sigourney, si tu me lis… PS : Si ton mec a le malheur de passer du côté du théâtre des opérations, il va être traumatisé pour un sacré bout de temps.

Baby outside

« Je n’ai pas une minute à moi » = J’arrive pas à trouver le temps de me laver les cheveux, ni de me couper les ongles. Je ressemble à une femme des cavernes. Back to the roots quoi…

« C’est clair qu’avec un bébé, faut faire beaucoup plus de machines » = Au début, il fait des cacas jaunes qui, comme ils sont liquides, dépassent la barrière de la couche et dégueulassent complètement ses bodys, ce plusieurs fois par jour. Je te raconte pas le bonheur, quand tu kiffes pas trop toucher au caca de manière générale…

« Ca va mieux, on trouve nos repères petit à petit » = Je peux me laver les cheveux maintenant, d’ailleurs je reste très longtemps sous la douche, avec l’eau je n’entends plus les pleurs de bébé. Putain ça fait du bien.

Après l’accouchement, certaines femmes perdent leurs cheveux, mais c’est temporaire = Ca repousse, mais pas pareil. Adieu, cheveux brillants et vigoureux…

« J’ai retrouvé mon poids d’avant » = Je fais le même poids, mais ma taille et les hanches se sont élargies, mes seins ont rapetissé, et mon ventre est mou chelou. Depuis j’adooore les blouses. Ca tombe bien, faut que je refasse ma garde robe…

«  Le cul, c’est pas trop ça en ce moment » = Plus le temps, ni l’envie, ni la force. Ca fait trois mois qu’on n’a pas niqué. Heu, sept, en comptant la grossesse.

« Désolé(e), je peux pas venir à ta soirée, on n’a pas de babysitter » = Je crève d’envie de venir mais je suis trop naze. Et puis aussi grand que pourrait être le plaisir que j’y prendrais, c’est du pipi de chat par rapport à la galère de gérer un bébé toute une journée avec une gueule de bois et trois heures de sommeil.

Il est dans sa phase d’opposition = c’est l’horreur (voir ici pour plus de précisions)

Voilà, avec ces exemples de traduction, vous êtes à présent en mesure de décrypter les propos de vos potes jeunes parents.

Juste une petite précision :

C’est fou comme je l’aime = C’est fou comme je l’aime

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Marre de la petite robe noire

black dress :: sort kjole #7

black dress :: sort kjole #7 (Photo credit: ~Merete)

Un samedi soir sur la terre. Pas au fin fion© du trou du cul du monde, évidemment. Non. A Paris, capitale de la fashion.

Affalée sur mon lit, les bras en croix, les portes de mon placard grandes ouvertes, je grommelle : « Je vais pas y aller. Journée de merde, chuis lessivée  En plus c’est à Montreuil, et j’ai pas mon i-phone, je vais jamais trouver mon chemin». L’Homme tente alors gentiment de m’encourager : « Mais si, vas-y, ça va te changer les idées ». Et là, la vérité vraie, bêlement accablant, me sort enfin de la bouche : « Oui mais j’ai rien à me mêêêttre !». Il va sans dire que mon placard est prêt à imploser sous la pression de cette tonne de fringues accumulées séance de shopping après séance de shopping, à l’époque où je travaillais dans un bureau et où je gagnais des soussous, donc. J’avoue ne pas être hyper fière de ces années d’achats compulsifs, mais maintenant que les soussous se font rares, je ne suis pas mécontente non plus de ne pas avoir à porter les trois mêmes pauvres sapes tous les jours que dieu fait.

La petite robe noire est là. Elle me tend les bras, elle me crie tout bas « sors-moi, sors-moi, sors-moi ! ». Le basique de chez basique. LE symbole de l’élégance parisienne. La classe internationale, en somme. Les rédactrices de mode nous l’ont répété à l’envi : la petite robe noire vous sauve une soirée. Guerlain nous le rabâche : la petite robe, c’est chic et so glamour

Sauf que non. Je l’ai laissée au placard, la petite robe noire. Parce que sans déconner, vous avez regardé autour de vous, entre le champagne et la clope, les dix dernières fois où vous êtes sorties (allez, les cinq dernières fois, on n’a plus 20 ans …) ?

TOUTES LES MINETTES SONT EN PETITE ROBE NOIRE. Ok, j’exagère un poil. Toutes les minettes sont en petite robe noire, OU en top noir / pantalon noir / bottines noires, VOIRE, comble de l’excentricité, en top noir / jupe noire / collants noirs / talons noirs.

Sérieux. Si aujourd’hui était hier, nos jeunes grands-mères, lorsqu’elles devaient porter le deuil toute une année, n’auraient pas eu se casser la tête pour continuer à écumer les soirées mondaines sans ressembler à un oiseau de mauvais augure.

Allez, les filles, sans forcément donner dans le color block, vous n’avez pas envie d’un peu de lumière pour éclairer la nuit (d’autant plus lorsqu’elle tombe à 17h30…) ? D’un peu de couleur pour égayer vos soirées ? D’un peu de chaleur pour pousser vos targets à venir se réchauffer auprès de vous ?

Alors oui, bon, dans les dernières pubs Dolce Gabbana, toutes les filles sont en noir, et c’est magnifique. Mais c’est l’imagerie Colomba qui fait ça, je vous jure. Dans la vraie vie, c’est d’un mortel ennui.

Allez, gardez votre petite robe noire pour vos virées à l’étranger, tout le monde sera à genoux devant la petite frenchie so classy, mais par pitié, à Paris, ôtez vos souliers gris !

PS : Ceci dit, si un jour l’envie vous prend de me faire un anniversaire surprise, et de m’offrir une petite veste noire, je ne vous en voudrai pas hein…

©Ma pote Laetitia

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A mort le « it »

C’est pas compliqué, JE N’EN PEUX PLUS !

Et quand j’écris en capitales, c’est que vraiment, je n’en peux plus.

Je reçois une newsletter, je clique : « Les it du moment. » En l’occurrence les expos à ne rater sous aucun prétexte, sinon c’est la honte, veugra. Je me désabonne illico.

Je passe devant ma  boutique de lingerie préférée : « It formes ». Je m’étouffe, je crache, et je jure sur la tête de, allez, Alexa Chung – ça ne mange pas de pain –  de ne plus y mettre les pieds.

Je feuillette un féminin chez le coiffeur : « it collab », « it boutique »… Bon sang, heureusement que ça fait des années que je ne touche plus à cette came en papier glacé.

Tout a commencé chez nous il y a trois, quatre, cinq ans de cela, je ne sais plus (fin des années 20 aux States !). Avec une it girl, ou un it bag dans un magazine. Ou une it girl arborant un incroyable it bag dans ledit magazine peut-être… Au début, je l’ai trouvé rigolo, ce nouveau gimmick. Et puis, comme on me le servait à toutes les sauces, j’ai commencé à être légèrement écoeurée. Je me suis dit que ça allait passer. Mais non. Les rédactrices de mode, les journalistes people, les prescripteurs de tendance ont continué à nous en abreuver, et ne semblent pas près de s’arrêter. Donc là, comme je vous le disais, je n’en puis plus. Ras-le-bol. Au moindre it, je me mets à transpirer abondamment, mon rythme cardiaque s’accélère, et, la bave aux lèvres, je hurle. C’est pas beau à voir, je vous jure…

Mais pourquoi tant de haine pour un simple tic d’écriture, me suis-je interrogée ?

C’est Néon

Anna Wintour (left) & Alexa Chung at the Twent...

Anna Wintour (left) & Alexa Chung at the Twenty8Twelve fashion show (Photo credit: Wikipedia)

qui m’a donné la réponse, dans son fictionnaire du mois d’octobre. Y figurait ce génial néologisme : « fachonista ». Ca a été comme une épiphanie. Voilà ! C’était exactement ça qui m’horripilait dans ce it refusant de passer, tel un atroce hoquet : la dictature de la fashion. Cette révélation, ce moment de grâce ont presque transmué ma profonde irritation en admiration béate. It est le plus court résumé de tout ce bla-bla qui veut nous convaincre qu’il FAUT faire ceci, acheter cela, ressembler à machine et avoir le même sac que truc muche pour être dans le coup, pour être bien. Des ordres réitérés toutes les semaines, tous les mois, toutes les saisons. C’est fort, c’est beau, me voilà bouche bée devant tant de concision et d’efficacité. Un minuscule mot pour exprimer l’impératif de consommation auquel tente de nous soumettre notre chère société de consommation.

Alors oui, on est en démocratie, personne ne me force à feuilleter de magazine féminin, ni à m’abonner à des newsletters, ni même à lever le nez du bitume quand je passe devant une vitrine. Heureusement, parce que j’aime la mode. J’aime l’observer, l’admirer, m’en moquer, m’en inspirer, par PETITES touches. En gros, ne comptez pas sur moi pour enfiler l’uniforme que tant de nénettes s’empressent de porter dès qu’on le leur ordonne (ah ! le tunique-leggings-ballerine, ah le slim-T-shirt rock…), même si ça ne leur va pas forcément, même si TOUTES leurs potes sont habillées pareil. Bref, j’aime la mode, mais je ne suis pas un mouton, et je n’aime pas qu’on s’adresse à moi comme si j’en étais un. Sans déconner. Mes amies, mes sœurs, liberté, liberté chérie, allez quoi !

Pour finir, voici spécialement pour vous trois petits extraits de magazines (je ne citerai pas de noms, ils sont tous pareils les féminins de base):

« Le maquillage à adopter ». Traduction :  it maquillage qui te fera peut-être ressembler à une voiture volée, ou, à l’inverse, à un cadavre, mais c’est comme ça, ne discute pas.

« L’accessoire du moment  : le mini-sac » = it sac dans lequel tu ne pourra rien mettre, mais tant pis pour toi, tu dois absolument l’avoir. Le« must have » de la saison quoi. A méditer, cette expression. MUST. HAVE.

Enfin, « on zappe les pantalons d’homme glissés dans la tige des boots » = ça c’était it l’an dernier, même si tu as kiffé passe à autre chose.

Bon je vais arrêter là moi, je commence à avoir chaud.

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