La minute Com – Pourquoi #RestezChezVous est un hashtag de merde

Je ne sais pas d’où est parti ce hashtag. Mais plus le temps passe, et plus j’ai envie de le faire bouffer à la personne qui en a eu la brillante idée. Pourquoi ? C’est très simple.

Tout d’abord parce qu’il y a à l’intérieur un verbe à l’impératif. Qui aime les verbes à l’impératif, sérieusement ? Le seul qui passe, c’est peut-être « Prenez soin de vous ». Et encore, Garnier a tout fait foirer avec son « Prends soin de toi ».

Ensuite, « restez chez vous » exclut le locuteur. Donc quand tu lis ça, tu as l’impression que le gars (désolée les gars, ça tombe beaucoup sur vous en ce moment – mais c’est encore un autre sujet), tu as l’impression, donc, que le gars se pose en citoyen absolument modèle, irréprochable, impeccable, qui va, lui, supporter sans ciller le printemps confiné. Et à qui font envie les types qui se posent en citoyens-modèles-irréprochables-impeccables sérieusement ? Vous vous souvenez, le premier de la classe tête-à-claques ? Bon, voilà.

En outre, le « restez chez vous » peut faire péter les plombs à ceux qui, depuis leur 30 m2-sans-luminosité-avec-les-bébés, se demandent si cette injonction n’est pas le fait de celui-là même qui fait son yoga quotidien depuis la terrasse en teck de sa résidence secondaire « au vert ». Ils n’ont rien contre les gens qui ont des résidences secondaires au vert, s’ils avaient une résidence secondaire au vert ils s’y confineraient avec joie. Mais justement, les joies du « chez soi » ne sont pas les mêmes pour tous, et donc un « restez chez vous » potentiellement asséné depuis une terrasse en teck leur reste un peu en travers, ce que l’on comprendra aisément.

Voilà pourquoi, je crois, ce hashtag est à chier.

Attention, je ne suis pas en train de vous dire d’aller batifoler dans les rues. Je suis en train de dire que les termes qu’on choisit, que la posture qu’on adopte, ont leur importance. Qui est le capitaine qui d’un mot fait se relever des troupes exsangues ? Qui réussit à faire s’élever du champ de bataille cette clameur qui porte la victoire ? Eh bien c’est le gars qui crie « Allons-y, mes amis ! » et qui se jette le premier vers les lignes ennemies. Pas le connard qui dit « Allez-y, mes braves ».

#RestonsConfinés #OnVaEnChierMaisEnsemble #PutainCestChaudMaisOnVaYArriver #LetsStayHome #YesWeCan #LetsDoIt

PS : ouais, je suis tout à fait consciente que la nature quelque peu agressive de ce post puisse être, elle aussi, contre-productive. Mais je m’en fous, chuis pas sur twitter moi, et je ne révolutionne pas le monde avec des hashtags.