13 ans déjà

Je l’attends, à l’aéroport, à côté d’autres parents.
Le voilà, au milieu d’un flot ininterrompu de sweats à capuches.

Il me voit, nos sourires se croisent, il me fait signe qu’il faut continuer tout droit, suivre la prof, et je comprends, je comprends à cet instant, qu’il me faudra l’embrasser avec retenue, ce n’est pas encore le moment, pas maintenant.

Un rapide et discret baiser sur sa joue  « Alors ça va ? C’était bien ? ». Et tandis que nous nous dirigeons vers la sortie, il saisit ma main. Pouces index majeurs entremêlés nous marchons. Et non merci, il ne veut pas que je lui prenne sa valise.

Dans le taxi, il me raconte le voyage, les visites, leur hôte, l’argent de poche envolé entre deux milk-shakes et une session de jeux d’arcades, le concours de paëlla. Puis il se tait, pose sa tête sur mes genoux et épuisé, s’endort, tandis que je lui caresse les cheveux, enfin.

Il est encore petit, mon grand. Il est déjà si grand, mon tout-petit.


“Vos enfants ne sont pas vos enfants.
Ils sont les fils et les filles de l’appel de la Vie à elle-même.
Ils viennent à travers vous mais non de vous.
Et bien qu’ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.

Vous pouvez leur donner votre amour mais non point vos pensées,
Car ils ont leurs propres pensées.
Vous pouvez accueillir leurs corps mais pas leurs âmes,
Car leurs âmes habitent la maison de demain, que vous ne pouvez visiter,
pas même dans vos rêves.
Vous pouvez vous efforcer d’être comme eux,
mais ne tentez pas de les faire comme vous.
Car la vie ne va pas en arrière, ni ne s’attarde avec hier.

Vous êtes les arcs par qui vos enfants, comme des flèches vivantes, sont projetés.
L’Archer voit le but sur le chemin de l’infini, et Il vous tend de Sa puissance
pour que Ses flèches puissent voler vite et loin.
Que votre tension par la main de l’Archer soit pour la joie;
Car de même qu’Il aime la flèche qui vole, Il aime l’arc qui est stable.”

Khalil Gibran

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