Il est venu le temps…

Avez-vous déjà entendu parler de la courbe du deuil ? Ce sont 5 étapes du deuil (5 stages of grief) que la psychiatre Elisabeth Kübler Ross a observées chez des patients en phase terminale, une courbe qui a depuis été maintes et maintes fois reprise, pour décrire le le processus qui accompagne toute transformation douloureuse.

Chacun la présente un peu à sa sauce, je vais donc la présenter la mienne, parce que je crois que malgré ses limites (tout le monde ne passe pas forcément pas ces étapes, la chronologie n’est pas exactement la même, certaines étapes peuvent se chevaucher…), il me semble qu’elle éclaire très justement notre chemin, en tant qu’individus comme en tant que société.

La voici :

Prenons l’exemple du réchauffement climatique :
1/ CHOC : WTF ?!?
2/ DENI : Nan mais le réchauffement climatique, t’as pas encore compris que c’est un complot mondial, mdr.
3/ COLERE – MARCHANDAGE : « Ecolos enculés ! Laissez nous-kiffer la vibe avec notre steak trankil », ou encore « Allez, on continue encore quelques temps avec la croissance, le PIB comme référence, hein, alleezz ! ».
4/ PEUR « Allôôô SOS éco-anxiété j’écouuute? ».
5/ TRISTESSE – DEPRESSION (ai-je besoin de vous expliquer?).
6/ ACCEPTATION : « Bon ben ça y est, on est dans la merde. C’est la faute de Pierre, Paul et Jacques mais c’est comme ça, faut croire ».
7/ ACTION : « C’est sûr, on va tous crever un jour où l’autre, mais diable, autant crever la tête haute, et essayer de se battre un monde pour un peu viable pour nos vieux jours, pour ceux de Michel Drucker, et pour ceux des gosses non ? ».

Essayez avec ce que vous voulez (la montée de l’Extrême droite au hasard) et vous verrez, ça fonctionne.

Eh bien ce que je voulais vous dire, c’est qu’avec les heures que je passe sur les réseaux sociaux à suivre les Engagé.e.s, de petites antennes m’ont poussé. Et actuellement, ces petites antennes vibrent pour m’indiquer que tout cet écosystème est très exactement là où se trouve la petite flèche rouge avec mon cœur qui fait boum boum au-dessus, sur cette courbe du deuil.

Tout cet écosystème en a assez de l’inertie du système, il en a assez de l’étrange sens des priorités de ceux que le peuple, tout d’abord plein d’espoir puis le cœur rongé de regrets et d’amertume, a pourtant porté au pouvoir. Il en a assez de cette constitution qui n’est plus adaptée, il en a assez des inégalités, il en a assez de voir la Terre brûler, les villages se noyer.

Il a traversé la colère et à présent il l’utilise et la fait exploser en traces post-modernes sur des tournesols vitrifiés. La tristesse est encore un peu là, elle ne le quittera pas, tant a déjà été perdu. Mais il accepte, c’est ainsi, il faut sauver ce qui reste à sauver. Alors il se retrousse les manches, pour changer ce qu’il y a à changer, par son action (changer le réel), par son discours (changer les représentations).

Il est prêt à agir, s’indigner ne suffit plus, il est prêt à jeter ses forces dans la bataille et il n’attend plus qu’un renfort, le plus important, celui sans lequel jamais rien ne bougera : le nôtre.
Il est venu, le temps de nous engager.

Engagement
Def. 6 Fait de prendre parti sur les problèmes politiques ou sociaux par son action et ses discours.
Def. 4 : Introduction d’une troupe dans la bataille.
Def. 13 (philosophie) : Pour les existentialistes, acte par lequel l’individu assume les valeurs qu’il a choisies et donne, grâce à ce libre choix, un sens à son existence.
L’ami Larousse.

Flex way of Life

IMG_5808

Miss Tic

Je ne sais pas quand ça a commencé, ni d’où exactement c’est venu.
Petite, quand je voyais mes parents balancer leur chewing gum par la fenêtre de la voiture je les engueulais. Je me souviens aussi de mon exaltation, quand j’ai découvert le rébarbatif et lumineux Kant en cours de philo :

« Agis comme si la maxime de ton action devait par ta volonté être érigée en loi de la nature ».

Respecter ça, être toujours cohérente avec moi-même, c’est chaud, j’avoue.
Les fois où je ne le suis pas, c’est que j’agis sans conscience. Je veux dire, sans être « en conscience ». Ou alors qu’il m’est encore trop difficile d’éviter toute dissonance avec moi-même. Dans les deux cas, quand je me retourne sur-moi-même (si vous avez déjà essayé de vous retourner sur vous-même dans la rue, vous savez à quel point c’est difficile), c’est torticolis et mal de crâne garantis.

Depuis maintenant plus d’ un an, j’accompagne chaque geste, chaque pensée d’une telle « conscience » que j’ai parfois l’impression de devenir dinguo, dans mon cerveau c’est guantanamo. A chaque fois que l’eau du robinet coule 5 secondes de trop. A chaque fois que je jette un truc en plastique. A chaque fois que je croise un clodo. A chaque fois que j’ai envie de foutre le feu à la barbe de mes chers amis salafistes du côté de Barbès.

Prenons par exemple mes préoccupations environnementales / sanitaires / touchant au bien-être animal… Il n’y a presque plus de lait à la maison. J’achète encore du beurre et du yaourt (bio) au supermarché, ainsi que du fromage chez l’Auvergnat qui vient chaque semaine au marché, pour toute la mifa. De mon côté j’ai arrêté les yaourts. Quand j’ai envie d’une douceur autre qu’un ou deux carrés de chocolat noir après un repas, je prends un yaourt au soja (poussé en France, le soja). Je sais, tout ça vous fait une belle jambe. Mais attendez, j’y arrive : Quid du pot de yaourt au soja, qui ne peut pas être recyclé? HEIN? Poubelle. Dissonance. Culpabilité. Et ce chocolat? Il a beau être bio et équitable, que je sache le cacao ça ne pousse pas encore en France, et sous l’emballage en carton recyclable, il y a de l’alu (argl, les boues rouges!!!). Bref, je ne m’en sors plus.

Mais si aux yeux de certains j’apparais comme une écolo névrosée, pour d’autres je suis encore une horrible pollueuse. On est toujours le connard de quelqu’un, et l’être humain n’est pas à une contradiction près.

Alors oui, tout ça paraît inextricable. Mais je commence à voir le bout du tunnel, et à gagner en sérénité. Parce que je me dis que personne n’est parfait, et que ce qui compte, ce qui fait avancer les choses, c’est de faire de son mieux. Mais VRAIMENT de son mieux. Ce que j’appelle the Flex Way of Life.

Exemple : je sais que les  végétariens ont raison; et que si chaque être humain sur cette planète arrêtait de consommer de la viande, les problèmes du réchauffement climatique ET de la famine dans le monde seraient réglés. Si vous ne me croyez pas, allez mater Cowspiracy, et on en reparle après. Je ne mange donc plus de viande…Sauf quand je n’ai pas d’autre choix. Flex!

Récemment j’ai lu cet article des Inrocks qui avance que  « le flexitarisme s’affirme comme un agréable compromis : régler son compte à la surconsommation de viande sans pour autant renoncer à ses petits plaisirs ». Traduction : « vous les flexitariens vous êtes des guignols ». Bah non mec, je crois pas, et je ne te permets pas de me juger comme ça. Je suis juste quelqu’un qui essaie de faire de son mieux. Cela ne signifie certainement pas que je vais craquer à la moindre odeur de merguez. En revanche, je dérogerai à ma ligne de conduite pour ne pas être relou chez ceux qui ont la gentillesse de m’inviter à dîner, ou au restaurant, si justement je n’ai pas d’autre choix que l’entrecôte, le poulet rôti, le confit de canard ou le saumon en papillote. Parce que c’est quoi, le message qu’envoie ce genre d’article au fond? Vous devez être parfaits (végétariens ou, mieux végétaliens) et si vous ne l’êtes pas (flexitariens donc), lâchez l’affaire, vous avez tout faux? Jamais quiconque ne réussira à convaincre les non-végétariens d’essayer de changer quoi que ce soit à leurs habitudes avec ce type de discours, bien au contraire, ça ne fera que les conforter dans leur posture. Article contre-productif, donc.

Pour moi, tout ce qui est bon est bon à prendre. Même le flexitarisme des écervelées qui s’y mettent pour perdre du poids. Parce que chaque geste compte, et parce qu’un burger, non consommé, accroche toi-bien, ça représente 2 500 LITRES D’EAU « économisée ». Et je ne te parle pas des émissions de CO2 (une vache qui pète ça produit beaucoup de méthane), de la déforestation, et de tout le reste.

Alors, Flex or not Flex?