Histoire d’un féminisme

Fuck Ya Girl by @etienne_racine_photo

J’ai
Moins de 8 ans
Je suis assise
Sur des marches d’escalier
Je porte
Une jupe blanche.
Ma mère
Visiblement très gênée
Me demande de resserrer les jambes
Un oncle est là
L’homme le plus inoffensif du monde
Je le sais, elle le sait
Mais c’est un homme
Et une fillette
Ne garde pas ses jambes ouvertes
Devant un homme.

J’ai 10 ans, dans le cour de récré,
Rémi soulève ma jupe
Je l’attrape par les poignets
Je le fais tournoyer
Puis le lâche aux quatre vents
Et le vois s’écraser, contre le gravier
A l’infirmerie, Rémi.

11 ans, je prends le métro seule, comme une grande
Un homme me demande son chemin en anglais
Toute fière je lui réponds
En anglais
L’homme me remercie
Et me demande si je veux l’accompagner manger une glace
J’ai 11 ans
Mais je sais
Que tous les enfants feraient mieux
De ne jamais suivre les messieurs
Qui proposent des bonbons et des glaces.
Mon cœur de 11 ans bat la chamade
Je dis non merci
Et je saute hors de la rame,
Dieu merci.

12 ans, premières règles.
Je saigne, c’est normal, ça veut dire que je deviens une femme
Ca veut dire
Que je suis en âge de procréer.
Mais il faut cacher
Les serviettes, propres ou de sang souillées
Etre discrète, pudique
C’est une sale affaire de femmes
De femmes seules.

J’ai 12 ans
Et des seins.
D’horribles messieurs,
De 40-50-60 ans
M’envisagent goulûment
Et j’ai comme la nausée

J’ai 12 ans
Et des seins.
Frédéric, le petit gros pianiste prodige satyre précoce de ma classe
Les fixe de façon répugnante
Une blague salace sort de sa bouche
Balayette
Frédéric ne recommencera plus.

J’ai 13-14 ans
Un cousin éloigné
Fort pieux – lit le coran de façon admirable –
Me fait du pied sous la table.
Je retire mon pied.

Plus tard, à l’adolescence.
Depuis ma chambre à barreaux rose
Je pense à mes ami.es expats, malgaches,
Qui ont le droit de sortir, de danser
Je pense aux jeunes hommes de ma « communauté ».
Qui ont le droit de sortir, de danser
Et en profitent pour payer des prostituées. Ils peuvent enchaîner les conquêtes, les aventures, les histoires, nous il nous faut être sages, garder notre « réputation ».
Depuis ma chambre à barreaux rose
Je veux juste sortir, danser.

Aux grands déjeuners familiaux en campagne malgache
Les hommes d’un côté
De la table
Les femmes de l’autre
D’un côté ça parle business et politique
De l’autre recettes et cancans.
Je préfèrerais la politique et le business, je me dis.

18 ans
Je marche, rue piétonne
Un piéton
De toute la largeur de sa grosse main dégueulasse
M’empaume la fesse
Moi figée, lui s’en va, hilare.
Interminables secondes
Puis le feu me monte aux joues
Je voudrais
Lui courir après
Le secouer
Lui hurler dessus
Il est trop tard
L’homme est loin.
Je n’ai plus jamais marché insouciante
Je marche tête haute
Poings et mâchoires serrés
Les yeux qui disent
Me fait pas chier.
Et plus aucun gros dégueulasse
Ne vient me faire chier.

J’ai 26 ans, je rentre chez moi
Il est 23h, peut-être minuit
Pour la première fois
De ma vie
Je me sens suivie
Oui. Un homme me suit
J’ai peur, pour la première fois peur comme ça.
Heureusement il y a deux entrées pour mon immeuble
Je m’engouffre dans le passage sous la tour
Je cavalcade les escaliers
Le bip, la porte, sauvée.
J’aurai peur, pendant quelques jours
De recroiser le rôdeur de la tour.

33 ans, mère, mariée,
Je m’auto-moule dans le moule
De celle qui travaille « moins »
Bébé, ménage, cuisine,
Chaussettes et caleçons abandonnés
Au pied du panier.

46 ans, je vous raconte la longue naissance d’un féminisme.

Rédigé sans IA les gars.

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